Pas vraiment d’attac

Comment se porte la championne des organisations antilibérales ? En crise, comme souvent, comme si cela devenait une condition de son fonctionnement. Toujours riche en militants (1) et bénéficiant d’un contexte plutôt favorable (« non » au référendum, importantes mobilisations contre le CPE…), l’association alter se prend pourtant les pieds dans le tapis. Sur les objectifs, tout le monde est à peu près d’accord. Ils ont d’ailleurs été redéfinis en septembre 2004 : « déconstruire l’idéologie néolibérale, élaborer des alternatives et construire les rapports de force pour imposer des orientations nouvelles. » Pour le reste, l’unité reste à tisser. Car si pendant longtemps, les dirigeants d’Attac ont tenté de faire bloc pour la vitrine, l’apparence n’est aujourd’hui même plus d’actualité. Au centre du débat et de l’assemblée générale des 17 et 18 juin, deux visions différentes de l’avenir d’Attac : celle de la direction de Jacques Nikonoff, et celle des vice-présidents, Gustave Massiah, Susan George et François Dufour. Ces derniers mettaient les pieds dans le plat en juillet 2005, dans une lettre ouverte aux adhérents. Pour eux, « des changements sont nécessaires » dans le sens de davantage de démocratie. La diversité de l’association serait trop souvent « remise en cause et considérée comme un obstacle au renforcement » d’Attac. Et pour Jacques Nikonoff, le président, les propos sont peu amènes : « Trop d’attitudes autoritaires ont abouti à une multiplication des conflits, la direction étant persuadée d’être détentrice de la vérité. » En mai 2006, Jacques Nikonoff faisait lui aussi un envoi massif pour donner sa version des faits. « A qui appartient Attac et pour quoi faire ? » Selon l’ancien membre du PCF, la réponse donnée par les trois vice-présidents vise en fait à transformer Attac « en une sorte de forum social permanent », avec les risques d’une « cartellisation » et une « dilution ». « Si nous transformions Attac en forum social concurrent des autres, ajoute-t-il, non seulement nous diviserions le mouvement altermondialiste, mais on nous accuserait, à juste titre, de prétentions hégémoniques. La transformation d’Attac en nouveau Forum social rendrait l’association parfaitement inutile… » Dans la proposition de Massiah, George et Dufour, il voit aussi un risque pour l’indépendance de la structure : « Concevoir Attac comme un simple lieu de convergence de mouvements sociaux revient à confier la direction de l’association, directement ou par personnes interposées, à un cartel d’organisations. » Pour l’actuel président, Attac est « devenue une organisation à l’identité associative forte, et doit être indépendante et rester fidèle à ses origines, ses adhérents exerçant pleinement leur souveraineté tout en s’articulant avec les organisations fondatrices ».

Quels sont les enjeux d’un tel antagonisme, au-delà du conflit de personnes ? Un sentiment affleure déjà dans les comités locaux et chez les simples adhérents, une désillusion toute politique. « Ceux qui devaient faire de la politique autrement ont, tout compte fait, une manière assez classique d’en faire », entend-on ici et là. Depuis l’intensification des crises, les adhésions ont d’ailleurs entamé une baisse. Lente, mais sûre. L’année 2005 est la moins bonne de l’histoire de l’association pour le nombre d’adhésions.

1. 25 520 adhérents selon le bilan 2005.

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