Quand plusieurs journaux ferment ou sont en sursis, ce petit livre de poèmes anonymes porte la mélancolie subtilement typographique du quotidien Libération. Plusieurs années de suite, Nathalie et Parseval ont mis de côté des mots, des suites ou des signes découpés dans le journal. Assemblées, ces unités prennent le chemin du poème graphique, où le sens baigne dans les silhouettes élégantes de polices de caractères aux noms bizarres pour les non-initiés : futura condensed, helvetica, times, des versions de caractères conçues pour le journal et que ses lecteurs passionnés reconnaissent à jamais.
« Nous vivons en attendant/Le nouveau Grand Jeu » : un appel de surréalisme soustrait ces bribes de quotidien à leur éphémère destin et les projette vers un sort meilleur qui exhale la flagrance mystérieuse de la poésie, faite de hasard et de fragilité.
//« Foie gras, porto, château
… les pauvres attendent
mardi peut-être… »//
Ou encore :
//« Vertige au collège
Les enfants
de velours
S’en sont retournés
dans l’impasse
La désolation »//
La citation est difficile, il lui manque l’appui du graphème. A lire donc, pour une vraie fête synesthésique.
Souris glacée , Poèmes anonymes , éditions Souris glacée, 15 ?
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