« Faites du monde votre salon » : voilà un des « principes de Mina Loy » (1882-1966), peintre et poète née en Angleterre victorienne qui promène sa figure d’expatriée décalée en temps et espace, d’Angleterre en Italie, en France, en Allemagne, en Amérique… De sa peinture post-impressionniste aux sons métalliques d’un Futurisme enragé, aux dédales du Dada et aux plaisirs clandestins du Surréalisme, Mina Loy agit, écrit des tracts féministes et utopistes, explore tous les courants intellectuels du siècle et colore les biographies de beaucoup d’artistes d’avant-garde, de Marcel Duchamp à Gertrude Stein, Djuna Barnes, Joyce, Brancusi, Man Ray ou le boxeur surréaliste Arthur Cravan (qu’elle épouse pour une courte période)… Féministe, conceptualiste, moderne, post-moderne ? Inclassable. Becoming Modern, titrait Carolyn Burke son livre sur la vie de Mina Loy. L’histoire du
féminisme ne pourra pas faire abstraction de sa lucidité, de son accent lunaire, de son ironie : « râle de l’émotion » :, de sa stratégie intelligente contre l’ordre moral. « Il n’y a rien d’impur dans le sexe si l’on excepte l’attitude mentale à son égard. L’éventuel consentement à cette réalité constituera l’immense renouvellement social que notre génération pourra connaître, si c’est possible. » A l’époque de la Première Guerre, cette phrase avait une tout autre résonance. Toujours prête à imaginer l’avant-garde, où elle trouve une maison singulière, à l’ombre de la lune, Mina Loy se considère plus proche des arts visuels : « Je n’ai jamais été poète », clamait-elle à la fin de sa vie. La rose métisse, après Le Baedeker lunaire, montrent à quel point elle avait tort.
Mina Loy , La rose métisse, Poèmes II et Manifestes , traduit de l’anglais par Olivier Apert et Nathalie Larrouturou, L’Atelier des Brisants, coll. « Comme », 25 ?.
Lire aussi Le Baedeker lunaire , même éditeur, 2000
Leave a Reply