Comment trouver une dynamique unitaire au sein de la gauche de gauche ? La campagne référendaire continue d’inspirer une partie des militants et les collectifs unitaires ont déjà une feuille de route et des porte-parole. Leur leader reste à désigner en novembre, par consensus.
Début septembre, la candidature unitaire à la gauche de la gauche a du plomb dans l’aile. Olivier Besancenot, déjà en campagne pour le seul compte de la LCR, estime que les garanties de distance vis-à-vis du PS ne sont pas réunies. Le leader de l’extrême gauche, disent quelques-uns de ses camarades de lutte contre le référendum, serait « mal à l’aise » dans les dynamiques unitaires, flatté par des sondages prometteurs et « obsédé » par l’objectif de battre Arlette Laguillier et Marie-George Buffet.
Chez les communistes, la frange la plus classique, alliant la carpe et le lapin, un arc qui va des proches du maire de Vénissieux, André Gerin, Jean Claude Danglot, le secrétaire du Pas-de-Calais en passant par des amis de Robert Hue, pressent Marie- George Buffet d’annoncer sa candidature pour le seul PCF. Ils lancent un texte s’inquiétant d’un « rassemblement antilibéral de plus en plus éclaté » et estiment la candidature PCF « nécessaire et urgente ».
De son côté, José Bové, trop absent des grandes luttes des mois précédents, perd un peu du lustre de l’homme providentiel capable de rassembler. Bref, les photos prometteuses du 29 mai 2005 jaunissent à vue d’œil.
Mais le 10 septembre, pourtant, la réunion nationale des quelque 450 collectifs « unitaires et populaires » (1) ravive les couleurs de la gauche de gauche. Le constat énoncé dans des dizaines d’interventions de militants de toute la France : malgré les pesanteurs et les tergiversations des deux principales formations politiques à la gauche du PS, les militants ne renonceront pas à l’élan unitaire. Galvanisés par l’omniprésence d’un Nicolas Sarkozy en campagne depuis plusieurs années et d’une Ségolène Royal intronisée par les sondages, le ton est ferme. Pour la méthode, « il faut prendre inspiration sur la campagne référendaire », développer les collectifs unitaires mais, surtout, « entrer en campagne tout de suite ». Sur le fond, « en finir avec la bipolarisation UMP/PS ». Et creuser le sillon de ce qui est commun, la lutte contre le libéralisme économique. « Ce qui nous rassemble est infiniment supérieur à ce qui nous divise », résume ainsi Clémentine Autain qui profite de ce jour pour proposer sa candidature, comme le feront plus tard Yves Salesse et Patrick Braouezec. Ce dernier déclare quelques jours plus tard que son « expérience peut être utile » en particulier en ce qui concerne l’approche les quartiers populaires.
Trop de noms sur la liste ? C’est un militant du collectif de Rennes qui résume le mieux l’ambiance du moment : « nul n’est incontournable, chacun est indispensable. » D’ailleurs, plusieurs intervenants demandent que l’on arrête de présenter son étiquette politique avant de prendre la parole. Et l’idée de la subversion de la Ve République de faire son chemin : le scrutin est uninominal mais la campagne peut être le fruit d’un collectif doté d’une tête de gondole. A la fin de la journée, les collectifs ont une feuille de route et un groupe de porte-parole.
On pouvait repartir de Saint-Denis avec le sentiment que la candidature unitaire bouge encore. Le 15 septembre, les deux communistes « refondateurs » Roger Martelli et Pierre Zarka rendent public un texte signé par 350 militants et cadres du PCF. Pour eux, la candidature communiste ne doit pas être un « préalable ». Ce texte fédère plus largement que les seuls convaincus de la première heure et en particulier une dizaine de députés et sénateurs, des maires de grandes villes, des vice-présidents de conseils généraux. Il rassemble également des responsables fédéraux et nationaux, des intellectuels et des syndicalistes. Le PCF devrait résoudre à la fin du mois de septembre avec sa conférence nationale une équation bien difficile : partir seul comme la tradition l’a imposé depuis les années 1980 avec un risque très sérieux d’échec, avec de lourdes conséquences pour les élections suivantes (législatives, municipales et cantonales) ou continuer dans sa démarche unitaire quand bien même sa secrétaire nationale ne serait pas choisie comme porte-drapeau du rassemblement. La LCR continue de s’offrir le seul rôle d’observateur, tandis qu’une forte minorité (plus du tiers) est acquise au
principe d’une candidature commune. En attendant, les collectifs œuvrent à finaliser le programme commun et leur leader devrait être désigné en novembre, « par consensus ».
Qui est qui ?
On connaît bien les trois « B » de la campagne référendaire, Marie-George Buffet, Olivier Besancenot et José Bové. Il faut maintenant ajouter, à la liste des personnes « disponibles » les noms d’Yves Salesse, conseiller d’Etat et président de la fondation Copernic, Clémentine Autain, adjointe au maire de Paris et codirectrice de Regards, et Patrick Braouezec, député PCF de Seine-Saint-Denis et président de Plaine-Commune.
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