Un roman, c’en est un, grâce à l’art du récit de Bernard Chambaz, la finesse de son écriture, ses approches originales, comme ces réflexions sur sa naissance en 1949, bébé « assailli par les échos de la guerre froide » et voué dès le berceau à la fée Histoire. Nous y sommes : derrière l’étiquette littéraire éclate la réalité des faits, parfaitement reconnaissables à travers la saga de la famille Chambaz. On retiendra l’humour décapant de l’auteur, sa capacité à se moquer de lui-même, par exemple dans sa pratique militante, sa tendresse familiale et sa chaleur humaine pour les militants qu’il a connus et dont il brosse de beaux portraits, ce qui n’exclut pas un regard aigu démystifiant sur leurs pratiques, liées à ce que fut le communisme du XXe siècle et la réalité de la cause qu’ils croyaient défendre.
Quiconque a connu ce communisme-là le reconnaîtra, notamment à travers le personnage du père, de son ascension jusqu’au Bureau politique du PCF à sa relative disgrâce à la direction de l’Institut de recherches marxistes. On retrouvera le mélange de scientisme et d’historicisme qui prétend avoir réponse à tout, un manichéisme qui renvoie toute difficulté aux turpitudes de l’adversaire, le fatalisme face aux errements de la cause, car « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », l’obéissance aveugle aux ordres du Parti, jusqu’à ostraciser une belle-famille mal-pensante, un moralisme qui ne supporte aucun écart, aussi futile soit-il, la commisération pour les militants qui font des faux pas, assortie d’une sévérité implacable pour ceux qui persistent dans l’erreur, l’absence totale d’humour dès lors qu’il s’agit du Parti.
Et pourtant, in fine, quoiqu’il demeure sur tout cela « un bloc de silence lisse », on retrouve l’homme face à la maladie, dans une lutte ultime à l’échéance inéluctable. Mais en arrière-plan, on ne peut que constater avec amertume le gâchis gigantesque engendré par les dérives d’une grande cause humaine fourvoyée par tant de dogmatisme et d’aveuglement.
/Bernard Chambaz, Kinopanorama, roman, éd. du Panama, 312 p., 18e/
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