Sarko veut tout voir

S’il fallait un motif pour créer du consensus autour de la nécessité d’épier son prochain, les attentats de Londres s’en sont chargés. Le Royaume-Uni occupe la première place européenne en matière de vidéosurveillance. Scotland Yard a pu s’appuyer sur des images enregistrées dans le métro pour faire avancer son enquête. Il n’en a pas fallu davantage à Nicolas Sarkozy pour sortir des cartons un projet qui ne devait pas être loin d’éclore. Le 28 juillet, le ministre de l’Intérieur annonçait l’élaboration pour septembre d’un projet de loi antiterroriste contenant des dispositions sur la vidéosurveillance.

L’année 1995, après les attentats parisiens, marquait le début d’une escalade dans l’emploi de ces caméras. Mais alors on exigeait que l’on prévienne de leur présence. Nicolas Sarkozy, lui, a précisé que cette loi était datée. Aurait-il l’intention de filmer à notre insu ? C’est l’un des enjeux de cette rentrée. Il faut selon lui en équiper les transports publics. Les rames des lignes les plus récentes, à Paris et en province, le sont déjà. Au total, 6500 caméras scrutent les voyageurs franciliens. D’ici la fin de l’année, les 4 000 bus qui sillonnent l’Ile-de-France seront équipés de 18 000 caméras. Dans les rues parisiennes, 330 caméras observent déjà le passant. Les «quartiers sensibles» (sic) ont été les premiers visés par ces mesures. Le nombre de caméras devrait bientôt tripler avec notamment la possibilité pour les commerces de filmer « les abords immédiats ». Au fait, ça s’arrête où, les abords immédiats ? Le secteur est « dynamique », ce qui signifie que le pays sera bientôt truffé de ces espions. La semaine du 21 juin dernier, les Parisiens qui ont levé la tête ont pu voir un dirigeable équipé de caméras. La sécurité civile ? Les pompiers ? Non, la Sofema, une entreprise privée en lice sur le marché du flicage aéroporté. Très fière de son gros ballon, elle explique qu’il est équipé de « quatre caméras vidéo équipées respectivement d’un dispositif de vision nocturne à infrarouge, d’un amplificateur de brillance, d’un zoom à très longue focale et d’un système de suivi d’objectif automatique ». La préfecture de police de Paris s’est laissé tenter pour un galop d’essai le jour de la Fête de la musique. Voilà qui nous éloigne de la lutte antiterroriste.

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