Boris Gamaleya habite vraiment le nom de l’île où il est né, La Réunion. Heureux hasard qui réunit les contrastes de son être dans ce sublime pays qui est sa poésie. Né d’un père descendant de la noblesse ukranienne (une parenté lointaine le lie à Pouchkine) qui se réfugie dans l’île après la révolution d’Octobre et d’une mère créole, il milite dans le parti communiste réunionnais jusqu’en 1980 et suit les mouvements de révolte de son île. Jeune professeur de français, il est chassé par l’ordonnance Debré vers la métropole, en même temps que « les enfants de la Creuse ». Il rentre en 1973 pour vivre entièrement son exil dans une écriture fastueuse.
« Reviens retourner les menus miroirs des gouttes jusqu’à n’avoir plus de patries à convoquer… » Le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest, Boris Gamaleya écoute ces langages souvent contradictoires qu’il refond dans un symbole étalé d’une unité sonore à l’autre, ressort profond d’une entreprise spirituelle sans limite : le coq. La « poéterie » de Gamaleya est un immense territoire traversé par ces temps et cultures différents, sentir est le verbe qui lui va le mieux. C’est une très baudelairienne invitation au voyage mais c’est aussi la plénitude d’une langue couchée au soleil, en attente, attentive à l’autre, sonore de toutes ces richesses étranges qui se répondent et se comprennent sans même l’index de la fin du livre. « Le noyé en raccourcis traverse le brouillard. Potestas/clavium ! De trop d’éveils meurent les coqs./ Jiriki ! le salut ne dépend que de soi-même/Tariki ! le salut ne s’obtient que par-avec-en l’Autre » . Le genre de lecture qui pourra faire de votre automne une saison au paradis.
Julia Moldoveanu
Boris Gamaleya , Jets d’aile , Vent des origines, édition Jean-Michel Place, 14,50 euros
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