La fin de la République des lettres

En France, la politique est plus qu’une gestion des choses et le pouvoir est aussi celui des mots. La plume y est ce que « la frontière » est aux Etats-Unis : un mythe. Le discours est vital à l’animal politique pour convaincre et emporter l’adhésion. Il lui faut du style à l’oral comme à l’écrit. N’a-t-on pas dit que la République française est aussi celle « des lettres » ? Tous les présidents se devaient d’avoir une plume. L’homme qui aspire au poste suprême devra en tenir compte sinon, même s’il est « bon technicien, il lui manquera quelque chose », prévient l’académicien Jean-Marie Rouart. Or, ajoute-t-il, « le personnel politique est de moins en moins littéraire ». La preuve : de tous les présidents, Jacques Chirac est sans doute celui qui s’intéresse le moins au monde de la littérature. A lui seul, il est le symbole d’un passage de la politique épique, créatrice de rêve, à une classe politique supertechnique, formée par les grandes écoles et moulée par la communication. Avec les techniques de communication, bien des hommes politiques pensent ne plus avoir besoin de « soigner leur style ». Dans cet écart mutuel entre littérature et politique, n’y-t-il pas là aussi un indice et une cause de la désaffection et de la crise politique ?

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