Des statistiques partielles et partiales

La mesure des inégalités pêche par le haut et par le bas. En haut de la hiérarchie des revenus, 80 % des revenus du patrimoine n’interviennent pas dans l’évaluation des inégalités calculées à partir des « revenus déclarés au fisc ». Il faut ajouter à cet « oubli » la non-prise en compte de l’évasion fiscale, particulièrement développée pour cette catégorie de revenus méconnue.

En bas, c’est l’évaluation de la pauvreté qui prête à critique. L’Insee privilégie l’indicateur du seuil de pauvreté, défini à 50 % du niveau de vie médian (580 euros mensuels par personne en 2000). Or, cet indicateur est relativement insensible à ce qui se passe en haut de l’échelle des revenus. Comme l’explique l’économiste Thomas Coutrot (1) : « Ce choix du demi-revenu médian reflète une conception politique de la pauvreté selon laquelle peu importe ce qui se passe en haut de l’échelle : il suffirait, pour analyser et comprendre la pauvreté, de regarder à la loupe les pauvres. (…). Il est parfaitement possible d’adopter d’autres indicateurs de pauvreté, qui reflètent les interdépendances entre grande richesse et grande pauvreté ; il suffit par exemple de considérer le revenu moyen au lieu du revenu médian. » Car si par exemple 5 % des Français les plus riches voient leur revenu augmenter et que le revenu des moins riches stagne, le revenu médian reste stable. Le nombre de pauvres n’augmente alors pas, mais les inégalités, elles, augmentent. Une telle conception de la pauvreté relative aboutit donc à dissocier pauvreté et inégalités. En tenant compte de ces éléments de critique, selon le Réseau d’alerte sur les inégalités (RAI), le taux de pauvreté est plus proche des 10 % que des 6 % avancés par les statistiques officielles de l’Insee.

/1. Thomas Coutrot, « Pauvre statistique », Politis,/

/29 juillet 2004 /

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