Les garde-fous juridiques contre les dérives des technosciences apparaissent bien minces face à l’étendue des possibilités notamment offertes par les nanotechnologies. Le droit français garantit aux personnes l’accès à leur fichier auprès de tout organisme. Chacun peut s’opposer à l’usage commercial ou publicitaire des informations le concernant. Dès lors qu’il s’agit d’informations liées à la sûreté publique ou celle de l’Etat, chacun peut demander auprès de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) la vérification de l’exactitude des données. Aussi indispensables soient-ils, ces recours sont déjà datés. La CNIL, créée en 1978, l’époque des bons gros ordinateurs à papa, doit aujourd’hui regarder vers les réseaux pervasifs. Pervasif ? Des réseaux « d’intelligence ambiante » créant une interaction entre les êtres humains et les objets qui les entourent. Ces « Smart Dust » (poussière intelligente) annoncent, selon ses promoteurs, la troisième révolution informatique, celle de l’individu connecté en permanence. Ces marqueurs permettent de pister les modes de vie de chacun : trajets quotidiens, habitudes de consommation, comportements, etc. En effectuant des croisements et recoupements, ces collectes discrètes de données sur un individu invitent au « profilage » des personnes. Du pain bénit pour le vendeur dont le Graal reste la connaissance du client. D’un point de vue sécuritaire, il est envisageable d’assurer la « traçabilité » d’un individu aussi facilement que l’on procède aujourd’hui à celle d’une tête de bétail. Sur un plan juridique, la qualification de ces interactions entre hommes et machines reste un immense chantier, avec une première et urgente question : les puces RFID doivent-elles être soumises au droit de la collecte des données nominatives, défini par la loi du 6 janvier 1978, dite informatique et liberté ? Si oui, chacun doit pouvoir avoir accès aux informations collectées par ces mouchards du quotidien.
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