La forme-réseau

La question est aujourd’hui posée de trouver une autre forme de force politique qui soit une véritable force politique, organisée et structurée, et qui convienne aux femmes. Avec la forme réseau circulent des informations qui sont complètement indispensables au fonctionnement démocratique. Par exemple, quand les femmes ont été les premières victimes des intégristes en Algérie, ces réseaux ont été tout à fait déterminants pour informer et analyser cette situation. Il s’agit d’un travail d’information sur tout ce qui existe, et pas seulement sur les éléments avec lesquels on serait en accord du point de vue de l’orientation politique, à l’exception de l’extrême droite. Des échanges ont lieu lors de rencontres organisées tous les deux mois donnant lieu de façon ponctuelle à des stratégies communes, chaque association conservant son identité et son autonomie. Cela oblige au respect de toutes les prises de position qui sont loin d’être identiques. Cette pratique est née de mouvements qui ont dû beaucoup bouger et évoluer après avoir été porteurs dans le mouvement social avec les luttes pour l’avortement et la contraception.

Il faut tenter d’avoir des partis modernes qui correspondent à la réalité de la société, à la pluralité, au fonctionnement à parité. La forme-réseau, c’est traduire dans l’organisation de multiples formes d’organisations : une forme coordination et une forme responsabilité régionale, mais sans donner prioritairement poids à l’une ou à l’autre. Voir de quelle manière elles interviennent pour élaborer des programmes, des stratégies, des tactiques. La forme-réseau permet de modifier les stratégies et de donner d’autres types de contenus aux programmes vite dépassés. Le mouvement féministe est organisé internationalement en de nombreux réseaux. Pour savoir ce qui se passe, il faut que des gens fassent passerelles entre les différents réseaux. Ce sont des têtes de réseaux qui traduisent ce qui se passe dans leur réseau mais n’en définissent pas des orientations. Dans ces rencontres inter-réseaux, chacun vient avec ses prises de position écrites et on examine ensemble les modifications à apporter aux programmes, à la stratégie générale. Il y a aussi la nécessité de se coordonner pour rendre efficace une stratégie, des actions. Vous jetez une pierre dans la mer et cela fait des ondes à l’infini. Voici une organisation du politique qui correspond plus à la réalité de nos sociétés qui sont plurielles. La clé de ces fonctionnements, c’est la parité.

Toute décision, toute réflexion, par exemple les présidences de séance, les secrétariats de séance, doivent être à parité homme/femmes. Pourquoi ? A parité pour l’organisation des réunions mais aussi à double parité. Un parti qui correspondrait à la société actuelle ne s’appellerait plus parti, un terme trop connoté, daté. A partir de la parité, il s’agit de penser concrètement dans les structures la double parité c’est à dire la présence des partis, des politiques, des institutionnels et des associatifs de tous les secteurs de la vie civile. En sachant bien qu’aucune forme n’est définitive.

** Fondatrice du réseau femmes Ruptures, déléguée française au lobby européen des femmes.

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