Identifier le communisme

Act Up Paris se bat depuis dix ans contre toutes les discriminations rencontrées par les personnes séropositives ou malades du sida. Dès le départ, nous avions choisi d’investir le champ politique et montrer que le sida était le révélateur de nombreuses questions de société. C’est pourquoi nous avons cherché à nous faire entendre par les politiques et à imposer notre point de vue de malades aux personnes qui avaient en charge notre santé.

Nos relations avec les partis politiques dits de gauche n’ont jamais été évidentes. Notamment parce que ces dix dernières années ont montré une véritable difficulté à dialoguer, à se faire entendre et surtout à pouvoir bousculer des mentalités très ancrées. Pour chacun d’entre nous, le sida a bouleversé tragiquement nos vies, de manière irrémédiable. L’épidémie de sida n’a pourtant pas bouleversé les partis politiques et leurs idées. Ceux qui auraient dû être à notre écoute ne l’ont pas été. Et ont mis plus de dix ans à prendre conscience de l’ampleur de cette maladie et de l’ensemble des questions qu’elle soulevait.

Aujourd’hui, le Parti communiste nous donne l’impression de s’ouvrir enfin à des combats comme le nôtre, des combats où des personnes ont décidé de se battre pour et par ce qu’elles vivent, loin d’une idéologie politique classique. Néanmoins, ce pas fait vers nous et d’autres de la part des communistes nous interrogent : Qu’est-ce que le Parti communiste veut faire du mouvement social en général ? Ces dernières années, de nombreuses luttes se sont organisées autour d’associations, de mouvements (sans-papiers, sans-logement, lutte contre le sida, mouvement des précaires, mouvement pour la légalisation des drogues, etc.) et ont montré l’absence ou la timidité des politiques en général et de certains partis comme le PC ou les Verts. On a pu voir à l’occasion des débats suscités par ces mouvements qu’il existait un véritable fossé entre l’ensemble de ces mouvements sociaux et les partis dits de gauche.

Aujourd’hui, des échanges existent entre nous et des partis comme le PC, qui reprend une partie de nos réflexions sur le sida, la précarité. Mais si nous faisons du lobbying depuis des années sur les politiques, pour qu’évoluent leurs mentalités, leurs discours et qu’ils reprennent à leur compte nos exigences, il nous paraît plus intéressant qu’au sein même des partis ait lieu une réflexion qui leur soit propre.

Et surtout sur des sujets dont on sait qu’ils ont été longtemps tabous au PC : l’homosexualité, l’usage de drogues, le revenu déconnecté du travail par exemple. Les collectifs contre l’homophobie et de lutte contre le sida au sein du PC ont permis justement cette ouverture et ce travail de réflexion interne. Mais ce travail interne n’a d’intérêt que s’il devient visible à l’extérieur.

Qu’attendons-nous donc alors d’un parti communiste ?

Qu’il se remette suffisamment en question pour pouvoir être capable de ne plus rater des mouvements sociaux naissants comme il a pu le faire, il y a quelques années.

Qu’il adopte des positions claires sur l’usage de drogues et qu’il cesse d’ignorer, et donc de stigmatiser certaines populations du fait de leurs pratiques.

Qu’il s’ouvre à des évolutions de la société et à de nouvelles pratiques militantes. « La politique à la première personne » menée par Act Up depuis dix ans n’était pas qu’un choix stratégique : il représentait notre seule possibilité de nous faire entendre, parce que nous étions simplement ignorés de tous.

Qu’il cesse de se taire sur les enjeux de santé et de société, où il demeure relativement absent.

Le Parti communiste a des représentants au gouvernement et cautionne donc l’ensemble des politiques menées par la gauche plurielle. Pourtant, la création de la CMU par exemple n’a suscité que peu de commentaires, de réactions, alors même qu’elle instaure une discrimination de plus entre les précaires (entre ceux qui y auront droit et ceux qui obtiendront l’aide médicale d’Etat, prestation bien plus faible encore), même si son principe est intéressant.

Un parti politique devient intéressant à partir du moment où il est en phase avec ce que vivent les gens, la société. Et c’est peut-être tout simplement cela que nous attendons du PC ou d’autres partis : qu’ils n’attendent pas l’explosion d’un mouvement social pour entendre ses exigences. Ce fut le cas avec les sans-papiers, avec les malades du sida, avec le mouvement homosexuel et la question de l’homophobie, avec les précaires et l’exigence d’un revenu garanti, avec l’usage des drogues et la question de la légalisation… Les mouvements sociaux ont peut-être pour vocation d’être toujours en avance sur des partis politiques. L’essentiel est qu’il ne nous réponde pas par l’ignorance et la gêne, comme ce fut souvent le cas.

* Présidente de Act Up Paris.

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