Identifier le communisme

Quand le Parti communiste surenchérit sur les mesures de gauche préconisées par les socialistes ou prises par le gouvernement, il m’est sympathique mais il ne m’est pas indispensable. Pour ça, une aile gauche du Parti socialiste me suffit.

Quand le Parti communiste : ses ministres ou ses maires : gère les affaires courantes de l’ordre établi, il ne m’est pas sympathique, mais je l’admets.

C’est l’inévitable rançon d’une prise de responsabilité dans la direction de l’Etat.

Cependant, ni la radicalisation des propositions socialistes, ni l’efficacité à provoquer du consensus dans la gestion de l’ordre ne font une politique communiste. Elles vouent au contraire les communistes à n’être qu’une force d’appoint, singularisée non par sa proposition politique, mais par son ancrage historique et sociologique, et finalement un pur rouage du système.

Je crois que le communisme, comme courant politique, est d’abord une option de civilisation : desserrer les multiples contraintes qui pèsent sur les existences humaines et brident leurs potentialités historiques. Il est aussi une tradition singulière marquée par le souci d’identifier les forces concrètes à l’oeuvre dans l’histoire, d’organiser les luttes, de bouger les rapports de forces susceptibles de permettre une société « sans violence ni soumission ». Et, en effet, la « lignée » communiste a été à la pointe de l’analyse du capitalisme et de l’organisation de la classe ouvrière contre le pouvoir écrasant du capital sur l’activité productive de l’humanité. Mais cela n’a d’intérêt que par rapport au but, par rapport à l’option communiste, à la libération effective de nos existences.

Il me semble que la tâche prioritaire est aujourd’hui de proposer à la société des objectifs communistes de civilisation bien identifiables. On en a des exemples historiques : l’école gratuite, la sécurité sociale, la diminution du temps de travail. On sait que ces avancées sont « intériorisables », qu’elles marquent des paliers dans l’organisation sociale, qu’elles libèrent nos existences de graves soucis et de contraintes pénibles, qu’elles nous permettent d’élargir nos vies et nos capacités, que, finalement, sans être jamais irréversibles, elles se sont néanmoins inscrites dans la « nature des choses sociales », dans la civilisation française, dans les rapports de force.

Pour aujourd’hui, je pense à quelques chantiers qui me semblent propices à des avancées vraiment communistes. Il y a la filière santé, où la dictature du profit sur la recherche et la production de médicaments écarte du progrès médical des masses énormes d’êtres humains et fait peser des menaces majeures sur la santé publique d’une société mondialisée. Il y a la question du logement, avec la montée dans la conscience des gens qu’il n’est pas possible, dans un pays comme la France, de voir encore tant de sans-abri et de mal-logés. il y a la conquête du temps libre, cette part de notre existence que nous ne sommes pas contraints de vendre aux pouvoirs économiques pour survivre. Il y a l’accès à l’art et à la culture, qui ouvre le temps libre aux plus hautes richesses de l’humanité. J’en oublie…

Ces chantiers demandent du savoir-faire dans l’affrontement avec les forces du marché capitaliste et les communistes sont bien placés pour ça. Ils s’éloignent du mythe d’un grand-soir-une-fois-pour-toutes, mais permettent d’imaginer une vraie libération de certains espaces de nos existences contraintes par la maladie, le froid, le patron ou l’ignorance.

La proposition communiste se distinguera qualitativement des solutions social-démocrates de la régulation en envisageant une vraie sortie du marché quand c’est possible, et c’est plus souvent possible qu’on ne le pense. Le Parti communiste sera ainsi placé dans une émulation politique de haute valeur civique avec ses alliés.

Et il pourra espérer « faire civilisation », comme il le fit naguère en inventant le « communisme municipal », ensemble de dispositifs partout appréciés de solidarité, de vie civique, de culture, de loisirs où les humains peuvent se retrouver sans hiérarchies d’argent ni de pouvoirs pour élargir leur existence.

* Philosophe.

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