Pour moi, le communisme n’est pas d’abord un idéal de société, ni un projet de société. En vérité, le communisme n’a que peu de choses à voir avec la politique (quoi qu’il en dise lui-même). Pour moi, le communisme est un effort contre l’immobilité (et aussi contre le silence).
Pour moi, le communisme libère de tout ce qui tue, de tout ce qui mutile, de tout ce qui aliène, de tout ce qui exploite les hommes et les femmes (et de tout ce qui les empêche d’être ce qu’ils ont décidé : de temps en temps : d’être ensemble : des peuples). Le communisme se niche surtout dans des endroits où on est certain de ne pas le trouver. (C’est là que je l’ai rencontré.)
J’ai rencontré le communisme chez des artistes : des peintres, des musiciens, des poètes, un ou deux photographes, un dessinateur de BD, des comédiens et metteurs en scène, des éditeurs (pour ne parler que de ceux que je connais personnellement). Pour moi, ils sont communistes quand ils lèvent un voile sur la vérité des hommes : ce qu’ils sont et ce qu’ils possèdent (ils ne montrent rien, ils donnent à voir). Les artistes qui montrent ne sont pas communistes (les communistes qui montrent non plus).
J’ai rencontré le communisme chez des employés de bureau qui placent dans l’exigence de leur propre dignité l’efficacité du service qu’ils rendent (ils n’étaient pas tous syndiqués). Il y a ainsi des ouvriers communistes, des scientifiques, des techniciens, des enseignants communistes… ils font leur travail, et pas seulement ce qu’on leur demande. (Ils ne savent pas tous qu’ils sont communistes et n’en sont pas malheureux pour autant.)Des chômeurs aussi sont communistes : ils vivent (malgré tout).
Pour moi, le communisme est essentiellement féminin. Ce n’est pas le fait de toutes, mais certaines de mes fiancées, de mes épouses, de mes amoureuses et de mes amies, étaient communistes : elles ont réussi à humaniser un peu ce petit morceau d’humanité que je suis (dans ces cas les ruptures ont été douloureuses). On trouve aussi : et c’est nécessaire : le communisme dans l’espace de la politique (bien que ce ne soit pas là qu’il se sente le plus à l’aise). Pour moi, les communistes font toujours la révolution (celui qui pense faire la révolution un jour est un révolutionnaire d’un jour). Un révolutionnaire pense qu’une deuxième fois pareil, c’est déjà une mauvaise habitude (rester communiste est bien plus difficile que de le devenir). Les avancées libératrices ont besoin de règles et de lois pour se prémunir et de rapports de forces pour les garantir (le non-droit n’est jamais communiste). L’ordre établi non plus n’est jamais communiste (les règles et les lois ne doivent jamais être définitives, sans parler des rapports de forces).
L’existence, parmi les communistes, d’un Parti communiste n’est pas une affaire anodine (jusqu’à présent, le communisme n’a rien trouvé de mieux).Le Parti communiste doit davantage aspirer à légiférer qu’à gouverner (ce qui ne peut nullement l’empêcher de participer au gouvernement).
Personne ne doit appartenir au parti communiste (la réciproque n’est pas vraie). Le Parti communiste n’a pas vocation à être puissant (sa vocation est d’être généreux). Lorsque le temps est particulièrement clair, il m’arrive d’apercevoir le Parti communiste.
** Membre de la direction du PCF des Alpes-Maritimes.
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