Spécifité de communistes

Du projet communiste pour le siècle à venir, j’attends d’abord qu’il soit communiste, c’est-à-dire pense, explique et défende une politique réellement anticapitaliste (au lieu de se contenter de naviguer à vue en émettant des protestations vertueuses lorsque la gauche plurielle au pouvoir adopte une conduite de droite par trop voyante) ; du parti communiste, j’attends qu’il combatte les choix de ce gouvernement lorsqu’ils sont mauvais, en politique intérieure (par exemple le budget 2000) comme en politique étrangère (par exemple la guerre en Yougoslavie), avec pugnacité et ténacité (et non, comme cela devient un système, en adoptant d’abord une position juste pour l’oublier bientôt) ; des communistes, j’attends qu’ils reprennent en main leur parti et ne le laissent pas captif de sa direction, dont les choix ne cessent d’être cruellement sanctionnés (à juste titre) par « les gens », et dont la conception du débat démocratique s’apparente à un simulacre. Sur ce dernier point, on me dit : la préparation du congrès donne lieu à un vaste débat dans le parti. Je veux bien. Mais en réalité la consultation des militants de « base » ne dure que deux semaines, ce qui est un peu court, on me l’accordera, pour un enjeu si crucial. Et on ne peut pas dire que l’ambiance soit à la confiance lorsqu’on se rappelle le tour de passe-passe des trois précédentes « consultations » : sur la participation des communistes au gouvernement, la nouvelle formule de l’Humanité et les élections européennes. On a pu apprécier les résultats : la participation des communistes au gouvernement ressemble de plus en plus à cette « culture de gouvernement » (qu’on pourrait aussi appeler « culture du reniement ») qui déshonora Rocard naguère. L’Humanité perd ses lecteurs à une vitesse alarmante : son relookage soft n’a pas gagné de nouveaux lecteurs tout en faisant fuir ceux qui trouvaient dans l’ancienne formule, si imparfaite soit-elle, une position marxiste sur la réalité.

Quant aux élections européennes, on a vu le désastre qu’a entraîné l’absence de liste communiste : comme beaucoup de camarades ou de sympathisants, je n’ai pas voté pour des adversaires notoires de nos analyses comme madame Fraysse, messieurs Sylla ou Herzog, et j’ai laissé Robert Hue assumer sa responsabilité personnelle. Il y a une sorte de comique assez noir à vouloir plaire aux « gens » qui, loin d’être des imbéciles crédules et manipulables, attendent du parti communiste une analyse matérialiste, une radicalité politique, qu’il est seul capable d’impulser. J’ai trouvé assez savoureux aussi les faucilles et les marteaux qu’arboraient avec un humour vache nombre de stands à la fête de l’Humanité. Façon de dire qu’on ne brade pas comme ça une histoire révolutionnaire et que tout le monde n’est pas prêt à s’aligner sur la norme social-démocrate en cours. Le succès du 16 octobre ne doit pas faire écran : il est dû à la colère et à la combativité populaires, il n’est pas un blanc-seing aux organisateurs.

Nous avons derrière nous près de trois ans d’abandon de plus en plus prononcé de notre spécificité de communistes. Ce n’est pas inéluctable. Mais il faut en finir avec le stalinisme de l’appareil et le réformisme politique où s’égare le parti, c’est-à-dire écouter les voix d’en bas en se gardant de les dévoyer.

* Metteur en scène.

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