Un peu de sel sur les plaies

Acceptons la logique du titre : « grain de sel » et assaisonnons notre plat. Ce texte sera donc plutôt phrases à l’emporte pièce qu’assertions dûment prouvées, expressions de sentiments forts que circonvolutions évanescentes.Je suis de ceux qui ont espéré, et espèrent encore en la « mutation ». Des choses avancent, et j’ai plaisir à le dire. Peu à peu nous créons les conditions de notre retour dans le champ de l’utile. D’autres me hérissent le poil, je veux les énoncer.

Le 16 octobre entre autres, montre que nous apprenons à construire des discours et des actions avec des gens qui luttent et (ou) sont déçus tout en participant à un gouvernement avec une certaine originalité.Certes, tout n’est pas encore limpide, mais voyons le chemin parcouru. Nous sommes loin des embrouillaminis de la période 1981-1984, des bilans dithyrambiques et des départs précipités. Ce regard grand angle, de l’arrière vers l’avant, est indispensable.C’est d’ailleurs le gros manque du projet d’ordre du jour du congrès. Pourquoi résiste-t-on encore à analyser notre proche passé ? Les années 80/90, avec notre gestion de la participation au gouvernement, nos choix dans la vie du parti, dans nos liens avec l’Est n’ont-ils rien à nous apprendre ? Les difficultés seraient-elles toutes nées avec la mutation ?

Nous nous ouvrons aux autres. Les espaces citoyens sont un des témoignages de nos tentatives. C’est dans ces types de pratiques que nous perdons notre conception « guide » pour construire du neuf. Mais, si l’on admet facilement que d’autres se joignent à nous, il semble plus dur d’accepter de se joindre à d’autres.L’un ne va pas pourtant sans l’autre. Seuls vivent, ceux qui se nourrissent dans les unions et créent une identité originale et reconnue. Une force qui perd son identité dans les échanges ou qui les refuse est condamnée par absorption ou assèchement et relégation. C’est un chemin étroit. Il demande travail et inventivité. Avons-nous les moyens de laisser sur le côté celles et ceux qui veulent être de la partie (sans être au parti) ? Nous avons beaucoup exclus, perdus trop de cerveaux et de bras pour laisser filer cet espace-là.Comment menons-nous ce travail ? Et la direction ?

Paradoxe suprême, le souhait d’une mutation profonde, sans cesse réitéré, s’est conjugué avec un degré proche de zéro dans les débats du CN.Bref, tout le monde (ou presque) est d’accord ou fait comme si. Le silence, les votes massifs diffusent l’attentisme, l’impression d’isolement d’un secrétaire national portant seul le changement ? Où étaient les interpellations, les contradictions ? Laissées en location à quelques habitués…

Nous n’arrivons pas à casser une logique de bloc, les « pour » et les « contre ». La richesse de la diversité, ce n’est pas seulement le droit d’exprimer des désaccords. C’est également l’expression personnelle et différente, y compris de ceux qui veulent aller dans la même direction. Manifestement, nous n’en sommes pas là.

Plus même, on est passé assez radicalement de « faites comme «je» vous dis » à « faites comme vous voulez ». Avouons qu’aucun des deux ne cultive particulièrement le dynamisme !Est-ce vraiment cela le nouveau type de direction ?

On ne changera pas le monde sans courage et engagement individuel, sans écoute et, osons l’avouer, sans tâtonnement. Je préfère ces périodes moins lisses, faites de recherches parfois incertaines que les longs fleuves tranquilles qui ont conduit aux catastrophes.Nous donnerons-nous des directions, des dirigeants, qui auront personnellement l’envie et la ténacité d’explorer cette voie, le plaisir de chercher à réinventer ? Ce n’est pas une petite affaire.

* Membre de la direction de la fédération du PCF des Hauts-de-Seine

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