Cela fait maintenant deux ans que la direction nationale du PCF lançait l’idée et impulsait la création d’espaces-citoyens : lieux nouveaux de débats, d’action et de solidarité ouverts à tous les citoyens pour faire de la politique autrement. Il serait malhonnête de dire que cette proposition suscita spontanément l’enthousiasme des militants ; il a même fallu une dose certaine de volontarisme pour donner naissance aux premiers espaces.
Est-ce à dire que cette initiative ne collait pas à la réalité ? Qu’elle était la lubie de quelques dirigeants ? Qu’elle cédait à la mode de la citoyenneté ? Enfin, qu’elle avait un objectif masqué, celui de substituer à l’organisation actuelle du parti une nouvelle structure ? Elle a provoqué bien des doutes, des craintes, parfois des oppositions mais le débat a permis de lever des obstacles et d’approfondir notre réflexion sur : la crise de la politique, ses contradictions, sa nature; et sur notre choix stratégique faisant de l’intervention citoyenne la condition pour impulser des transformations sociales, radicales et durables.
Le fort taux d’abstention aux élections européennes révèle le fossé qui ne cesse de se creuser entre les citoyens et la représentation politique et le danger que cela représente pour la démocratie. Il me semble que les espaces citoyens sont nés de cette volonté de prendre à bras le corps cette situation, pour répondre aux défis que pose cette crise profonde et complexe, contradictoire de la politique et de la citoyenneté.Des tendances lourdes (découragement, sentiment d’impuissance, méfiance, perte de repères, délégation de pouvoir) à l’oeuvre dans la société depuis des décennies, ont modelé en profondeur les comportements, les modes de vie, les mentalités en même temps qu’elles ont fait lever des exigences de démocratie et de conception renouvelée de la politique. L’offre politique proposée par les partis est reçue avec défiance, quand elle n’est pas complètement rejetée.
Pour autant, la tendance à la repolitisation reprend de la vigueur. Une appétence visible, dynamique pour la chose publique se développe. La vie associative est vivace, des lieux de rencontre, de débat se créent de plus en plus nombreux. Ce regain de l’engagement militant et citoyen témoigne d’une envie d’agir mais différemment. Il n’y a pas refus de participer à une action, il y a refus de se faire « embrigader », de déléguer son pouvoir et donc exigence de contrôler les décisions, de vérifier exactement le sens et l’efficacité de son action. Il n’y a pas refus de travailler ensemble, d’élaborer collectivement des solutions d’intérêt général, de lier des solidarités ; il y a exigence d’être d’abord pris en compte comme individu, d’être reconnu en toute indépendance avec ses différences, pour ses compétences et ses capacités personnelles. Pour tenter d’apporter une réponse à cette demande, le PCF a créé les espaces citoyens. C’est la mise en forme concrète d’un choix stratégique : permettre aux gens d’intervenir sur les problèmes qui les concernent, du local à l’international, et de construire des réponses par le débat, la confrontation d’idées, et ce dans le respect de la sensibilité de chacun.
Quels enseignements sommes-nous en mesure de tirer de cette expérience de deux ans ? En phase avec l’exigence de faire de la politique autrement, elle est un champ d’expérimentation très riche, dans le domaine de la démocratie, des pratiques politiques nouvelles, des possibilités créatrices du mouvement social, de l’engagement militant.
Du point de vue du parti communiste, l’initiative a validé le choix stratégique de l’intervention citoyenne pour la transformation de la société. Son image s’en est trouvée positivement modifiée. Des liens de confiance, de respect mutuel avec des femmes et des hommes désireux de faire bouger les choses ont été tissés : n’est-ce pas les prémices d’une réconciliation avec la politique et peut-être un peu avec le Parti communiste ? Des obstacles ont freiné et continuent de freiner la création et l’élargissement des espaces citoyens. Les initiateurs de la démarche ont, à l’image de la société, du mal à s’engager dans une action tant qu’ils n’ont pas pu en vérifier l’efficacité, et cette expérience reste trop limitée pour provoquer le dynamisme. Et il n’est pas simple, même à son corps défendant, de se dégager d’une culture politique marquée par des conceptions partisanes et des pratiques délégataires. C’est une véritable révolution culturelle, que les communistes ont engagée avec les espaces citoyens. Elle sera de longue haleine. Multiplier les espaces est la condition de la crédibilité, voire de la pérennité de cette initiative. Il faut sortir du champ expérimental, développer l’interactivité entre les espaces dont les participants ont besoin de se sentir partie prenante d’un mouvement plus vaste et utile.
Les communistes dans leur grande majorité en ont-ils pris la mesure ? Ce sera un débat du Congrès. L’invention des espaces citoyens a été dictée par le désir de faire de la politique autrement, la question demeure.
* Membre du Comité national du PCF et du secrétariat de la fédération de Dordogne.
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