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Nouvelles images du Japon, le programme, Le tombeau des lucioles Le Forum des images (ex-Vidéothèque de Paris) organise en décembre un festival intitulé “Nouvelles images du Japon”. Qu’une institution, spécialisée dans la diffusion du cinéma d’auteur et du cinéma de qualité, s’encanaille au point de proposer des japanimes (dessins animés japonais) à un public branché art et essai, voilà qui pourrait surprendre. Xavier Kawa-Topor *, qui a monté ce projet, s’en explique.
Pourquoi le Forum consacre-t-il un festival à l’animation japonaise ?
Xavier Kawa-Topor :
le Forum des Images est spécialisé dans le cinéma de qualité. Nous explorons le cinéma contemporain et proposons aussi des archives. Avec ce festival, nous voulons manifester la volonté d’une institution reconnue de participer à un mouvement de revalorisation de l’animation japonaise. On sent depuis quelque temps une attention nouvelle portée par les médias et le public à ces films. Nous travaillons sur le projet depuis deux ans et nous avons pu trouver les partenaires pour aboutir enfin cette année.
Mais les dessins animés japonais ne jouissent pas d’une très bonne réputation.
X.K.-T. :
Nous voulons remettre les pendules à l’heure et redorer le blason de ces films surtout auprès des parents et du milieu éducatif. Certains préjugés ont été véhiculés par une programmation un peu anarchique à la télévision. Mais ce n’était pas unilatéralement mauvais. Il n’y a pas eu de travail critique permanent et tout a été mis dans le même sac. De plus, il existe une certaine méfiance des Européens. Un réalisateur japonais qui s’attaque à Heidi sera critiqué, au prétexte qu’il ne peut comprendre les histoires européennes. Cette vision méprisante est totalement infirmée par la réalité.
Qu’avez-vous décidé de programmer ?
X.K.-T. :
Nous présentons un panorama éclectique de l’animation japonaise. Nous rendons hommage au réalisateur Osamu Tekuma car c’est une figure symbolique dans le monde du manga (bandes dessinées populaires au Japon). Il a fait à la fois des films commerciaux de qualité et du cinéma de recherche. Par ailleurs, nous programmons des films de renom tels : Ghost in the shell, Galaxy Express 999, le Tombeau des lucioles, Porco rosso, Mon voisin Totoro qui s’adressent à des publics d’âges différents. Nous ne voulons pas édulcorer, certains films seront interdits au moins de 16 ans comme au Japon et ils seront projetés le soir. Dans la journée, en revanche, nous recevrons le grand public. Nous travaillerons avec les écoles pendant la première semaine du festival, puis nous recevrons les familles au cours des vacances scolaires.Votre festival ne s’adresse pas qu’aux spécialistes des dessins animés japonais ?
X.K.-T. :
Nous voulons croiser les publics. Faire découvrir l’animation japonaise au grand public et faire découvrir le Forum des Images aux fans de films japonais.
Que pensez-vous personnellement de cette filmographie ?
X.K.-T. :
C’est un domaine que j’ai connu récemment et j’y découvre des merveilles. Certaines sont empreintes de culture japonaise, mais, dans ce domaine, il y a un aller-retour entre leur culture et la nôtre. Ces films marient modernité et tradition. Certes, ceux qui connaissent le shintoïsme détecteront des références précises dans Totoro, mais ce film est poétique et on peut déjà beaucoup l’apprécier de ce point de vue. En Europe, on cantonne le cinéma d’animation au public enfantin et, pour beaucoup, enfantin est souvent synonyme d’infantile. Le film d’animation japonais, au contraire, s’adresse à tout le monde. Il est d’une grande vitalité et rencontre un vrai public tout en étant très créatif.Du fait de cette assise différente dans le public, les Japonais sont en mesure de produire des longs-métrages de qualité. En France, on a du mal à se lancer dans l’aventure. Quand cela se produit, le public visé est celui des enfants. C’est le cas avec Kirikou qui est une réussite, mais dont la production n’a pas été aisée.
Les coûts de production sont-ils moins élevés au Japon ?
X.K.-T. :
Les Japonais ont su développer rapidement l’outil informatique, le numérique. De plus, ils ont fait le choix esthétique d’une animation qui limite le nombre d’images à la seconde. Une fois dépassé l’a priori sur la fluidité, on s’aperçoit que la qualité est au rendez-vous.
* Directeur de la délégation à l’action éducative au Forum des images.
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