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Comics Park, l’expo, l’albumAu début du XIXe siècle, Georges Cuvier, professeur d’anatomie au Muséum national d’histoire naturelle, se lance dans l’étude détaillée d’ossements fossiles trouvés dans les couches superficielles du globe. Par le raisonnement et la déduction, il reconstitue et fait connaître un monde de formes inconnues jusque-là, un bestiaire d’animaux stupéfiants : un lézard marin géant dans la craie de Maastricht, un reptile volant dans le calcaire lithographique de Bavière, un mastodonte énorme dans les sables argileux de l’Ohio, des quadrupèdes évoquant des tapirs dans le gypse de Montmartre. Les savants et le public ne s’y trompent pas : les gens ébahis et enthousiastes découvrent les images de mondes disparus, que le talent d’un seul homme réussit à faire revivre.
Ainsi, dans cette première partie du XIXe siècle, cette science nouvelle, la paléontologie, c’est-à-dire la science des espèces du passé, permettait notamment de “ressusciter” un monde d’êtres gigantesques, monstrueux, terrifiants. C’est ce monde qui va se substituer aux représentations issues du Moyen Age, du temps des chimères et des dragons ; au temps de la mythologie succède le temps de l’herpétologie (ou science des reptiles). Ce monde ne pouvait que fasciner et attirer les artistes : écrivains, peintres, graveurs, dessinateurs, sculpteurs.
Les scientifiques s’employaient à rassembler les pièces d’un puzzle constitué d’ossements et de squelettes. Les artistes allaient apporter ce que la science ne fournissait pas aux scientifiques, les formes, la posture, l’attitude, le regard, le grain de peau, la couleur et la mise en scène : combats, attaques et mort des animaux.
De nos jours, les scientifiques savent qu’ils ne pourront jamais faire revivre un dinosaure en chair et en os à partir de quelques brins d’ADN, mais leurs découvertes, partout à travers le monde, se succèdent à une belle cadence. Il ne se passe pas de mois sans que soient mis au jour de nouveaux dinosaures plus étonnants les uns que les autres : dinosaures herbivores quadrupèdes aux vertèbres munies de longues épines comme Arnargasaurus, carnivores plus gigantesques encore que le Tyrannosaure, comme Giganotosaurus, dinosaures mangeurs de poissons, à museau long et étroit comme les Spinosaures, dinosaures… couverts de plumes ! , dinosaures allongés sur leur nid et semblant protéger leur progéniture, etc. La réalité des dinosaures est en perpétuel renouvellement ; elle surpasse sans cesse la fiction.
Pourquoi cette fascination pour les dinosaures, qu’ils soient en os dans les musées ou en chair et en os dans les films et les bandes dessinées ? Pourquoi cette “dinomania”? Pour moi, dont les souliers ont beaucoup voyagé à la recherche des dinosaures, de l’Europe à l’Afrique, de l’Amérique du Sud à l’Asie, les dinosaures introduisent dans la tête des humains, petits ou grands, citadins ou campagnards, nomades ou sédentaires, la notion bouleversante de l’immensité du temps, le mystère de nos origines animales, la question de la vie et de la mort des espèces. L’espèce humaine ne peut se désintéresser du sort des dinosaures, dont l’origine, le développement sur la Terre pendant plus de 150 millions d’années puis la disparition, cristallisent de manière particulièrement spectaculaire ce qui guette au fond toutes les espèces, y compris la nôtre. .
* Paléontologue, Muséum national d’histoire naturelle à Paris.
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