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MERCHANDISING/Alerte à l’AFPLes Presses Universitaires de France, les célèbres PUF, sont depuis près d’un an au coeur d’une tourmente qui pourrait bien, à elle seule, être le symbole des changements économiques mais aussi culturels qui tendent à prédominer dans le secteur de l’édition française. “Je préfère me retirer pour ne pas partager la responsabilité des multiples imprécisions, approximations et non-justifications que comporte le plan du directoire”, c’est ce que disait Pierre Angoulvent, au soir de sa démission de la présidence du Conseil de surveillance des PUF, maison d’édition qu’il avait dirigées de 1968 à 1994 en succédant à son père. Le temps n’est plus aux rêves.
5 millions de perte en 1998 pour un chiffre d’affaire de 184 millions de francs, à quoi s’ajoutent d’autres mauvais résultats, c’est ce qui sera venu à bout de la coopérative créée en 1934. Le 10 mai, le président du directoire des PUF, Michel Prigent, a en effet sonné le glas de cette véritable institution française. Certes, les PUF existeront encore, mais elles ne seront plus ce qu’elles ont été. Les mesures annoncées sont en effet radicales. La maison d’édition quitte son statut de coopérative qui regroupait 4000 sociétaires pour un actionnariat classique. Il y prévalait une simple règle : un homme, une voix. Ils étaient représentés par les sept membres du Conseil de surveillance. Des actionnaires minoritaires vont faire leur apparition dans le capital. Gallimard y entrera sûrement à hauteur de 20 %. Un autre actionnaire, plus axé sur les nouvelles technologies, devrait aussi y trouver sa place. La distribution de ses propres livres ainsi que celle des maisons d’édition dont s’occupaient les PUF (Verdier, Champs Vallon…) sera sous-traitée par la Sodis, une filiale de Gallimard.
Enfin, et c’est peut-être le pire, la mondialement célèbre librairie du boulevard Saint-Michel va se transformer en boutique de chaussures ou de fringues, entraînant 45 à 50 licenciements secs. Cependant, ce plan social a été repoussé par deux fois par l’inspection du travail : la Place de la Sorbonne, pour quelques temps encore, ressemble toujours à la Place de la Sorbonne. Cette crise de l’édition française se situe dans un contexte mondial difficile pour les sciences humaines et sociales (SHS). Un exemple : les ventes des inégalables petits ouvrages de la collection “Que sais-je ?” sont passées de 5 800 à 4 100 exemplaires par titres en quelques années. Pour combler ce manque on édite alors de plus en plus de livres. Des 658 titres publiés dans cette collection en 1990, on est passé à 1098. A qui la faute ?
Les auteurs qui ont succédé aux Barthes, Sartre ou Foucault ne s’adressent-t-ils qu’aux universitaires ? Le livre se meurt-il du «photocopillage» puisqu’un milliard de pages sont reproduites chaque année rien que dans l’enseignement supérieur ? Ou encore, ce qui serait beaucoup plus grave, vivons-nous une “défaite de la pensée”, comme a pu titrer le Nouvel Observateur au mois de juin dernier ? Des auteurs y exprimaient leur pessimisme face à cette situation. “Le marché veut des livres sans vocabulaire, sans idées, sans subversion”, disait Michel Onfray. “Rien d’étonnant donc a ce que les sciences humaines soient dépréciées puisqu’elles sont le lieu privilégié de l’interrogation” , ajoutait Paul Virilio. La “pensée unique” est donc mise en cause mais aussi “l’utilitarisme” des jeunes étudiants, qui, s’ils sont de plus en plus nombreux, ne lisent plus que des morceaux de livres photocopiés qui leur permettent de passer leurs examens.
Certains voient aussi dans cette crise une conséquence de la mondialisation. “La cause de cette crise est à rechercher du côté de la politique pratiquée par les gros éditeurs, et singulièrement par deux groupes : Hachette et les Presses de la Cité : qui représentent plus de la moitié du marché. Leur caractéristique commune est d’être, non plus des groupes d’éditions, mais des groupes de communication, qui sont eux-mêmes des éléments d’empires industriels et financiers beaucoup plus vastes, en l’occurence Matra et Vivendi”, disait Richard Lagache, co-animateur des éditions La Dispute dans l’Humanité du 11 mai dernier. Dans ce contexte, on comprend alors la réaction de Pierre Angoulvent dans Libération du 18 mai : “L’entrée des PUF dans le système capitaliste, outre qu’elle constituerait une fausse solution aux problèmes posés, reviendrait à leur enlever leur indépendance à l’égard de toute pression idéologique ou financière, d’où elles tiennent leur renom international.” Un livre vient étayer cette thèse. André Schiffrin, éditeur américain, mais qui possède des liens privilégiés avec la France puisqu’il est le fils du créateur de La Pléiade, a lancé un cri d’alarme dans son livre l’Edition sans éditeur.
La violence de ses propos n’a d’égale que celle qui prédomine actuellement dans le monde de l’édition aux USA. Après avoir été durant trente ans le responsable éditorial de Pantheon House, une maison d’édition indépendante, des rachats et regroupements multiples l’ont amené à démissionner. Certains passages à propos des nouveaux “patrons” de l’édition sont éloquents : “Je remarquais que ses yeux se portaient d’abord sur la partie droite de la feuille, celle de la colonne de chiffres, et qu’ensuite seulement il regardait les titres des livres. C’était comme si nous dirigions une usine de chaussures et fabriquions systématiquement des chaussures trop petites pour la majorité des clients. Quel était l’intérêt de fabriquer des livres à si petit tirage ? N’avions-nous pas honte ?” Un autre signe d’alarme nous vient aussi des USA. Il s’agit d’un article de l’historien Robert Darnton, publié dans la New York Review of Books et intitulé “The new age of the books.”.
Devant la baisse des ventes en librairie, l’auteur y préconise la publication des livres de sciences humaines et sociales directement sur Internet ! Selon lui, elle permettrait une construction “pyramidale” : on y trouverait la thèse, mais aussi les sources intégrales, les attendus théoriques et bibliographiques et un forum avec les lecteurs. Nous entrerions alors dans l’ère du livre électronique. Reste cependant quelques problèmes. Pêle-mêle : quel serait l’avenir des droits d’auteurs ? que deviendraient les dernières librairies indépendantes ? les parutions étant des éléments primordiales pour la reconnaissance universitaire d’un doctorant, quel crédit peut- on donner à une publication on-line ?…
La crise des PUF n’est donc pas un élément isolé. C’est tout le monde de l’édition qui pourrait connaître sous peu de sérieux bouleversements.
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