1. Ce qui me gêne au Parti communiste actuellement : l’absence de Pensée théorique, en particulier le manque total de pensée économique n’offrant aucune perspective aux militants sur ce qu’on voudrait faire. L’absence de travail de fond sur son Histoire et celle du socialisme des pays de l’Est, conduisant les plus anciens militants à un sentiment de culpabilité et de malaise, à une mollesse dans l’action et à un manque d’initiative. Les plus jeunes ont plutôt tendance à scotomiser (exclure du champs de la conscience, NDLR) le passé, ne voulant pas l’assumer, ce qui rend illisible notre projet à l’extérieur du Parti.
Des relents de racisme anti-intellectuel, un rigorisme poussiéreux de certains militants et une façon rétro d’aborder le problème des femmes.
Un côté encore un peu clanique qui conduit trop souvent les communistes à rester entre eux, à s’interroger sur leurs états d’âme, sur la forme, plutôt que de s’attaquer à bras le corps aux problèmes de fond. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et se communique plus facilement. Je crois qu’une fois un projet bien travaillé au fond, sur les principaux problèmes de société, l’expression en serait facilitée et accessible.
Au-delà d’une « psychothérapie » collective après le relatif échec des Européennes, le PCF devrait sortir de ses complexes et oser afficher clairement son identité, ses choix précis. Pour la candidate Bouge l’Europe ! que je suis, fascinée par la richesse de la campagne et des échanges que nous avons tous eus, les résultats insuffisants furent liés au flou artistique de notre projet commun, alors que, de fait, les options communistes étaient claires. Il eût été bien de le dire…
2. Ce que j’attends du PCF : beaucoup ! Et plus encore !D’abord le désenclaver par une réelle ouverture qui passe peut-être par des moyens simples, limiter le nombre des permanents à temps complet coupés de la vie réelle, leur préférer des mi-temps exerçant également à mi-temps ailleurs.
Obtenir des cellules un travail de fond théorique par petits groupes fréquents (éventuellement ouverts à des non-membres) sur des problèmes non seulement pratiques mais aussi philosophiques, éthiques, de société. A titre d’exemple, quelles pourraient être les positions des communistes sur l’euthanasie, le clonage humain, la thérapie génique, ou, plus brûlant encore, le nucléaire ?Autant de questions graves, nouvelles où les décisions ne doivent pas être prises uniquement par les scientifiques et/ou les politiques associés à quelques pseudoexperts auto-proclamés, mais élaborées par des réflexions prolongées de toute la population, au sein de laquelle le PC doit jouer son rôle en tant que force de progrès indépendante des pressions économiques à visée de profit.
J’attends du PCF qu’il soit à l’origine de réformes structurelles dans différents domaines aptes à résoudre les problèmes de santé, justice, école, environnement, etc. Ainsi, dans le domaine de la santé, en grand péril, j’attends qu’il soit à l’initiative d’une Réforme de structure du système de santé hospitalier. En effet, malgré une enveloppe de près de 10 % du PIB, le système de santé ne cesse de se dégrader, aboutissant à une tiers-mondialisation de la santé et à une désertification des campagnes. Ce combat devrait permettre d’abroger le Sross II (schémas régionaux d’organisation sanitaire) et de sauver les hôpitaux de proximité, les petites structures publiques et privées à taille humaine. Cette réforme devra séparer la gestion des universités et des hôpitaux (la sécurité sociale en particulier n’ayant pas à assumer l’enseignement).
J’attends du PCF qu’il soit à l’origine d’une véritable Démocratie sanitaire : gestion transparente des hôpitaux avec publication de toutes les activités et budgets, des rapports coûts/efficacité, pouvoir décisionnel aux élus, associations, patients, et acteurs de santé et non aux agences régionales de l’hospitalisation ayant un pouvoir dictatorial local sans contre-pouvoir.
Dans tous les domaines, j’attends du PC qu’il s’attaque à la bureaucratie dont il a été si lourdement victime et dont il pourrait démonter les mécanismes par l’étude de son histoire pour mieux les prévenir ; qu’il participe en France à l’épanouissement d’une vraie démocratie en s’opposant systématiquement aux diktats de la technocratie énarchique, et en favorisant partout la mise au point de contre-pouvoirs.
Au total, beaucoup de travail, mais l’enthousiasme des militants, en particulier de très nombreux jeunes de la Jeunesse communiste, est à la mesure de cette ambition. Comme l’a dit Robert Hue lors de la clôture de l’Université d’été d’août 1999 : « J’ai confiance », c’est pour cela que je m’y engage !
* Médecin des hôpitaux, responsable de l’Unité fonctionnelle de cancérologie pédiatrique de l’hôpital universitaire Avicenne de Bobigny (93).
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