Le parti communiste a décidé une grande remise à plat de sa pensée politique. Pour la conduire, il veut engager un travail au delà des rangs du parti. Mais pour que cet effort débouche sur une relance du communisme, il lui faut encore apprendre à s’enrichir des différences. Ce qui suppose de les reconnaître. L’histoire a donné de l’épaisseur à la pluralité des rapports au communisme. Cette diversité n’est pas prête de se résorber. Saurons-nous en faire du commun sans espoir illusoire de revenir à l’unité originelle ?
Pour faire de nos différences une dynamique, il faudra prendre acte de l’histoire telle qu’elle a eu lieu, et admettre la division de la famille communiste en deux grands courants, le communiste et le trotskiste. Pourtant, le PCF et la Ligue communiste sont face à questions comparables. Pour repenser le projet révolutionnaire et la stratégie politique, nous avons besoin de confronter ces deux approches. J’espère que le PCF voudra engager ce travail commun. Sans esprit d’hégémonie.
Vivre des différences suppose aussi de repenser les rapports du PCF avec les ex-communistes. Une très grande part d’entre eux : d’entre nous : n’a pas rejoint d’autres partis politiques. Ils ont souvent investi leurs convictions dans les syndicats, les associations ou dans l’exercice de leur profession. La plupart ont vécu leur rupture avec le PCF comme une douleur, une désillusion. Je crois totalement vain de chercher à les faire revenir dans ce parti qu’ils ont quitté ou qui les a exclus. Mais beaucoup ont toujours des préoccupations communes avec le PCF. Ils ont une connaissance des questions posées à la société, possèdent des esquisses de réponses. Le PCF doit travailler avec eux, et là encore sans préalable. Peut être qu’alors le vieux Parti s’évanouira et qu’une nouvelle formation naîtra qu’ils reconnaîtront comme la leur. Mais ce serait l’aboutissement possible d’un processus et non son début.
Reste à accomplir une révolution interne à la culture communiste : accepter véritablement les différences politiques au sein du parti. Elles devraient y être considérées comme légitimes. Mieux, elles devraient être comprises comme absolument inévitables et comme une condition pour l’invention.
Maintenant que chacun peut dire ce qu’il veut, il est nécessaire de passer à l’étape du débat, de la polémique.
Or, le point de vue de ceux que l’on appelle les « nostalgiques » ou les « orthodoxes » est trop souvent récusé avec désinvolture.
Pourtant ne disent-ils pas ce qui, hier encore, était Le dogme ? Nombre de propositions des Refondateurs ont été dans les faits reprises par la direction, sans qu’elles aient été vraiment discutées et assimilées.
Trop de changements nécessaires sont énoncés d’en haut, laissant les militants déboussolés. Le PCF ne s’en sortira pas s’il ne construit pas une culture démocratique. Il est condamné à inventer les voies permettant des élaborations politiques autonomes nourrissant l’action commune.
Enfin, le PCF n’est toujours pas un parti accueillant à ceux qui ne sont pas nourris aux mêmes codes politiques et culturels.
Les femmes, les jeunes, les immigrés n’y ont pas complètement leur place. Toutes les mesures volontaires comme la parité, le rajeunissement des cadres, les listes blacks-blancs-beurs ne peuvent masquer cette réalité. Ni suffire à l’inverser.
Il faut absolument comprendre pourquoi ceux qui sont parmi les plus inventifs, les plus révoltés, celles et ceux qui ont fait bouger considérablement la société (le mouvement féministe et le mouvement gay sont les mouvements sociaux qui ont le plus transformé nos manières de vivre et de penser) se retrouvent si peu, si mal dans le courant communiste.
Il faudrait s’attacher à reconnaître ces micro-processus qui produisent de la mise à l’écart. Car cette exclusion s’inscrit dans les actes, les mots, les postures, les symboles que le parti véhicule. Le communisme a absolument besoin de revisiter le substrat de sa culture. Et nous parlerons alors de domination et d’émancipation.
* Architecte, rédactrice en chef de la revue Futurs.
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