Avec l’écroulement du bloc soviétique, le capitalisme réussit à imposer une forme idéologique qui se veut « vierge » et neutre, mieux encore, à faire oublier son caractère idéologique. Il se propose comme repère unique d’un « utopique » monde homogène de la libre consommation. Il se débarrasse d’une réalité incarnée : la figure réelle du patron décisionnaire : pour s’abriter derrière la symbolique abstraite de la loi du marché. En dépit de l’inefficacité des réponses aux besoins de la majorité de la population mondiale, en dépit de leur coût humain inique, de la restriction des libertés individuelles par une standardisation du comportement des individus : tous potentiels consommateurs : les tenants du libéralisme, libérés de tout système global alternatif et concurrent, savourent sa consécration en symbole de modernité et de pragmatisme.
Pourtant ses échecs sont chaque jour plus flagrants. Pour faire face à cette publicité inopportune, se développe une politique du moindre mal, une sorte de régulation des dérapages du système par les décisionnaires politiques qui conforte le sentiment de son inéluctabilité. Une politique de renoncement du pouvoir politique et sa reconversion implicite dans un rôle de fonctionnaire, gestionnaire technocratique du libéralisme.
Des poches de résistance naissent et s’organisent, sur des revendications catégorielles, parfois contradictoires, parfois complémentaires, orphelines d’une opposition globale. Mouvement de quartier pour la sauvegarde d’un jardin, grève contre des plans de licenciements, associations de malades, développement de réseaux d’accès à l’information, etc. Toutes ces résistances sont fondées sur le refus de la négation de l’individu, réduit au seul consommateur potentiel, et sur l’invention de nouvelles solidarités.
La construction d’un projet de solidarité alternatif devra nécessairement se fonder sur des expériences multiples et placer le libre épanouissement de l’individu au coeur de ses principes. Respect du principe d’égalité et de la demande de démocratie réelle, comblement de la distance qui sépare les usagers des décisionnaires, institutions compréhensibles et efficaces, autant d’exigences aujourd’hui insatisfaites qui ne trouveront réponse, non dans des solutions simplistes ou imposées, mais dans la participation et la responsabilité partagées.
Clivage droite-gauche, libéralisme ou gestion partagée, des alternatives qui, loin de se dissoudre dans la « fin de l’histoire », sont cruciales quant aux moyens et à l’éthique d’une mise en oeuvre progressiste. Toute question aujourd’hui traitée par un système libéral renvoie les principes d’égalité et de respect de l’autre vers le négligeable, broie l’individu, pour ne se poser qu’en termes de concurrence et de rentabilité.
Laisser un commentaire