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Bleus, Noirs Le deuxième Festival du Roman Noir de Frontignan (*) accueille les 4, 5 et 6 juin les tenants d’une littérature de voyous, indisciplinés coureurs du monde, de ses bas-fonds, éclaireurs et explorateurs d’une contre-littérature aussi enragée qu’engagée.
Organisé par l’association Soleil Noir, le Festival propose cette année une programmation plutôt éblouissante en invitant les maîtres du roman noir américain (Nisbet, Chesbro, O’Connell, Crumley, Higgins, Van de Wettering) et en offrant une rencontre avec les bidouilleurs italiens du genre : le nouveau “Giallo”, comme on l’appelle là-bas : (Spezi, Battisti, Filasto, Lucarelli, Machiavelli, Pinketts, etc.). L’”école française” sera également présente, avec Raynal, Pouy, Carrese, Pagan, etc. et des auteurs à découvrir, comme Olivier Pelou, Robert Gordienne… L’un des buts de ce festival est, selon son organisateur et maître d’oeuvre Michel Gueorguieff, de réhabiliter une littérature populaire ; Frontignan est un espace conçu pour rendre compte de “l’ensemble de la production littéraire dite populaire, ses avancées, son acuité en tant que phénomène culturel majeur de cette fin de siècle, des décloisonnements sensibles avec les autres formes littéraires souvent mieux connues”.
Un rapport politiquement incorrect du monde actuel
Comme l’écrivait l’auteur américain Jérôme Charyn, “le roman noir ne résout aucune énigme, il nous emmène dans le labyrinthe de nos propres vies, il fait tomber les masques à une époque de masques”. Le terme générique de “roman policier” tombe en désuétude et les limites du genre : libertaire, donc aux frontières par essence plutôt peu étanches : ont évolué. Quoi de commun entre les déambulations picaresques d’un anti-héros de Lucarelli dans Guernica (1), et les plans et embrouilles savamment calculées des truands de Higgins ? Que reste-t-il de l’image du “privé” ? Et James Crumley, l’auteur de la Danse de l’Ours (2), que l’on qualifie de nouveau Chandler, de rétorquer : “Mes héros ont du coeur, mais ils n’ont pas la même bonne éducation que Philip Marlowe” (le “privé” des romans de Raymond Chandler, NDLR). Cette “morsure noire” : comme Charyn aime à définir le genre : est un rapport politiquement incorrect du monde actuel, une littérature du réel qui donne à voir des monographies souvent ciselées et acérées de cette fin de siècle, pour des écritures souvent digressives, imagées, colorées. Il est bien dommage de continuer à utiliser si péjorativement le qualificatif de “littérature de gare”, pour une littérature du mouvement, ouverte et dont le seul principe est de ne pas se replier sur elle-même, en transgressant tous les codes littéraires qui cloisonnent la littérature dans un archaïque académisme. Les auteurs vous en convaincront d’eux-mêmes…
*Au programme : de nombreux écrivains seront présents, plusieurs tables rondes, des expos, une “Semaine du film noir”, animée par François Guérif, directeur des Éd. Rivages.
1. Carlo Lucarelli, Guernica. Editions Gallimard/Noire, 1998, traduit de l’italien par Arlette Lauterbach, 136 p., 70 F.
2. James Crumley, la Danse de l’ours, Ed. Gallimard/Folio Policier, traduit de l’américain par F. Lasquin, 400 p., 39 F.
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