Dès 1920, le Parti communiste français met en place un réseau d’écoles pour former ses dirigeants et militants. Une volonté de renouvellement de la conception de l’éducation apparaît dans les années 1990.
Dès le lendemain du Congrès de Tours, le Parti communiste français se lance dans la mise en place d’un réseau d’écoles pour former ses dirigeants. La raison conjoncturelle tient à la nécessité de pallier le manque de responsables potentiels à la suite de la scission de 1920.
Mais la rapidité avec laquelle le Parti communiste entreprend de former et d’éduquer ses militants et ses dirigeants tient surtout à l’auto-consécration du parti comme l’avant-garde et le guide de la classe ouvrière, auréolé d’une analyse scientifique de la société, le marxisme-léninisme. Pour accomplir cette « mission de guide », les communistes doivent s’approprier les bases du marxisme-léninisme. Les écoles centrales et pour certains le passage par l’école internationale de Moscou devaient permettre la maîtrise de la science par les dirigeants qui diffuseront à leur tour ce savoir dans les franges inférieures du parti. Les règles du centralisme démocratique et de l’unanimisme nécessitaient par ailleurs une appropriation des positions et des décisions du parti, largement diffusées, argumentées et expliquées dans les écoles.
La volonté de légitimer un personnel politique ouvrier
La volonté d’ouvriériser l’encadrement du parti rend compte également de l’investissement pédagogique communiste. En 1924, au moment où la bolchevisation s’impose, les écoles centrales se substituent, c’est révélateur, aux « écoles du propagandiste » jugées trop élitistes par l’Internationale communiste. En permettant à des militants d’origine ouvrière, ayant le plus souvent suivi une scolarité écourtée, d’acquérir des connaissances théoriques, une culture politique et une culture générale les écoles du parti ont largement contribué à la légitimation d’un personnel politique ouvrier.
Apparu dès les premières années d’existence du parti, le système éducatif communiste a fonctionné jusqu’à une période récente selon un cursus dont chaque échelon franchi symbolisait la possible prétention à un poste de responsabilité supérieure. L’objectif restait de préparer des militants à assumer des responsabilités ou à devenir permanent. Les écoles du parti revêtaient indéniablement une fonction élévatoire dans la hiérarchie communiste.
Une volonté de renouvellement de la conception de l’éducation apparaît dans les années 1990. Face au tarissement des effectifs des participants aux écoles centrales, les sessions d’un mois sont espacées dans le temps. Marie-George Buffet, alors responsable à la formation au comité national, souligne qu’il faut « dépasser la notion de cursus dans nos écoles pour se rapprocher de l’idée d’une formation permanente(…) » (Bulletin Formation, avril 1994). Progressivement, les écoles d’un mois et de quatre mois sont remplacées par des stages d’approfondissement de deux ou quatre sessions d’une semaine et les stages à thème se multiplient.
Le secteur formation, dénomination préférée à celle « d’éducation » au moment du 28e Congrès et de l’adoption des nouveaux statuts, a connu à l’occasion du 29e Congrès un nouveau tournant, que le responsable national, Claude Gindin, a souhaité imprimer dans les termes désignant ces activités : il convient désormais de parler d’ »aide à la formation des communistes ». En outre, les « stages » ont remplacé les « écoles » ; le changement de vocable entend attester un renouvellement profond de la conception de la formation partisane : l’ »école » incarnerait un lieu de transmission de connaissances de celui qui sait vers celui qui doit apprendre, le terme « stage » met l’accent sur l’échange entre les conférenciers et les stagiaires.
Stage = échange entre conférenciers et stagiaires
Pour Claude Gindin, ces adaptations étaient nécessaires compte tenu de la mutation du parti qui affirme la primauté de l’adhérent et la souveraineté des communistes. Pour être souverain, c’est-à-dire « acteur et même co-auteur » de la politique du parti, la participation à des stages, quelles que soient les responsabilités du militant, s’avère nécessaire. Concernant le contenu, l’ambition affichée est de fournir des « repères, des clés de compréhension du réel ».
Concrètement, l’aide à la formation des communistes repose actuellement sur une offre diversifiée. Le centre de Draveil organise plusieurs fois dans l’année des « stages d’approfondissement de la politique du parti » de cinq jours. Ils sont conçus autour de trois axes principaux, reprenant les principaux chapitres développés dans le document adopté lors du 29e Congrès : « les défis de notre époque » ; « les réponses capitalistes et communistes à ces enjeux » et « le Parti communiste français, histoire et mutation ». Les exposés sont suivis de questions, remarques et débats.
Sur fond de dédogmatisation du marxisme
A l’heure du bilan de clôture où chacun est invité à exprimer ses impressions et opinions quant au déroulement du stage, si la possibilité de débattre et d’exprimer ses désaccords sur les positions et propositions du parti est unanimement saluée, beaucoup souhaiteraient un approfondissement de certains thèmes et notamment un éclairage théorique plus dense. Sur fond de dédogmatisation du marxisme et de renoncement aux certitudes, les craintes d’une trop importante timidité théorique se font sentir, la disparition de la philosophie dans les programmes des stages fait d’ailleurs encore débat aujourd’hui. Toutefois les appréciations des contenus diffèrent sensiblement d’un participant à un autre, tant elles sont liées aux connaissances précédemment acquises, au rapport que le stagiaire entretient avec le parti et ses institutions et plus globalement au savoir et à la lecture.
Parallèlement à ces stages d’une semaine, sont proposés, le week-end, des stages, rencontres et journées d’études sur des thèmes précis. L’occasion est alors donnée à des militants et responsables dans un secteur particulier de se rencontrer, dialoguer et établir une collaboration plus étroite. A titre d’exemple, se sont tenues ces derniers mois les journées d’études sur la formation communiste, sur la lutte contre la toxicomanie, sur la ruralité ou sur la protection sociale. Des stages et des rencontres ont été organisés sur les thèmes de la culture, de l’Europe, de la situation des femmes. Les nombreux questionnements qui traversent le parti ont suscité la tenue de stages sur l’histoire du PCF et sur son identité dans la gauche d’aujourd’hui. Les effectifs de ce type de stages oscillent entre 15 et 100 personnes ; il est indéniable qu’ils participent activement du regain d’affluence et d’influence de la formation communiste.
Reste à évoquer rapidement ce qui peut motiver les communistes à participer à de tels stages. La volonté, voire le besoin, de prendre le pouls du parti sont fréquemment invoqués. Pour Marc par exemple, « l’école, c’était un peu un test. Je voulais savoir comment c’était. Ca s’est bien passé (…) ça m’a rassuré sur la mutation du parti ». Le souhait de mieux comprendre la réalité et la société, de prendre du temps pour réfléchir, discuter et débattre « loin du tourbillon de la vie quotidienne » est aussi un puissant ressort de la formation. Les exigences du militantisme et les attentes des interlocuteurs sur le terrain font parfois ressentir la formation comme un besoin : « On avait demandé ce stage (stage fédéral dans le Nord) pour avoir un contenu. C’est nous à la base qui sommes plutôt au contact avec les gens du quartier. Donc il fallait approfondir certaines idées, certains débats, il faut que l’on sache répondre aux gens. C’est pareil quand on monte un dossier, il faut qu’il tienne debout » (Entretien). D’autres inscrivent explicitement la participation aux stages dans un processus de formation continue, indispensable pour agir politiquement. Militer dans un parti qui dénonce la monopolisation des pouvoirs implique de lutter contre la monopolisation des savoirs : « Aujourd’hui comme tout se transforme, la formation continue en tous domaines est à mon avis fondamentale. (…) Les pouvoirs seront partagés entre ceux qui détiennent l’acte de formation et d’information et ceux qui ne l’ont pas » (Réponse à un questionnaire).
La diversité, régionale, sociale, culturelle et statutaire, contribue à nourrir et à enrichir les débats et les discussions. Draveil est un des lieux, avec la fête de l’Humanité, où la diversité communiste se donne à voir et à entendre.
La satisfaction souvent exprimée tient autant au contenu du stage qu’à son ambiance et aux rencontres qu’il rend possibles. Les stages sont « une bouffée d’oxygène », une ouverture sur l’extérieur et sur l’ailleurs ; ils peuvent être vécus également comme une rupture avec le quotidien, un lieu de ressourcement et de décontraction où la convivialité et les festivités sont de rigueur. Ce qui se joue lors des stages de formation dépasse largement les objectifs qui leur sont assignés…
* Doctorante au Centre de recherches administratives, politiques et sociales, Université Lille II. Prépare une thèse de science politique sur la formation communiste.
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