L’auto-exclusion du communisme

Ma réaction à la décision du Comité national du PCF de déclarer « nulles et non avenues » les exclusions passées ? Permettez-moi de dire que le PCF n’a jamais été au pouvoir et qu’il n’a donc jamais été en état d’emprisonner ou de fusiller. Les dégâts personnels sont restés mineurs et, grâce à cet accident de l’histoire, les victimes de ces exclusions peuvent accéder à votre invitation.

Logique et effets

Ces exclusions avaient leur logique, et c’est cette logique qu’il faut étudier plutôt que ses effets. Parmi les catholiques qui refusaient l’autorité du pape et une conception hiérarchisée et dogmatique de leur église, qui ne voulaient pas croire à la présence physique du Christ pendant la messe, certains souhaitaient conserver le qualificatif de catholiques. Ils ont été exclus à juste titre, sont devenus protestants. Parmi les communistes qui ont refusé l’autorité du centre, la fidélité à l’URSS, une conception hiérarchisée et dogmatique de leur parti, qui ne voulaient pas croire à la présence physique du prolétariat pendant les congrès, certains souhaitaient continuer à porter le nom de communistes. Ils ont été exclus à juste titre parce que être communiste, c’était être fidèle à l’URSS et assurer la pérennité des dogmes décidés par le centre. Aujourd’hui, l’URSS a disparu, le centre est partout et la circonférence nulle part. Les dogmes ont été remplacés par une ligne floue qui « place l’homme au centre de tout », formule que pourrait utiliser un responsable des restaurants du coeur ou l’entraîneur d’une équipe de foot. Le problème n’est donc aucunement celui des exclusions individuelles et collectives. Quand j’ai été exclu, en 1981, j’ai eu la conscience aiguë, face à des communistes qui refusaient au nom de la discipline de voir le réel et d’entendre les arguments, que tous ces communistes s’excluaient pour longtemps de la société. C’est ce qui est arrivé et le problème urgent du PCF est d’abord celui-là : comment rendre l’auto-exclusion du communisme nulle et non avenue ? Vous êtes en train d’apprendre tout doucement à vous détacher du passé et la logique de l’union avec la social-démocratie s’impose peu à peu. Vous êtes parfois tentés par un langage dogmatique, mais, à ce jeu, Krivine et Laguiller feront toujours mieux que vous, et votre présence au gouvernement est un bon garde-fou. Donc, encore un effort. Nous pouvons nous amuser à feuilleter ensemble des photos de famille jaunies, mais il est beaucoup plus urgent de mener campagne contre la droite, contre le Front national en soutenant beaucoup plus activement la politique et les projets du gouvernement de gauche auquel vous participez.

* Universitaire, ancien membre du comité de rédaction de la Nouvelle Critique.

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