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Guyomard à la Villa Tamaris****Le Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq présente, jusqu’au 21 février 1999, une très importante exposition intitulée ” L’envers du décor ” qui interroge les ” dimensions décoratives dans l’art du XXe siècle “.
Cette exposition n’a pas été montée dans l’urgence afin de boucher un trou dans la programmation. Elle est le fruit d’une réflexion de plus de quatre années de la conservatrice du musée, Joëlle Pijaudier. Précieuse à plus d’un titre, l’exposition allie le côté didactique et grand public à l’exposé d’une problématique essentielle de l’art, courant des prémices de la modernité à l’art d’aujourd’hui. Grâce à cette problématique très large bien que très pointue, les visiteurs sont confrontés aussi bien à des oeuvres qui font partie du patrimoine désormais enregistré par l’histoire de l’art, telles, entre autres, celles de Picasso, Matisse, Léger, Schwitters, et d’autres, encore dans le circuit de l’art vivant. Le parcours comprend une centaine d’oeuvres, de l’objet tableau à l’environnement nommé installation. L’histoire des rapports entre l’art et le décor est une problématique abordée ici dans sa partie moderne et contemporaine, au moment où se pose l’autonomie de l’art.
Design et Beaux-Arts
Fin du siècle dernier, début du nôtre, et alors qu’une certaine forme d’art continue à répondre à des programmes établis par le pouvoir artistique, des artistes revendiquent la liberté de création qui les place en porte-à-faux par rapport à ce pouvoir ainsi que vis-à-vis d’un public habitué à voir l’art participer à de grands programmes décoratifs, dans les lieux de culte ou les bâtiments officiels. Mais l’histoire n’est pas aussi simple.
D’autres artistes réclament une abolition complète de la hiérarchie des genres en peinture. Le tableau d’histoire ne devant plus, pour eux, être la représentation picturale par excellence, ils veulent ouvrir les différentes catégories fixées par l’Académie et surtout supprimer la barrière entre Beaux-Arts et Arts appliqués. Cette revendication prend forme, en premier lieu, avec des mouvements tels que Art and Craft en Angleterre, puis le Bauhaus en Allemagne et les Vhutemas en Union soviétique, nés de la Révolution de 1917. Dans les années soixante-dix, le terme ” décoratif ” prend à nouveau un sens péjoratif puisque l’art doit contester l’ordre établi et qu’il ne doit surtout pas servir de décor à l’Institution, mais au contraire venir la perturber en déplaçant les lieux de production et de monstration. Aujourd’hui, le problème reste entier. Si l’art environnemental ou l’installation peuvent participer d’une certaine notion du décoratif, comment peut-il rester subversif et apporter une distance critique sur les terrains qu’il occupe ? Les ponts entre design et Beaux-Arts sont-ils possibles ? Certaines tentatives semblent le démontrer. Mais l’inaliénabilité de l’art est-elle compatible avec la fonction utilitaire, et à quel degré ? Parmi les oeuvres récentes, la notion de décoratif joue avec les contaminations possibles entre art du quotidien, art d’ameublement et l’échelle incompatible des objets, trop petits pour participer à la société du spectacle ou encore trop “bruyants ” pour être vraiment kitsch. D’autres, en revanche, sont tellement neutres, qu’elles viennent à peine perturber l’environnement dans lequel elles veulent s’immiscer, venant gripper le fonctionnement comme le ferait un grain de sable. Elles sont des caméléons qui acceptent le jeu de rôle des faux-semblants.
Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq, ” L’envers du décor “, jusqu’au 21 février 1999.
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