Une répression sans précédent depuis la fin de la dictature Pinochet. Des dizaines de manifestants morts sous les tirs des forces armées au Chili. Quelle issue pour cette mobilisation d’un peuple « qui n’en peut plus » ? Pierre Lebret, politologue, spécialiste de l’Amérique latine, est l’invité de #LaMidinale.
POUR ÉCOUTER CETTE MIDINALE EN PODCAST
>> sur Spotify
>> sur Apple
VERBATIM
Sur Sebastián Piñera
« Sebastián Piñera est un chef d’entreprise qui était sénateur dans les années 90. Avec une partie de la droite, il avait voté “non” à Pinochet. »
« Il fait partie des personnalités qui ont imposé un modèle néolibéral depuis les années 80, modèle sur lequel ils se sont enrichis. Et c’est avec ce modèle-là qu’il ne veut pas rompre. »
« La droite au pouvoir n’a que l’ordre pour fantasme. Elle ne croit pas au dialogue social. Piñera ne croit pas au dialogue social. Il invite les forces politiques à dialoguer, il exclut le Parti communiste, il exclut d’autres forces, il n’invite pas les syndicats ou les représentants des mouvements sociaux. »
Sur le contexte économique du Chili
« Au Chili, il y a une vingtaine, de familles qui contrôlent l’économie du pays – une économie basée sur le cuivre qui représente 50 à 60% du PIB. »
« Au Chili, 26,5% du PIB est détenu par 1% de la population. »
« Le Chili est un pays qui est extrêmement polarisé socialement. »
« L’éducation est privée, la santé est privée, les fonds de retraite sont sur les places boursières et les retraites sont misérables. »
Sur le contexte social
« Ce que demande le peuple chilien, c’est de remettre tout le système à plat. »
« Les Chiliens vivent à crédit. Quand vous avez 500€ par mois, qui correspond à peu près au salaire minimum, que vous devez payer l’éducation des enfants, les frais de santé, les loyers – qui atteignent le niveau des loyers européens -, vous ne pouvez plus vivre. »
« Le modèle néolibéral a voulu donner aux Chiliens des cartes de crédit pour que le peuple puisse consommer mais ça n’est plus possible. »
« Dans le même temps, vous avez aussi des cas de corruption dans les instances militaires, qui ont fait perdre jusqu’à 400 millions de dollars au fisc. »
« Il y a des vagues de corruption que le peuple chilien ne peut plus supporter. »
Sur le mouvement social
« Le peuple chilien est en train de prendre la responsabilité d’une transition inachevée il y a trente ans. »
« Avant Sebastián Piñera, il y avait un gouvernement de centre gauche, celui de Michelle Bachelet, qui a essayé d’engager des réformes structurelles. Mais à chaque fois qu’un gouvernement de gauche ou de centre gauche arrive au pouvoir, ses projets sont au Parlement sont renégociés pour ne pas qu’il y ait d’effets sur le refondement du système néolibéral qui est issu d’une Constitution elle-même issue de la dictature de Pinochet. »
Sur la répression et le déploiement de l’armée
« Je vous parle d’un pays dont le président et son gouvernement ont perdu la raison et leurs responsabilités. »
« Ils ont abandonné leurs responsabilités politiques en mettant l’armée dans la rue. »
« L’Institut national des droits de l’homme est en train d’établir des chiffres : on parle d’une vingtaine de morts. Il y a des viols commis par les forces armées. Et la question c’est : où est la communauté internationale ? »
« Jean-Yves Le Drian a déclaré hier : “nous avons des regrets”. On ne fait pas de la diplomatie avec des regrets. Il nous faut des actes. »
Sur la communauté internationale
« S’ils ne veulent pas suspendre la COP25, Paris pourrait au moins demander le retrait des forces armées dans les rues de Santiago. »
« Cette crise n’est pas surprenante. On s’y attendait et les Nations Unies aussi avec les chiffres des inégalités, les tensions qui existent. Les familles n’en peuvent plus. »
Sur les mesures sociales annoncées
« Ces mesures ne vont pas suffire. Ce mouvement social est en train de prendre la responsabilité d’une transition inachevée. »
« La majorité du mouvement demande la démission du gouvernement. Il y a du sang qui coule dans les rues du pays. »
« Il faut changer de politique et installer un nouveau cadre politique qui passe nécessairement par un changement de Constitution qui est issue de la dictature Pinochet. »
Sur l’Amérique latine et l’échec de la gauche
« Les peuples d’Amérique latine sont en train de se réveiller. »
« Il y a eu des avancées sur la réduction de la pauvreté, sur les droits sociaux, les droits politiques et civils mais il reste beaucoup à faire. »
« Les gouvernements de centre gauche sont confrontés aux pouvoirs économiques et financiers. »
« La société demande des effets et des résultats plus rapides mais ça ne remet pas en question les actions de Michelle Bachelet ou de Dilma Rousseff. »


Laisser un commentaire