Le 21 septembre dernier, Christine Renon, directrice d’école depuis plus de 30, se donnait la mort dans son école de Pantin. Dans une lettre où elle se dit épuisée, elle dénonce les dégradations des conditions de travail et accuse l’Education nationale. Marie-Hélène Plard, directrice d’école et secrétaire départementale du SNUipp-FSU de la Seine-Saint-Denis, est l’invitée de #LaMidinale.
VERBATIM
Sur l’alerte de Christine Renon, directrice d’école, qui s’est suicidée
« Dans le courrier que Christine a adressé à ses collègues directeurs et à son syndicat, elle alerte sur la dégradation de ses conditions de travail en tant qu’enseignante et directrice d’école. »
« Ça fait plus de deux ans qu’on alerte le ministère sur la question des conditions de travail. Il y a de la souffrance au travail. »
« Christine décrit le quotidien d’une directrice d’école, c’est pour ça que son geste et son message a une ampleur au-delà de ville et du département : cela parle à tout le monde. »
Sur le fait que le suicide a eu lieu sur le lieu de travail, l’école ou elle exerçait
« Ça n’est pas un geste anodin. Quand on fait le choix de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail, de prendre le temps d’écrire à l’institution pour expliquer son geste, c’est la responsabilité de l’institution qui est clairement pointée du doigt. »
Sur le climat dans les établissements scolaires
« On est sur un climat d’épuisement professionnel. »
« C’est de plus en plus difficile pour la communauté éducative parce que, depuis deux ans, on est sur une perte de sens de notre métier. »
« La charge administrative est de plus en plus importante avec des injonctions qui n’ont pas nécessairement de sens ni pour les élèves, ni pour les enseignants. »
« Il y a deux ans, le gouvernement a retiré les aides administratives aux directions d’écoles. »
« La fonction première de direction d’école, c’est d’animer une équipe pédagogique, de porter des projets et de fédérer l’ensemble de l’école. Aujourd’hui, on n’y est plus. On nous demande de remplir des tableaux Excel. »
Sur les relations avec l’institution scolaire
« On nous demande toujours de nous justifier. On est dans une justification permanente. On est dans une judiciarisation de la société. Pour l’institution, quand il y a un problème, c’est que peut-être on a mal fait quelque chose, ou qu’on aurait du faire autrement. »
Sur l’organisation du CHSCT exceptionnel
« Le CHSCT portera exclusivement sur l’acte suicidaire au sein de l’Education nationale. »
« Le rôle du CHSCT va être d’identifier les causes pour pouvoir y remédier. »
Sur la responsabilité de l’institution
« On est sur des choix politiques du gouvernement et du ministère. »
« Il n’est pas question pour le SNUipp de faire sauter des fusibles. »
« Le malaise est général et porte sur les choix du gouvernement, de la mise en place du nouveau management public qui met en souffrance les personnels. »
« L’accusation porte au niveau du gouvernement et du ministère. »
Sur les quartiers populaires
« Il y a un affichage politique [qui consiste à dire que le gouvernement fait plus pour les quartiers populaires]. »
« La Seine-Saint-Denis est un département en souffrance vis-à-vis des services publics. »
« En Seine-Saint-Denis, les écoles sont le dernier point d’accueil des familles. »
Sur l’indifférence face au suicide de Christine
« Il y a du mépris [de la part de l’institution]. »
« Lors de l’hommage à Christine le 26 septembre dernier, l’institution n’était pas présente. »
« Ce qui a choqué les collègues, c’est que nous n’avons pas reçu un mot de notre hiérarchie directe, du département ou de l’académie. Par contre, quand le président Chirac décède, dans la précipitation, nous avons reçu un message dans les écoles nous expliquant qu’il fallait organiser un hommage. Ça, ça ne passe pas. »


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