Loin d’être dû à un logiciel défaillant, le prévisible chaos des inscriptions d’après-bac est le résultat d’un programme politique qui dessert les étudiants, mais enrichira des prestataires opportunistes.
C’était s’il y a six mois, la session du baccalauréat 2017 venait de s’achever et des dizaines de milliers de candidats reçus à l’examen découvraient avec effarement qu’ils étaient sans affectation. Le 14 juillet 2017, ils étaient ainsi 87.000 bacheliers en attente et encore 3.000 le 14 septembre deux mois plus tard.
Il faudrait ajouter, à cet immense gâchis, les dizaines de milliers d’étudiants ayant eu une proposition très éloignée de leur vœux principaux et qui se sont retrouvés dans un cursus sans rapport avec leurs attentes. Autant dire que pour tous ceux-là, l’échec en premier cycle est déjà programmé.
Une catastrophe prévisible
Le coupable idéal était vite désigné à la vindicte populaire et médiatique : la plateforme Admission post-bac, bien connue désormais sous le nom d’APB. C’était donc la faute à un logiciel : c’est pratique, un logiciel, c’est impersonnel et ça exonère de toute responsabilité les politiques éducatives.
Lors de la formulation de ses vœux, chaque lycéen devait pourtant demander une formation labellisée « pastille verte », c’est-à-dire une formation dont le nombre de places n’était pas contingenté et dont l’obtention était donc assurée si d’autres vœux, plus sélectifs, n’étaient pas satisfaits. Ce contrat, annoncé comme tel aux élèves de terminales, n’a pas été respecté par manque de places dans les universités, et les fameuses pastilles vertes sont devenues des impasses.
Pourtant, la catastrophe annoncée était prévisible depuis fort longtemps. En réalité, elle est inscrite dans le registre des naissances depuis 1999. Car oui, voilà, les enfants du mini baby-boom qui existe en France depuis 1999 ont donc eu dix-huit ans en 2017. Surprise ! Compte tenu du taux de réussite moyen aux différentes épreuves du baccalauréat, l’explosion démographique à l’université était donc connue depuis au moins le début des années 2000.
Un chaos organisé
On peut comprendre, face à un afflux de naissances, qu’il y ait pendant quelques années une pénurie de place en crèches : prendre en compte le phénomène, construire des locaux, former des personnels pour des enfants qui arrivent à quelques mois crée une distorsion. Mais pour l’université ? Qui peut croire que la lourde machine du ministère de l’Éducation nationale n’a pas vu le problème arriver ?
C’est en réalité strictement impossible et de ce point de vue, le chaos a été largement organisé et trouve sa justification dans la nouvelle plateforme Parcoursup.
Certes, les nouvelles règles évitent, sur le papier, les mots qui fâchent comme « sélection » voire « prérequis ». En Macronie, on a le sens de la formule, l’inscription dans une formation en licence générale pourra donc « être subordonnée à l’acceptation, par le candidat, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogiques ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite ». Surtout, en l’absence de places suffisantes, la priorité pourra être donnée par les universités aux profils les plus en adéquation avec la formation demandée, ce qui quand même, est une bonne définition de la sélection.
Une crise lucrative
Le nombre de places supplémentaires ne couvrant pas la pression démographique, la situation va donc mécaniquement s’aggraver en 2018. Face au chaos annoncé, certains ont déjà flairé la machine à cash potentielle. Exploiter les légitimes inquiétudes des futurs bacheliers et de leurs parents pour remplir ses caisses, voilà une idée qui peut rapporter gros. C’est en tout cas, entre autres, le pari du site tonavenir.net.
La transition du lycée au monde universitaire est ainsi décrite : « l’inscription à une formation post-bac sur Parcoursup peut rapidement relever du chemin de croix lorsque des interrogations et des doutes subsistent. S’attaquer à semblable mission sans aide c’est un peu comme endosser le rôle d’un Thésée s’engageant fièrement dans le célèbre labyrinthe dépourvu du non moins célèbre fil d’Ariane, la dulcinée transie ». La prose est un peu ronflante, la suite serait plutôt sonnante et trébuchante puisque le site propose deux Pass pour remédier à tout cela.
Le premier nommé « Inspiration » vous propose, pour la modeste somme de 320 euros, de vous aider à sélectionner vos vœux et à réaliser vos lettres de motivation. Le second intitulé « Sérénité »» mais qui pourrait être renommé « la bourse ou la vie » vous délestera de 560 euros en échange d’une prise en charge qui va jusqu’à l’inscription sur la plateforme Parcoursup. La fondatrice de ce site, Sophie Laborde-Balen qui s’auto-définit comme conseillère d’orientation, était podologue avant de monter sa start-up lucrative. C’est vous dire si elle est compétente.


Laisser un commentaire