La municipalité parisienne s’apprête à supprimer, en catimini, les colonies « Arc-en-ciel » qui permettaient aux plus modestes d’envoyer leurs enfants en vacances. Première chronique « Vu de Paris », par Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de gauche.
Début janvier, des parents veulent inscrire comme chaque année leurs enfants dans les colonies de vacances « Arc-en-ciel » de la ville de Paris. Et oui, il faut s’y prendre tôt. Pas assez de place. À la fin, ça peut se jouer par un tirage au sort… Mais rien sur le site de la Ville. Pourquoi ? L’info finit par tomber. Les colos, c’est fini. Il n’y en aura plus.
Alors les parents cherchent les explications. On prétend une diminution des demandes constatées. Tiens ? Et pourquoi la Ville n’a-t-elle envisagé plus de communication, dans ce cas ? Et comment se fait-il que nombre de demandes soient non satisfaites chaque année ?
Ni une ni deux, un groupe de parents ne s’en laisse pas conter. Une pétition est lancée sur change.org. Un courrier est adressé aux élu-e-s. Ces parents me contactent. Non, en tant qu’élue, on ne m’a pas demandé mon avis au Conseil de Paris. il n’y a eu à aucun moment un débat afin de délibérer de l’opportunité ou pas de supprimer les colos. Une concertation avec les associations de parents d’élèves, les associations de jeunesse de quartier et les municipalités où ces colos se déroulent ? Ah, ça non, la Ville a dû oublier de l’organiser… Je rédige avec eux un vœu, texte que je peux soumettre au Conseil de Paris. La résistance s’organise.
Ça tombe bien, j’ai prévu une réunion de bilan de mandat cette semaine, je les invite. Non, pas une réunion d’un long monologue de « satisfecit ». Sur l’invitation j’ai indiqué : « Et si on parlait des sujets qui fâchent ? » Et les gens sont venus, avec leurs colères, leurs coups de gueule, leur besace de problèmes qui pourrissent la vie au quotidien. Et ils se sont exprimés, et on s’est organisé.
Colos bobos et colos ghetto ?
La suppression des colonies de vacances ? Hors de question de les laisser faire ! Et les témoignages fusent, de parents qui se souviennent de leur propres colos… « Je me souviens, on avait plus que des raviolis à la fin du séjour. Mais deux semaines en Normandie hors de Paris, mes parents n’auraient pas pu me l’offrir autrement. » « Avec ma feuille de paye, comment aurais-je pu offrir ces colos à mes quatre enfants sans ce dispositif ? Grâce aux colos Arc-en-Ciel, ils ont découvert des tas d’activités et vécu des souvenirs qu’ils garderont toute leur vie. Il ne faut pas que ça cesse ! »
Par tweets, on apprend que la ville pourrait rétropédaler, mais en partie seulement et pas de façon neutre. Le dispositif pourrait être modifié et réserver les colonies de vacances sur critères sociaux. Jusqu’ici, elles étaient accessibles à toutes et tous, le quotient familial permettant d’ajuster des tarifs en fonction des revenus selon le principe « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », et permettaient en plus aux enfants en situation de handicap d’en bénéficier. La Ville inventerait dorénavant le dispositif « colo ghetto » pour les uns, « colo bobos » pour les autres ?!
Voilà donc le dernier coup de rabot du mois ? Chaque année, les dotations de l’État diminuent un peu plus. Chaque année, la Ville coupe, plus ou moins discrètement, dans les dépenses. Là, on atteint l’os… Les gamins vont morfler, privés de colo pour cause d’austérité ou ghettoïsés.
Mais dès ce week-end, avec nombre de parents, nous préparons la chorale pour chanter la chanson de Pierre Perret et rendez-vous sera donné place de l’Hôtel de ville pendant le Conseil de Paris.


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