Vendredi dernier, c’était la journée mondiale de lutte contre le
sida. Le sida est-il devenu une maladie comme les autres ? Où en
est l’activisme sida ? Quelles évolutions dans les politiques
publiques ? Quelle place les pharmaceutiques occupent-ils ?
Rencontre avec François Berdougo et Gabriel Girard, auteurs de « La
fin du sida est-elle possible ? », publié aux éditions
Textuel.
Sur la fin du Sida
« Si on ne combat pas à la fois les inégalités sociales et si on ne lutte pas pour les droits des personnes concernées par le VIH, on n’arrivera pas à l’horizon de la fin du sida. »
« Il y a une forme de normalisation de la maladie et de cette infection sur 20 ans. »
« Sur le plan social, le regard porté sur le VIH, les personnes qui vivent avec ce virus, a assez peu changé et reste largement dépréciatif et marqué par la peur. »
Sur les pratiques à risque
« Il y a un effritement des comportements préventifs. »
« Il y un probablement un lien entre le changement de statut de l’infection et des comportements préventifs qui sont moins élevés qu’il y a 20 ans. »
« On a besoin d’accroitre le niveau global de prévention dans ce contexte de changement de la perception du regard. »
Sur la « Prep »
« L’accessibilité et le remboursement ne sont plus trop un sujet. »
« On peut imaginer un retour de flamme moral qui porterait sur les pratiques sexuelles des gays. »
« D’un point de vue de santé publique et même financiers, il y a de sérieux arguments qui plaident pour le maintien de cet outil. »
Sur les politiques de santé publique
« Il y a un certain nombre de déterminants sociaux et économiques qui pèsent sur les individus en matière de préservation de leur santé. »
« C’est plutôt la régression qui domine : les minimas sociaux restent à un niveau extrêmement bas, 9 millions de personnes en France sont pauvres. »
« Les personnes qui vivent avec le VIH sont pour la moitié dans une situation socio-économique mauvaise. »
« La non généralisation du tiers payant est un signal extrêmement mauvais. »
Sur l’activisme associatif
« Il y a une espèce de retour d’énergie dans les années 2010 autour des stratégies biomédicales de prévention, autour de la Prev. »
« L’activisme sida n’est pas mort mais il doit se réinventer. Il ne peut pas ressembler à celui qu’il était en 1992 ou 1994. »
Sur les laboratoires pharmaceutiques
« Le système pharmaceutique arrive à bout de souffle avec ces questions de brevet qui confèrent un monopole pendant 20 ans. »
« On va vers un niveau de prix absolument délirant et insoutenable pour les systèmes publics de santé et qui vont avoir un impact sur l’accès concret aux thérapeutiques innovants. »
Sur le sida en Afrique
« Les choses ont considérablement changé entre le début des années 2000 et aujourd’hui. »
« Dans le monde il y a 20 millions de personnes qui ont accès au traitement mais 20 millions n’y ont pas accès. »
« Il y a beaucoup de disparités en Afrique. »
« On manque d’argent à l’échelle internationale : on estime à 30 milliards de dollars la somme nécessaire chaque année »
« Il y a des fenêtres d’optimisme qui se sont ouvertes mais le fossé n’est pas encore comblé. »
Sur la sociologie accusée d’être une science de l’excuse
« L’enjeu de l’excuse demeure très présent dans le champ de la prévention du VIH. »
« Les chercheurs en sciences sociales se sont vus reprocher par certains acteurs de chercher à excuser les comportements à risque et de chercher à trop les comprendre plutôt qu’à les changer. »
« Les comportements qui étaient considérés comme moralement répréhensibles, d’une prise de risque volontaire, sont intégrés aujourd’hui dans la prévention. »
« Une pratique sexuelle sans préservatif aujourd’hui, dans le contexte de la Prep, ne sera plus catégorisé de la même manière par les intervenants en prévention. »
« La médicalisation de la prévention change les conditions du débat sur les pratiques à risque. »


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