{"id":997,"date":"1998-06-01T00:00:00","date_gmt":"1998-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ecrans997\/"},"modified":"1998-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-05-31T22:00:00","slug":"ecrans997","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=997","title":{"rendered":"Ecrans"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Lectures conseill\u00e9es<strong> Le spectre du cin\u00e9ma fran\u00e7ais est tr\u00e8s large. A l&#8217;heure o\u00f9 s&#8217;ach\u00e8ve le Festival de Cannes, tour d&#8217;horizon d&#8217;un secteur qui conna\u00eet de profonds bouleversements. <\/strong><\/p>\n<p>Le spectateur de 1998 ne se rend plus au cin\u00e9ma de la m\u00eame fa\u00e7on qu&#8217;il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es. Ses go\u00fbts sont en pleine mutation. Les conditions d&#8217;exploitation ont chang\u00e9. La profession, du r\u00e9alisateur \u00e0 l&#8217;exploitant, est oblig\u00e9e de s&#8217;adapter. La fronti\u00e8re entre film d&#8217;auteur et commande est plus floue qu&#8217;auparavant. Western de Manuel Poirier s\u00e9duit un large public alors que Delon et Belmondo n&#8217;ont pas attir\u00e9 grand monde avec Une chance sur deux de Patrice Leconte. Le plus grand des paradoxes et la plus grande des surprises, c&#8217;est que, contrairement \u00e0 toutes les pr\u00e9visions pessimistes de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les spectateurs reviennent en force dans les salles obscures.148,1 millions d&#8217;entr\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es pour 1997, le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 depuis douze ans. Le d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e 1998 n&#8217;a fait qu&#8217;amplifier cette tendance avec le triomphe historique et plan\u00e9taire du Titanic de James Cameron. Le record ant\u00e9diluvien de la Grande Vadrouille a m\u00eame \u00e9t\u00e9 battu. Les premiers surpris ont \u00e9t\u00e9 Jean-Marie Poir\u00e9 et Christian Clavier qui avaient tout pr\u00e9vu pour la sortie des Visiteurs II, sauf ce succ\u00e8s. Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais doit principalement ce regain de vitalit\u00e9 \u00e0 l&#8217;implantation des multiplexes. Les controverses de leur cr\u00e9ation sont d\u00e9sormais oubli\u00e9es. Plus personne ne met en doute leur apport quantitatif et qualitatif. Une enqu\u00eate de M\u00e9diam\u00e9trie montre que l&#8217;\u00e9l\u00e9ment le plus important pour un spectateur r\u00e9side dans la qualit\u00e9 sonore de la salle, loin devant le confort des fauteuils, la taille de l&#8217;\u00e9cran et l&#8217;accueil. Les diff\u00e9rentes transformations technologiques (le CD audio par exemple) en sont, sans doute, \u00e0 l&#8217;origine. Les onze premiers cin\u00e9mas de France (class\u00e9s par fr\u00e9quentation) sont des multiplex. Le Kin\u00e9polis de Lomme et l&#8217;UGC Cin\u00e9 Cit\u00e9 Les Halles ont attir\u00e9 chacun plus de deux millions de spectateurs en 1997. Actuellement au nombre de trente-cinq, ces nouveaux mastodontes seront environ soixante en l&#8217;an 2 000. De grands groupes comme Gaumont se tournent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent vers l&#8217;Europe (la firme \u00e0 la marguerite a ouvert, en d\u00e9cembre dernier \u00e0 Anvers, le plus grand cin\u00e9ma jamais construit dans le centre d&#8217;une ville europ\u00e9enne).<\/p>\n<p> <strong> Multiplex, les nouveaux mastodontes au service du march\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;explosion du march\u00e9 ne se ressent pas seulement en France. Pour l&#8217;ensemble des quinze pays de l&#8217;Union europ\u00e9enne, le nombre de spectateurs en 1997 est, environ, de 742 millions (5,8% de plus que l&#8217;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente). En t\u00eate des hausses de fr\u00e9quentation, l&#8217;Espagne et l&#8217;Allemagne suivies de la France, du Royaume-Uni et de l&#8217;Italie. Dans l&#8217;hexagone, une des grandes nouveaut\u00e9s a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment, durant l&#8217;ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, la remont\u00e9e des films europ\u00e9ens. M\u00eame si elle est principalement le fait de deux productions britanniques (the Full Monty et Bean) cette orientation ne peut \u00eatre sans r\u00e9percussions sur l&#8217;avenir. Malheureusement, le tableau n&#8217;est pas enti\u00e8rement idyllique. Les spectateurs voient de moins en moins de films. Ils s\u00e9lectionnent davantage. Quatre-vingts pour cent de la fr\u00e9quentation globale s&#8217;est port\u00e9e, depuis trois ans, sur de longs m\u00e9trages ayant franchi, sur notre territoire, le cap des 500 000 entr\u00e9es. Les distributeurs sont oblig\u00e9s de faire face \u00e0 la demande, toujours plus pressante, des exploitants. Il n&#8217;est pas rare de voir un multiplexe afficher un film dans deux salles en semaine et dans trois ou quatre pendant le week-end. Les recettes se font en majorit\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de l&#8217;exclusivit\u00e9 (un film fait 38% de ses entr\u00e9es dans la premi\u00e8re semaine). Le nombre d&#8217;oeuvres lanc\u00e9es sur plus de 400 copies a doubl\u00e9 entre 1996 et 1997. Le record de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 atteint avec le Monde perdu de Spielberg (656 copies en France). Cela n&#8217;emp\u00eache pas notre cin\u00e9ma d&#8217;augmenter sa production.125 films majoritairement fran\u00e7ais ont vu le jour en 1997 (contre 104 en 1996). Ce total n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 atteint depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt. Cette hausse profite surtout aux gros budgets (d&#8217;un devis sup\u00e9rieur \u00e0 quarante millions de francs). L&#8217;accroissement est de 40%. Les petits films (moins de quinze millions) profitent aussi de l&#8217;embellie avec une progression de 50%. Ce cin\u00e9ma hexagonal en bonne sant\u00e9 est, pourtant, souvent d\u00e9cri\u00e9. Nombre de m\u00e9dias regrettent le c\u00f4t\u00e9 intimiste de nos auteurs. Seul le succ\u00e8s populaire permettrait de l\u00e9gitimer une Pascale Ferran ou un Arnaud Desplechin. Aux yeux de la majorit\u00e9 de la profession ces cin\u00e9astes (et on pourrait y adjoindre une liste impressionnante incluant Claire Simon, Laurence Ferreira Barbosa, C\u00e9dric Kahn, Olivier Assayas, Xavier Beauvois, Catherine Breillat, Jean-Fran\u00e7ois Richet, Herv\u00e9 Le Roux, Laetitia Masson, Karim Dridi, No\u00e9mie Lvovsky, Malik Chibane, Patricia Mazuy, Bruno Dumont) n&#8217;existent pas. Pourtant cette liste, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment longue, suffirait \u00e0 prouver la vitalit\u00e9 du septi\u00e8me art en France. Certains r\u00e9ussissent \u00e0 trouver un public. Sans revenir sur Manuel Poirier et Robert Gu\u00e9diguian (avec Marius et Jeannette) des oeuvres comme Y aura-t-il de la neige \u00e0 No\u00ebl ? de Sandrine Veysset ou Nettoyage \u00e0 sec d&#8217;Anne Fontaine sont sorties d&#8217;une programmation vou\u00e9e \u00e0 la confidentialit\u00e9. D&#8217;autres ont eu plus de difficult\u00e9s \u00e0 accepter les handicaps du succ\u00e8s. Eric Rochant a du mal \u00e0 trouver son public depuis Un monde sans piti\u00e9. Le cas le plus symptomatique est celui de Mathieu Kassovitz. La Haine a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en film symbole sur les probl\u00e8mes de la banlieue. Le cin\u00e9aste a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9 en porte-parole d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration. Son long m\u00e9trage suivant, Assassin(s), s\u00e9lectionn\u00e9 \u00e0 Cannes l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, s&#8217;est retrouv\u00e9 au centre d&#8217;une pol\u00e9mique sur la repr\u00e9sentation de la violence sur les \u00e9crans.<\/p>\n<p> <strong> La vocation citoyenne du cin\u00e9aste fran\u00e7ais <\/strong><\/p>\n<p>Cette question de la place du r\u00e9alisateur dans la soci\u00e9t\u00e9 et de sa capacit\u00e9 \u00e0 s&#8217;exprimer sur elle, les cin\u00e9astes fran\u00e7ais se la posent plus que dans n&#8217;importe quel autre pays. Ce n&#8217;est pas un hasard si cinquante pour cent des films pr\u00e9sent\u00e9s cette ann\u00e9e \u00e0 Cannes \u00e9taient produits ou coproduits par la France. Nombre de metteurs en sc\u00e8ne \u00e9trangers y trouvent une cons\u00e9cration qu&#8217;ils ne re\u00e7oivent pas chez eux. Le Go\u00fbt de la cerise de Kiarostami, Palme d&#8217;Or en 1997, \u00e9tait produit par la France. Des cin\u00e9astes luttant contre toutes les formes de censure comme Chahine, Paradjanov ou Bunuel ont toujours trouv\u00e9 une terre d&#8217;asile, ici. Cette volont\u00e9 de s&#8217;impliquer dans une r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9 actuelle donne des oeuvres comme la Vie de J\u00e9sus, Etat des lieux ou Reprise. Plus important encore est le passage \u00e0 l&#8217;acte. En f\u00e9vrier 1997, une soixantaine de r\u00e9alisateurs lan\u00e7ait un mouvement de protestation contre les lois Debr\u00e9. Ph\u00e9nom\u00e8ne rarissime dans l&#8217;histoire culturelle d&#8217;un pays, le rejet du projet gouvernemental \u00e9tait d\u00fb \u00e0 une cat\u00e9gorie artistique sp\u00e9cifique. Pourquoi des cin\u00e9astes davantage que des \u00e9crivains ou des sculpteurs ? On peut avancer l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;un metteur en sc\u00e8ne, par ses conditions de travail, est plus souvent confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne qu&#8217;aucune autre profession culturelle. Un tournage se d\u00e9roule souvent en ext\u00e9rieur. Chercher les d\u00e9cors de la figuration suppose une bonne connaissance des lieux o\u00f9 l&#8217;on r\u00e9alise. Les films de Jean-Fran\u00e7ois Richet se d\u00e9roulent chez lui, \u00e0 Meaux. Souvent ces cin\u00e9astes ont v\u00e9cu autre chose avant le septi\u00e8me art. Bruno Dumont est professeur de philosophie. Manuel Poirier a \u00e9t\u00e9 ouvrier \u00e9b\u00e9niste. M\u00eame si, en 1959, des r\u00e9alisateurs comme Truffaut, Sautet ou Resnais signaient le &#8221; Manifeste des 121 &#8221; en faveur de l&#8217;insoumission en Alg\u00e9rie, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re s&#8217;inscrit dans une tout autre perspective. Il met en relief l&#8217;engagement \u00e0 la fois artistique et politique de toute une g\u00e9n\u00e9ration. Ils ne se consid\u00e8rent pas comme coup\u00e9s de la vie de la cit\u00e9. Faire des films entre dans une d\u00e9marche plus large. Leur m\u00e9tier fait partie d&#8217;un mode d&#8217;existence. Leur cin\u00e9ma ne cherche pas \u00e0 reproduire des st\u00e9r\u00e9otypes ou des recettes \u00e9cul\u00e9es. Pourquoi Marius et Jeannette a-t-il connu un tel triomphe ? Le public s&#8217;est senti proche de ce qu&#8217;il voyait sur l&#8217;\u00e9cran. Les personnages de ces films sont nos voisins, nos parents. Leurs souffrances sont les n\u00f4tres. Les jeunes de l&#8217;Age des possibles de Pascale Ferran sont comme un miroir pour bon nombre de spectateurs. Les cyniques auront beau jeu de r\u00e9torquer que cette vision du monde est utopique. La plus belle des r\u00e9ponses tient dans cet unique mot, porteur des croyances les plus sacr\u00e9es: l&#8217;espoir.<\/p>\n<p><strong> Lectures conseill\u00e9es <\/strong><\/p>\n<p>Claude-Marie Tr\u00e9mois, les Enfants de la libert\u00e9, le jeune cin\u00e9ma fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1990, le Seuil 1997, 120 F<\/p>\n<p>Michel Marie (direction), le Jeune Cin\u00e9ma fran\u00e7ais, Nathan Universit\u00e9, col.128, 1998, 55 F, (recueil d&#8217;essais de Ren\u00e9 Pr\u00e9dal, No\u00ebl Herpe, Claire Vass\u00e9, Thomas Bauder, Eug\u00e9nie Bourdeau&#8230;)<\/p>\n<p>Jean-Michel Frodon, la Projection nationale, cin\u00e9ma et nation, Odile Jacob, col. Le champ m\u00e9diologique, 1998, 135 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-997","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/997","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=997"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/997\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=997"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=997"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=997"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}