{"id":9897,"date":"2016-10-04T10:27:45","date_gmt":"2016-10-04T08:27:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-gauche-ou-populisme-parti-classique-ou-parti-mouvement-ou-va-podemos\/"},"modified":"2023-06-23T23:23:08","modified_gmt":"2023-06-23T21:23:08","slug":"article-gauche-ou-populisme-parti-classique-ou-parti-mouvement-ou-va-podemos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9897","title":{"rendered":"Gauche ou peuple, parti classique ou parti-mouvement : o\u00f9 va Podemos ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les d\u00e9ceptions \u00e9lectorales ont relanc\u00e9 les d\u00e9bats internes sur l&#8217;organisation et sur le discours de Podemos. Ce sont \u00e0 la fois la nature et l&#8217;avenir politique de la formation qui sont en jeu : comment rester soi-m\u00eame sans renoncer \u00e0 conqu\u00e9rir le pouvoir ?<\/p>\n<p>Dans le contexte d\u2019incertitude politique qui r\u00e8gne en Espagne depuis les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9cembre 2015 (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/espagne-le-psoe-creuse-sa-tombe-podemos-maintient-son-cap\">&#8220;Le PSOE creuse sa tombe, Podemos maintient son cap<\/a>, un nombre croissant de dirigeants de Podemos ont pris la parole au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de restructurer le parti apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/legislatives-espagnoles-podemos-encore-loin-de-la-victoire\">les r\u00e9sultats d\u00e9cevants obtenus lors des \u00e9lections de juin<\/a> par la coalition Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons), form\u00e9e par Podemos, la Gauche unie (IU) et certains partis r\u00e9gionaux de gauche.<\/p>\n<p>La coalition a obtenu 21% et 71 d\u00e9put\u00e9s en juin dernier, un r\u00e9sultat impressionnant pour un parti anti-aust\u00e9rit\u00e9. Cependant, Unidos Podemos n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9passer le Parti socialiste, et la candidature de Pablo Iglesias a perdu plus d\u2019un million de voix par rapport aux \u00e9lections de d\u00e9cembre 2015. La recherche des raisons de la perte a conduit \u00e0 un d\u00e9bat plus large sur l\u2019avenir du parti, structur\u00e9 autour de deux axes principaux : le d\u00e9bat organisationnel et le d\u00e9bat politique-discursif \u2013 pr\u00e9cis\u00e9ment les discussions qui ont d\u00e9fini la vie interne de Podemos depuis sa fondation en 2014.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9bat organisationnel : une f\u00e9d\u00e9ration de cercles ou un parti classique ?<\/h2>\n<p>Le d\u00e9bat sur la forme que le nouveau parti devait adopter est devenu explicite lors du premier congr\u00e8s de Podemos, tenu \u00e0 Vistalegre (Madrid) en novembre 2014. D\u2019une part, le groupe dirigeant \u2013 qui avait Pablo Iglesias et \u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n \u00e0 sa t\u00eate \u2013 a propos\u00e9 une structure de parti assez classique, avec une direction centralis\u00e9e et puissante, bien qu&#8217;\u00e9lue par des \u00e9lections primaires ouvertes \u00e0 tous les citoyens et soumise \u00e0 la r\u00e9vocabilit\u00e9. <\/p>\n<p>En revanche, Pablo Echenique et le courant anticapitaliste dirig\u00e9e par Teresa Rodr\u00edguez ont d\u00e9fendu un mod\u00e8le d\u2019organisation tr\u00e8s innovant o\u00f9 les groupes locaux qui avaient prolif\u00e9r\u00e9 tout au long du pays depuis la fondation de Podemos en janvier 2014 (les &#8220;cercles&#8221;) auraient la plupart du pouvoir dans le parti : Podemos serait une sorte de f\u00e9d\u00e9ration des cercles. Cette fraction a vivement critiqu\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9lectoral con\u00e7u par l\u2019\u00e9quipe d&#8217;Iglesias pour les primaires afin d&#8217;\u00e9lire les responsables internes et les candidats du parti aux \u00e9lections. En effet, ce syst\u00e8me avait un caract\u00e8re majoritaire et pl\u00e9biscitaire qui favorisait la concentration du pouvoir dans les mains des personnalit\u00e9s les plus charismatiques de Podemos, essentiellement Pablo Iglesias.<\/p>\n<p>La proposition organisationnelle d&#8217;Iglesias a obtenu 80% des voix au congr\u00e8s de Vistalegre, \u00e0 l&#8217;issue d&#8217;un vote auquel 112.000 personnes ont pris part. Plus tard, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de Podemos et les candidats aux directions internes r\u00e9gionales et locales qu\u2019il a soutenus ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus dans la grande majorit\u00e9 du territoire espagnol, tandis que Echenique a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral dans la r\u00e9gion d\u2019Arag\u00f3n, et que Rodr\u00edguez l\u2019a emport\u00e9 en Andalousie. <\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats ont donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quipe d\u2019Iglesias un large contr\u00f4le des structures du parti et une grande autonomie pour faire face au cycle \u00e9lectoral de 2015, compos\u00e9 par des \u00e9lections r\u00e9gionales, locales et nationales. La <em>\u00ab machine de guerre \u00e9lectorale \u00bb<\/em>  de Podemos \u2013 selon les mots de Errej\u00f3n \u2013 a \u00e9t\u00e9 globalement impressionnante : juste un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le nouveau parti anti-aust\u00e9rit\u00e9 et ses alli\u00e9s ont expuls\u00e9 les partis traditionnels du pouvoir \u00e0 Madrid, Barcelone et d\u2019autres villes importantes, ils ont obtenu de bons r\u00e9sultats dans les r\u00e9gions les plus urbaines et ils ont presque \u00e9gal\u00e9 le r\u00e9sultat du Parti socialiste aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9cembre 2015.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9bat politique-discursif : entre le peuple et la gauche<\/h2>\n<p>Le deuxi\u00e8me grand d\u00e9bat en Podemos a port\u00e9 sur l\u2019orientation politique et discursive du parti, deux th\u00e8mes \u00e9troitement li\u00e9s. Podemos a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 dans le but explicit de faire ce que IU n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 capable de faire : exprimer dans l\u2019ar\u00e8ne politique la col\u00e8re sociale provoqu\u00e9e par la crise financi\u00e8re et la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par le Parti populaire (conservateur) et le Parti socialiste, ainsi que les exigences de droits sociaux accrus et d\u2019approfondissement de la d\u00e9mocratie exprim\u00e9es par le 15-M et d\u2019autres mouvements sociaux au cours de la p\u00e9riode 2011-2013.<\/p>\n<p>Cet objectif impliquait pour les fondateurs de Podemos de suivre une strat\u00e9gie populiste au travers de laquelle le clivage droite-gauche classique est remplac\u00e9 par la fracture peuple-\u00e9lite. Le choix de la strat\u00e9gie populiste \u00e9tait fond\u00e9 sur la pr\u00e9misse suivante : les demandes sociales et d\u00e9mocratiques exprim\u00e9es par le mouvement 15-M ont \u00e9t\u00e9 partag\u00e9es (1) par des gens de la classe laborieuse et de la classe moyenne, et (2) par des gens qui se trouvaient \u00e0 diff\u00e9rents points du continuum gauche-droite. L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments discursifs le plus frappants de la strat\u00e9gie populiste a \u00e9t\u00e9 la red\u00e9finition du terme <em>patria<\/em> (patrie), un terme g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 par les nationalistes espagnols de droite. Pour Podemos, <em>\u00ab la patrie, c\u2019est les gens \u00bb<\/em>, ce qui implique la reconnaissance du caract\u00e8re multinational de l\u2019Espagne et l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un lien entre le patriotisme et la d\u00e9fense des services publics et des droits sociaux. Parall\u00e8lement, la classe ouvri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e dans les discours de Podemos par <em>la gente<\/em> (les gens).<\/p>\n<p>[<a href=\" https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/comment-unidos-podemos-veut-gagner-la-patrie\">Lire aussi &#8220;Comment Unidos Podemos veut gagner la patrie&#8221;<\/a>]<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas surprenant que les relations entre Podemos et IU n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 bonnes au d\u00e9but, car ce dernier percevait (\u00e0 juste titre) le nouveau parti comme une menace pour sa survie. Toutefois, l\u2019\u00e9lection du jeune et populaire Alberto Garz\u00f3n comme le leader de IU et le relativement bon r\u00e9sultat qu\u2019il a obtenu aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9cembre 2015 (plus de 900.000 voix, face aux plus de cinq millions de Podemos) a chang\u00e9 l\u2019attitude de Podemos vis-\u00e0-vis du vieux parti de gauche, les conduisant \u00e0 former une coalition pour les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de juin 2016.<\/p>\n<p>Le rapprochement avec la Gauche unie a aggrav\u00e9 les divergence internes dans les rangs de Podemos, creusant une division de plus en plus profonde entre les plus fermes partisans de la strat\u00e9gie populiste \u2013 avec le secr\u00e9taire politique du parti, \u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n \u00e0 leur t\u00eate \u2013 et ceux qui d\u00e9fendent la construction d\u2019un nouveau bloc politique avec IU \u2013 notamment Pablo Iglesias et leurs anciens rivaux : le secteur anticapitaliste et Echenique (r\u00e9cemment nomm\u00e9 secr\u00e9taire d\u2019organisation par Iglesias). La perte de plus d\u2019un million de voix aux \u00e9lections de juin 2016 a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e par les partisans d&#8217;Errej\u00f3n comme une confirmation de leurs craintes : l\u2019alliance avec IU aurait interrompu le processus que Podemos avait entam\u00e9 vers la construction d\u2019un nouveau type d\u2019identit\u00e9 politique capable d\u2019attirer de plus grands secteurs de la population que les r\u00e9cits traditionnels de la gauche radicale. <\/p>\n<h2>Comment stabiliser le parti sans abandonner son identit\u00e9 populaire ?<\/h2>\n<p>Le d\u00e9bat organisationnel a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis 2014 et aujourd\u2019hui, aucun secteur important ne d\u00e9fend le mod\u00e8le &#8220;tout le pouvoir aux cercles&#8221;, comme l&#8217;a d\u00e9montr\u00e9 la nomination de son principal id\u00e9ologue, Pablo Echenique, comme secr\u00e9taire d\u2019organisation de Pablo Iglesias. Cependant, tous les courants semblent \u00eatre d\u2019accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9voluer du mod\u00e8le de la &#8220;machine \u00e9lectorale&#8221; vers une sorte de parti-mouvement, avec des racines locales plus profondes et une connexion plus \u00e9troite avec les mouvements sociaux. Pour r\u00e9ussir ce pari, la direction devrait faire un effort important pour r\u00e9pondre aux demandes des militants des cercles, qui se sont souvent sentis abandonn\u00e9s \u2013voire m\u00e9pris\u00e9s \u2013 par les dirigeants du parti. Par exemple, beaucoup des cercles n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 reconnus officiellement comme faisant partie de Podemos.<\/p>\n<p>La direction a \u00e9galement l\u2019intention de cr\u00e9er un r\u00e9seau de centres socioculturels : les <em>moradas<\/em> (<em>morada<\/em> veut dire \u00e0 la fois &#8220;violet&#8221;, couleur de Podemos, et &#8220;foyer&#8221;). Ces centres veulent \u00eatre un lieu de rencontre pour les militants et sympathisants du parti et le vecteur de la nouvelle culture politique que Podemos veut cr\u00e9er \u2013 \u00e0 l\u2019instar des maisons du peuple des partis socialistes.<\/p>\n<p>Le prochain congr\u00e8s de Podemos (qui aura lieu en 2017) devra \u00e9galement trancher sur deux sujets organisationnels f\u00e2cheux : le degr\u00e9 d\u2019autonomie des f\u00e9d\u00e9rations r\u00e9gionales du parti (jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9troitement soumises \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la direction nationale) et l\u2019avenir des commissions des garanties d\u00e9mocratiques charg\u00e9es de la protection des droits des militants et de l\u2019application des r\u00e8gles internes du parti, dont le manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019efficacit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 souvent critiqu\u00e9. En ce qui concerne la discussion politique-discursive, la nature des relations entre Podemos, UI et leurs alli\u00e9s r\u00e9gionaux reste peu claire. Cette question sera li\u00e9e \u00e0 la discussion sur la validit\u00e9 de la strat\u00e9gie populiste pour la nouvelle p\u00e9riode dans la vie du parti anti-aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de maintenant, Podemos fait face au d\u00e9fi de devenir un parti avec une structure plus stable sans abandonner son identit\u00e9 populaire et la relation avec les mouvements sociaux, ni perdre de vue l\u2019objectif d\u2019arriver au pouvoir pour subvertir le syst\u00e8me politique et \u00e9conomique espagnol. Comme Pablo Iglesias <a href=\"http:\/\/www.eldiario.es\/politica\/Pablo-Iglesias-acojona-partisanos-ejercito_0_533696752.html\">l&#8217;a d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9cemment<\/a>, le succ\u00e8s n\u2019est pas assur\u00e9.<\/p>\n<p><em>Pablo Casta\u00f1o Tierno est doctorant en sociologie et militant de Podemos.<\/em><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9897 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/podemos-ou-va-75a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/podemos-ou-va-75a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"podemos-ou-va.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les d\u00e9ceptions \u00e9lectorales ont relanc\u00e9 les d\u00e9bats internes sur l&#8217;organisation et sur le discours de Podemos. 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