{"id":987,"date":"1998-06-01T00:00:00","date_gmt":"1998-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lycees987\/"},"modified":"1998-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-05-31T22:00:00","slug":"lycees987","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=987","title":{"rendered":"Lyc\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat entre Philippe Meirieu <\/p>\n<p><strong> L&#8217;acc\u00e8s aux \u00e9tudes secondaires ne garantit pas la r\u00e9ussite de tous les \u00e9l\u00e8ves. Comment y parvenir ? Le d\u00e9bat, r\u00e9activ\u00e9 par le questionnaire dans les lyc\u00e9es et le colloque de Lyon, se poursuit sur le contenu des savoirs et leur transmission. Notamment sur la culture commune. Et sur les questions relatives \u00e0 l&#8217;organisation du travail et au temps de travail des enseignants et des \u00e9l\u00e8ves. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Tout le monde s&#8217;accorde-t-il \u00e0 estimer n\u00e9cessaire une r\u00e9forme des lyc\u00e9es ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Le lyc\u00e9e a d\u00e9j\u00e0 \u00e9volu\u00e9 mais doit continuer. De puis quelques ann\u00e9es, l&#8217;entr\u00e9e s\u00e9lective en seconde appara\u00eet comme un obstacle \u00e0 une d\u00e9mocratisation plus intense. L&#8217;objectif de la loi de 1989, 80% d&#8217;une classe d&#8217;\u00e2ge au niveau du bac, ne sera pas atteint en 1999. Une autre difficult\u00e9 tient \u00e0 la faible mobilisation des \u00e9l\u00e8ves sur les savoirs. C&#8217;est la plus grande souffrance des enseignants. La question du contenu des savoirs \u00e9tait pertinente. Le colloque n&#8217;y a pas r\u00e9pondu. C&#8217;est dommage: les savoirs ne doivent pas appara\u00eetre morts ou formels aux \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> La FCPE consid\u00e8re que c&#8217;est l&#8217;\u00e9cole enti\u00e8re qu&#8217;il faut transformer. Les enjeux de la formation de la jeunesse d\u00e9passent le lyc\u00e9e. La question se pose de l&#8217;\u00e2ge de la scolarit\u00e9 obligatoire. La limite reste-t-elle fix\u00e9e \u00e0 16 ans ? Donne-t-on un nouvel \u00e9lan \u00e0 une formation ouverte \u00e0 tous jusqu&#8217;\u00e0 18 ans ? Le d\u00e9bat int\u00e9resse tout le pays. C&#8217;est un enjeu de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Le d\u00e9fi de l&#8217;acc\u00e8s au lyc\u00e9e du plus grand nombre a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 en partie notamment avec la cr\u00e9ation des s\u00e9ries technologiques et professionnelles et la valorisation du bac professionnel. Des am\u00e9liorations sont encore n\u00e9cessaires, mais il importe maintenant de d\u00e9mocratiser la r\u00e9ussite: l&#8217;acc\u00e8s ne garantit pas la r\u00e9ussite. Autant qu&#8217;il y a vingt ou trente ans, l&#8217;\u00e9cole reproduit les in\u00e9galit\u00e9s sociales. S&#8217;y ajoutent des ph\u00e9nom\u00e8nes nouveaux, comme l&#8217;essor d&#8217;un march\u00e9 priv\u00e9 du soutien scolaire qui double le service public. Si ce dernier ne s&#8217;efforce pas d&#8217;assurer la r\u00e9ussite du plus grand nombre, il provoquera amertume et rancoeur dans les familles. Si l&#8217;acc\u00e8s aux \u00e9tudes secondaires est ressenti comme un trompe-l&#8217;oeil incapable de g\u00e9n\u00e9rer de la mobilit\u00e9 sociale, ceux qui en ont les moyens se pr\u00e9cipiteront vers le secteur priv\u00e9, les autres nourriront le sentiment que les institutions de la R\u00e9publique sont une tromperie. C&#8217;est l\u00e0 un vrai danger.<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Plus qu&#8217;au lyc\u00e9e, c&#8217;est au coll\u00e8ge que se manifestent les effets de la crise sociale. C&#8217;est l\u00e0 que l&#8217;effort s&#8217;impose. Pour la mobilit\u00e9 sociale, n&#8217;oublions pas que l&#8217;acc\u00e8s au savoir a progress\u00e9. Un \u00e9l\u00e8ve qui aurait eu un CAP il y a vingt ans a aujourd&#8217;hui un bac professionnel. C&#8217;est une qualification plus importante.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> L&#8217;amertume provient de ce que l&#8217;emploi n&#8217;est pas au rendez-vous !<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Le manque de rendement du dipl\u00f4me d\u00e9passe largement le syst\u00e8me scolaire. L&#8217;\u00e9cole doit r\u00e9fl\u00e9chir aux in\u00e9galit\u00e9s en ouvrant partout des possibilit\u00e9s de poursuite d&#8217;\u00e9tudes cr\u00e9dibles quelle que soit la fili\u00e8re; mais il faut mettre \u00e0 son cr\u00e9dit qu&#8217;elle a \u00e9lev\u00e9 les qualifications en peu de temps.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> C&#8217;est certain, mais je trouve dommageable que le choix des fili\u00e8res soit encore si marqu\u00e9 socialement. Les m\u00eames qui \u00e9taient en CAP se retrouvent en BEP ou en &#8221; bac pro &#8220;. Le progr\u00e8s du niveau g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9l\u00e8ves n&#8217;assure pas la mobilit\u00e9 sociale entre un type d&#8217;\u00e9tudes et un autre. Il n&#8217;offre pas \u00e0 chacun les moyens de trouver ce qui lui correspond vraiment.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> 55 000 \u00e0 60 000 jeunes sortent encore du syst\u00e8me scolaire sans qualification. Ceux-l\u00e0 n&#8217;ont pas r\u00e9pondu au questionnaire qui ne pouvait pas les toucher. Pour eux, la culture commune peut jouer un r\u00f4le. Il y a aussi les apprentis.<\/p>\n<p> <strong> Le coeur du probl\u00e8me se trouve-t-il dans le contenu du savoir ou dans la fa\u00e7on de le transmettre ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Les deux questions sont tr\u00e8s li\u00e9es. Certains savoirs, ossifi\u00e9s, fossilis\u00e9s, ne mobilisent pas l&#8217;int\u00e9r\u00eat des jeunes. Il faut d\u00e9finir des savoirs mobilisateurs. Mais si tous les \u00e9l\u00e8ves ne peuvent se les approprier efficacement, les savoirs seront toujours dans les m\u00eames mains. La m\u00e9thodologie, l&#8217;accompagnement du travail personnel sont des conditions de la transmission des savoirs.<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Si les programmes scolaires prescrits sont trop descriptifs, trop formels, sans lien entre les connaissances et leur usage dans la vie, leurs modes de transmission seront aussi formalistes et technicistes. Les d\u00e9rives utilitaristes sont dangereuses. On ne peut dire aux lyc\u00e9ens: &#8221; tout ce que vous apprenez a une utilitarit\u00e9 imm\u00e9diate, perceptible imm\u00e9diatement.&#8221; Certains savoirs ont pour seule utilit\u00e9 de former l&#8217;esprit.<\/p>\n<p> <strong> Qu&#8217;appelez-vous un savoir ossifi\u00e9 et obsol\u00e8te ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Un rapport strictement instrumental entre enseignants et enseign\u00e9s. L&#8217;\u00e9l\u00e8ve vient\u00e0 l&#8217;\u00e9cole pour m\u00e9moriser des connaissances restitu\u00e9es \u00e0 l&#8217;examen. Il ne cherche pas ce qui est int\u00e9ressant, mais ce que le professeur veut lui faire dire. Il consent \u00e0 faire des efforts contre un paiement en notes, et, si ce n&#8217;est pas le cas, il proteste. C&#8217;est une pens\u00e9e strat\u00e9gique, une logique purement marchande. Cette d\u00e9rive construit une paroi imperm\u00e9able entre la &#8221; vraie vie &#8220;, en dehors de l&#8217;\u00e9cole et la culture scolaire qui n&#8217;interroge jamais cette vie. De plus, sous pr\u00e9texte de s&#8217;adapter \u00e0 des publics d\u00e9favoris\u00e9s, l&#8217;\u00e9cole a trop souvent ent\u00e9rin\u00e9 la s\u00e9paration entre une culture patrimoniale r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9lite et une culture instrumentale destin\u00e9e aux &#8221; \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9s &#8220;. C&#8217;est inacceptable. Denis Paget: Il y a pire que cette relation de consommation. Une s\u00e9rie de savoirs est purement scolaire, donc sans enjeux. Trop de programmes sont insuffisamment critiques. On continue par exemple \u00e0 enseigner une g\u00e9ographie descriptive: humaine, physique, \u00e9conomique&#8230; C&#8217;est une perte de temps. Comment les hommes agissent sur les espaces, de fa\u00e7on de plus en plus complexe, est la question essentielle. Les programmes d&#8217;histoire con\u00e7us comme un alignement des p\u00e9riodes ne peuvent amener des adolescents \u00e0 s&#8217;interroger sur les choix des soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;antan. Autre exemple: on introduit au bac une \u00e9preuve sur l&#8217;argumentation. Excellente initiative. Mais les d\u00e9bats propos\u00e9s d\u00e9rivent vers la pure rh\u00e9torique, les \u00e9l\u00e8ves peuvent dire indiff\u00e9remment tout et son contraire, dans le seul but de d\u00e9velopper des techniques argumentatives. Pour lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s, je partage l&#8217;id\u00e9e de la culture commune, si elle vise \u00e0 d\u00e9velopper des capacit\u00e9s de m\u00eame qualit\u00e9 pour chacun. Cela ne passe pas par des programmes identiques pour tous. Il y a l\u00e0 un point de d\u00e9saccord avec le colloque de Lyon. L&#8217;environnement, par exemple, est une discipline tr\u00e8s motivante. Mais un \u00e9l\u00e8ve en biologie, un autre en technologies industrielles, un futur chimiste peuvent les aborder de fa\u00e7on diverse, avec les m\u00eames enjeux intellectuels. Une force du lyc\u00e9e fran\u00e7ais tient \u00e0 ce qu&#8217;il offre des formations \u00e0 dominantes diversifi\u00e9es et une culture g\u00e9n\u00e9rale qui tient compte des fili\u00e8res choisies par les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 partir de programmes nationaux. La philosophie ne s&#8217;enseigne pas de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 des litt\u00e9raires et des techniciens. La diversit\u00e9 des voies de formation est une condition de r\u00e9ussite. Je redoute une culture commune r\u00e9duite \u00e0 quelques disciplines aux programmes identiques: cela mettrait \u00e9l\u00e8ves et enseignants dans l&#8217;impossibilit\u00e9 de trouver des approches originales en fonction des fili\u00e8res. La culture commune comprise comme un rapport au savoir de m\u00eame qualit\u00e9 n&#8217;a pas besoin d&#8217;\u00eatre fond\u00e9e sur des connaissances exactement similaires. Une addition de disciplines dans un horaire r\u00e9duit serait pr\u00e9judiciable aux \u00e9l\u00e8ves. On peut introduire de nouveaux \u00e9l\u00e9ments comme la formation civique ou l&#8217;informatique, en travaillant les contenus existants.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> Les savoirs ne comportent pas seulement des objectifs intellectuels, mais des enjeux de cr\u00e9ativit\u00e9 dans diff\u00e9rents domaines, par exemple le d\u00e9veloppement artistique. L&#8217;instaurer dans tous les lyc\u00e9es est int\u00e9ressant. Tous les \u00e9l\u00e8ves ont besoin de se confronter aux savoir-\u00eatre, aux savoir-faire, qui sont autre chose que les savoirs th\u00e9oriques.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> La notion de culture commune a besoin de clarification. Il est prioritaire de construire un &#8221; r\u00e9f\u00e9rentiel de fin de cycle &#8221; qui concerne l&#8217;ensemble des lyc\u00e9es et s&#8217;exprime dans quatre directions fondamentales: des connaissances th\u00e9oriques fortes provenant de l&#8217;histoire, des lettres, de la culture scientifique; des comp\u00e9tences sociales comme les langues vivantes, le droit, les bases statistiques, les nouvelles technologies; des capacit\u00e9s m\u00e9thodologiques qui permettent un acc\u00e8s imm\u00e9diat ou diff\u00e9r\u00e9 aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures, par exemple mener des projets sur le long terme, g\u00e9rer un travail collectif, effectuer une recherche documentaire et synth\u00e9tique, argumenter de mani\u00e8re comp\u00e9tente; enfin des objectifs li\u00e9s \u00e0 des qualit\u00e9s, par exemple r\u00e9aliser une exp\u00e9rience scientifique sans dissimuler une partie des r\u00e9sultats s&#8217;ils sont contraires \u00e0 l&#8217;hypoth\u00e8se de d\u00e9part. Il s&#8217;agit de donner aux lyc\u00e9es un horizon commun qui permette de piloter des programmes disciplinaires sans d\u00e9terminer strictement leur contenu et ensuite, en fonction de chaque fili\u00e8re, d&#8217;agencer les disciplines pour atteindre ces objectifs. J&#8217;ajoute que, dans un certain nombre de domaines, des probl\u00e9matiques communes sont possibles, quelle que soit la fili\u00e8re. Je crois \u00e0 un fonds commun culturel qui permette \u00e0 des gens diff\u00e9rents de participer \u00e0 une cit\u00e9 commune. Des \u00e9l\u00e9ments dans les lettres, l&#8217;histoire, l&#8217;art, les sciences, doivent appara\u00eetre dans la scolarit\u00e9 sous une forme ou une autre, \u00e0 un moment ou un autre, sinon le lien social s&#8217;effrite. Je ne pense pas qu&#8217;il existe un chemin unique pour tout le monde, mais je crois \u00e0 une culture commune appropri\u00e9e par des m\u00e9thodes diff\u00e9renci\u00e9es adapt\u00e9es aux publics sp\u00e9cifiques. Le colloque de Lyon a marqu\u00e9 la volont\u00e9 d&#8217;en finir avec une distribution in\u00e9quitable des connaissances en fonction des fili\u00e8res. C&#8217;\u00e9tait une r\u00e9action \u00e0 cette injustice et une volont\u00e9 de mettre un terme \u00e0 la d\u00e9rive des continents scolaires, de stopper la tendance \u00e0 l&#8217;\u00e9loignement entre les lyc\u00e9es g\u00e9n\u00e9raux, technologiques, professionnels. La formulation a pu irriter des coll\u00e8gues, elle manifestait, non une volont\u00e9 d&#8217;uniformisation mais un v\u00e9ritable souci politique de ne pas avoir des lyc\u00e9es \u00e0 plusieurs vitesses culturelles.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> Ce n&#8217;est pas gagn\u00e9 ! C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 le cas d&#8217;autant que ce sont les r\u00e9gions qui financent les lyc\u00e9es. Des principes clairs au niveau national sont d&#8217;autant plus n\u00e9cessaires. L&#8217;int\u00e9gration des lyc\u00e9es professionnels n&#8217;est pas gagn\u00e9e, car elle est complexe.<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Beaucoup de coll\u00e8gues r\u00e9agissent \u00e0 la notion de culture commune en la mettant en rapport avec le lyc\u00e9e unique. Ils craignent que la question de la d\u00e9mocratisation au lyc\u00e9e soit r\u00e9gl\u00e9e comme on a cru le faire avec le coll\u00e8ge unique, selon l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;\u00e9galit\u00e9 na\u00eetra spontan\u00e9ment en mettant de l&#8217;uniformit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il n&#8217;y en a pas. La vie est plus compliqu\u00e9e ! J&#8217;alerte sur le changement de perspective que constituerait une formation o\u00f9 l&#8217;aspect &#8221; culture commune &#8221; \u00e9craserait le reste. Les enseignants veulent mettre en relation culture g\u00e9n\u00e9rale et sp\u00e9cialisation sans les opposer.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Le passage au lyc\u00e9e est le moment o\u00f9 \u00e9mergent des sp\u00e9cificit\u00e9s \u00e0 partir d&#8217;un socle commun. La p\u00e9dagogie du lyc\u00e9e doit accompagner ce mouvement.<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Tout d\u00e9pend comme on l&#8217;entend ! On peut aussi craindre que la culture commune ne soit le plus petit commun d\u00e9nominateur culturel !<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> Surtout pas !<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Cette question est permanente. Faute d&#8217;un travail sur le rapport \u00e0 la connaissance pour tous, \u00e9merge l&#8217;id\u00e9e: &#8221; n&#8217;en demandons pas trop sinon on rompt l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ! &#8221; On ne peut r\u00e9fl\u00e9chir ainsi ! On peut inventer des formes nouvelles d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la connaissance, qui captent l&#8217;exp\u00e9rience des lyc\u00e9es professionnels et technologiques: amener les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la connaissance des textes \u00e0 partir des d\u00e9bats contemporains plut\u00f4t qu&#8217;essayer de leur faire comprendre le monde \u00e0 partir de textes qui leur semblent opaques.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Il faut aussi rendre transparents aux \u00e9l\u00e8ves des textes qui leur semblent opaques et non abdiquer toute exigence culturelle sous pr\u00e9texte de s&#8217;adapter \u00e0 eux. De plus, je tiens au caract\u00e8re le plus commun possible de l&#8217;expression artistique. S&#8217;il y a un lieu o\u00f9 des gens diff\u00e9rents peuvent se rencontrer, o\u00f9 la diff\u00e9rence et l&#8217;h\u00e9t\u00e9r\u00e9g\u00e9onit\u00e9 ne sont pas un handicap, c&#8217;est celui-l\u00e0.<\/p>\n<p> <strong> Les horaires sont un sujet tr\u00e8s controvers\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Il est prioritaire et urgent d&#8217;en finir avec les classes de 35 \u00e9l\u00e8ves et plus: impossible de faire quoi que ce soit avec des effectifs pareils. Il faut les r\u00e9duire, travailler en groupe, trouver des situations p\u00e9dagogiques qui sortent de ce face-\u00e0-face entre la classe surcharg\u00e9e et le professeur. Nous ne voulons pas troquer les 27 \u00e0 30 heures d&#8217;enseignement obligatoire aujourd&#8217;hui (34 dans le technologique) contre des horaires d&#8217;enseignement r\u00e9duits d\u00e9guis\u00e9s par l&#8217;affichage d&#8217;une pr\u00e9sence possible de 35 heures du lyc\u00e9en au lyc\u00e9e. Pour les enseignements technologiques et professionnels, il faut admettre que l&#8217;essentiel du travail se fait en classe et en atelier. Les horaires de ces s\u00e9ries ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits, on ne peut faire moins et pr\u00e9tendre donner une formation professionnelle: les \u00e9l\u00e8ves, qui travaillent sur \u00e9quipements, ne feront pas dehors ce qu&#8217;ils font dans le lyc\u00e9e. Les horaires sont lourds certes, mais ils ont moins de travail chez eux. La priorit\u00e9 est d&#8217;am\u00e9liorer les situations p\u00e9dagogiques en classe par des travaux pratiques, des modules plus nombreux. C&#8217;est cela qui cr\u00e9e de l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Le pire serait, comme au coll\u00e8ge, de stratifier des dispositifs en laissant les cours en l&#8217;\u00e9tat. La priorit\u00e9, c&#8217;est la r\u00e9duction des effectifs, d&#8217;abord en seconde: demande unanime dans la consultation.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> Les jeunes ont raison de vouloir du temps pour vivre, mais ce qui me g\u00eane, c&#8217;est que ces 35 heures leur fasse penser &#8221; Je consomme de l&#8217;\u00e9cole pendant ce temps, c&#8217;est mon travail d&#8217;adolescent &#8220;. Derri\u00e8re cela, n&#8217;y a-t-il pas moins d&#8217;\u00e9cole ?<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Les lyc\u00e9ens ont du mal \u00e0 g\u00e9rer leur temps. A partir de la classe de premi\u00e8re, on en voit les effets n\u00e9gatifs sur la vie associative et sportive, les lectures personnelles, la fr\u00e9quentation des \u00e9quipements culturels&#8230; Je ne propose pas de rajouter des activit\u00e9s suppl\u00e9mentaires aux cours traditionnels qu&#8217;on laisserait en l&#8217;\u00e9tat, mais de faire \u00e9voluer tout l&#8217;enseignement vers des pratiques plus individualis\u00e9es, plus centr\u00e9es sur l&#8217;accompagnement de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve. Par exemple, le dispositif &#8221; SOS maths &#8221; existe, il consiste \u00e0 autoriser un \u00e9l\u00e8ve qui n&#8217;a pas compris \u00e0 demander l&#8217;aide d&#8217;un autre professeur. Nous souhaitons l&#8217;\u00e9tendre. Ce n&#8217;est pas insignifiant: si l&#8217;enseignant sait que l&#8217;\u00e9l\u00e8ve a un recours en dehors de lui, cela aura une incidence dans son rapport avec la classe et contribuera au travail en \u00e9quipe. Ces dispositifs existent. Nous demandons qu&#8217;ils soient facilit\u00e9s, institutionnalis\u00e9s et reconnus. Il est possible que nos propositions co\u00fbtent de l&#8217;argent, mais c&#8217;est \u00e0 la nation \u00e0 d\u00e9cider de cela. Je souhaite personnellement, comme tous les enseignants, que l&#8217;Etat investisse plus dans l&#8217;\u00e9ducation, qu&#8217;il y ait plus de possibilit\u00e9s de travail en groupes, et plus de postes. Mais cela ressort d&#8217;une d\u00e9cision politique au regard des \u00e9quilibres financiers de la nation.<\/p>\n<p> <strong> Denis Paget : <\/strong> Les horaires correspondent \u00e0 l&#8217;obligation de l&#8217;Etat d&#8217;instruire les jeunes et permettent d&#8217;encadrer les \u00e9l\u00e8ves entre 29 et 30 heures. Ne rabotons pas les heures obligatoires en faisant miroiter que les \u00e9l\u00e8ves seront encadr\u00e9s sans aucune certitude qu&#8217;ils le soient. Cela provoque en plus un d\u00e9bat sur le service des enseignants: ceux-ci sont d&#8217;accord pour red\u00e9finir le service en r\u00e9duisant les heures d&#8217;enseignement; ce qui leur importe est de d\u00e9gager du temps pour travailler en \u00e9quipes. Vos propositions alourdissent le temps en pr\u00e9sence d&#8217;\u00e9l\u00e8ves et pr\u00e9voient de contr\u00f4ler \u00e9troitement l&#8217;activit\u00e9. Si on instaure des professeurs assistants de direction il n&#8217;y aura pas de travail collectif ! Les coordinateurs de disciplines sont aujourd&#8217;hui librement d\u00e9sign\u00e9s par les professeurs, sans probl\u00e8me. Il suffit que ce soit institutionnalis\u00e9, que le chef d&#8217;\u00e9tablissement d\u00e9signe ce coordinateur et les probl\u00e8mes commenceront.<\/p>\n<p> <strong> Philippe Meirieu : <\/strong> Nous proposons de r\u00e9partir les moyens non pour qu&#8217;il y ait moins d&#8217;\u00e9cole, mais plus d&#8217;\u00e9cole, une \u00e9cole ouverte plus longtemps et souvent, avec des dispositifs adapt\u00e9s aux besoins des \u00e9l\u00e8ves. No#us ne voulons pas faire miroiter des possibilit\u00e9s sans garanties, puisque nous demandons que ces dispositifs soient inscrits dans le service des enseignants. De plus, la gestion des personnels n&#8217;est pas forc\u00e9ment de la caporalisation. Les fonctions peuvent \u00eatre r\u00e9parties de fa\u00e7on coll\u00e9giale en fonction des desiderata et des comp\u00e9tences de chacun. Par exemple, pour 4 classes, un enseignant d\u00e9charg\u00e9 \u00e0 mi-temps pourrait \u00eatre l&#8217;interlocuteur entre le chef d&#8217;\u00e9tablissement et l&#8217;enseignant. Il aurait choisi cette fonction pendant une ou plusieurs ann\u00e9es, pendant lesquelles il ferait un peu moins d&#8217;enseignement. La souplesse n&#8217;est pas ici facteur de bureaucratisation, au contraire.<\/p>\n<p> <strong> Mireille Pasquel : <\/strong> Il ne faut peut-\u00eatre pas tout mettre dans le service des enseignants, il y a besoin d&#8217;adultes-relais, d&#8217;animateurs, d&#8217;\u00e9ducateurs. Il y a surtout besoin d&#8217;ouvrir la r\u00e9flexion sur les besoins des lyc\u00e9es. Je crains que cette r\u00e9forme soit une &#8221; r\u00e9forme chausse-pied &#8220;, qui doit avant tout tenir dans le budget et dans le service des enseignants. Il faut imaginer. En tout cas, les conseils de la vie lyc\u00e9enne sont en recul sur les maisons des lyc\u00e9ens o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves g\u00e8rent tout. Ils veulent qu&#8217;on leur fasse confiance.<\/p>\n<p>* Professeur \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon II, pr\u00e9sident du comit\u00e9 d&#8217;organisation &#8221; Quels savoirs enseigner dans les lyc\u00e9es ? &#8220;.<\/p>\n<p>** Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint du Syndicat national de l&#8217;enseignement du second degr\u00e9 (SNES-FSU).<\/p>\n<p>*** Militante de la F\u00e9d\u00e9ration des conseils de parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat entre Philippe Meirieu <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-987","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/987","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=987"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/987\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=987"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=987"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=987"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}