{"id":9757,"date":"2016-06-21T11:01:03","date_gmt":"2016-06-21T09:01:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-comment-unidos-podemos-veut-gagner-la-patrie\/"},"modified":"2023-06-23T23:22:37","modified_gmt":"2023-06-23T21:22:37","slug":"article-comment-unidos-podemos-veut-gagner-la-patrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9757","title":{"rendered":"Comment Unidos Podemos veut gagner la patrie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La coalition form\u00e9e par Podemos et Izquierda Unida soigne son discours : \u00e0 la reconqu\u00eate de la d\u00e9mocratie, elle ajoute d\u00e9sormais celle de la patrie. Et compte neutraliser la peur du &#8220;p\u00e9ril rouge&#8221; avec une communication optimiste et rassurante.<\/p>\n<p><em>Pablo Casta\u00f1o Tierno est doctorant en sociologie et militant de Podemos.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>La strat\u00e9gie de Podemos a souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie comme &#8220;populiste&#8221; : plut\u00f4t que parler de gauche et droite, le parti anti-aust\u00e9rit\u00e9 espagnol a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019ouvrir un espace politique en tra\u00e7ant une division entre ceux d\u2019en bas (les gens, le peuple) et ceux d\u2019en haut (la caste, les privil\u00e9gi\u00e9s). Cependant, pour expliquer le succ\u00e8s de Podemos, il faut aussi faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019habilit\u00e9 des strat\u00e8ges du parti pour red\u00e9finir des termes politiques dont la signification n\u2019est pas enti\u00e8rement fix\u00e9e (des &#8220;signifiants flottants&#8221;, d\u2019apr\u00e8s la terminologie du th\u00e9oricien du populisme Ernesto Laclau[[Ernesto Laclau (2005), <em>La raz\u00f3n populista<\/em>, Fondo de Cultura Econ\u00f3mica de Espa\u00f1a, Madrid.]]).<\/p>\n<p><strong>[Lire aussi <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/du-bon-usage-du-populisme-guide-a\">&#8220;Du bon usage du populisme : guide \u00e0 l\u2019attention de Jean-Luc M\u00e9lenchon&#8221;<\/a>]<\/strong><\/p>\n<h2>Ne pas laisser la d\u00e9mocratie \u00e0 l&#8217;adversaire<\/h2>\n<p>Ainsi, Podemos a redonn\u00e9 un contenu social au terme &#8220;d\u00e9mocratie&#8221;, une op\u00e9ration de red\u00e9finition qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e en 2011 par le mouvement 15M [[Pour le 15 mai 2011, date de d\u00e9but du mouvement dit des &#8220;indign\u00e9s&#8221;.]] quand il r\u00e9clamait une d\u00e9mocratie r\u00e9elle. Le raisonnement est le suivant : les gens sont attach\u00e9s \u00e0 la notion de d\u00e9mocratie. Par cons\u00e9quent, la position traditionnelle de la gauche radicale consistant \u00e0 dire <em>\u00ab Nous ne revendiquons pas la d\u00e9mocratie parce qu\u2019elle est au service du capital \u00bb<\/em> revient \u00e0 se couper de ces m\u00eames gens. Le pari de Podemos viserait \u00e0 l\u2019inverse \u00e0 revendiquer la d\u00e9mocratie. <\/p>\n<p>\u00c0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de pr\u00e9ciser que la d\u00e9mocratie n\u2019est r\u00e9elle que lorsqu\u2019on prot\u00e8ge des droits sociaux fondamentaux comme l\u2019acc\u00e8s au logement ou \u00e0 la sant\u00e9. Le philosophe Carlos Fern\u00e1ndez Liria r\u00e9sume cette id\u00e9e en affirmant que le rejet de concepts tels que &#8220;d\u00e9mocratie&#8221; ou encore &#8220;\u00c9tat de droit&#8221; par la gauche revient \u00e0 &#8220;offrir \u00e0 l\u2019ennemi&#8221; un concept tr\u00e8s puissant politiquement[[Fern\u00e1ndez Liria, C. (2015), <em>En defensa del populismo<\/em>, Ed. Carata, Madrid.]].<\/p>\n<p>La constitution <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/espagne-podemos-et-iu-vers-une-alliance-de-la-gauche-radicale\">de la coalition Unidos Podemos<\/a> (Unis, nous pouvons) par Podemos, Izquierda Unida (Gauche unie) et d\u2019autres partis \u00e9cologistes et de gauche pour la l\u00e9gislative du 26 juin a pouss\u00e9 la direction de Podemos \u00e0 aller plus loin dans sa d\u00e9marche de red\u00e9finition de ces signifiants flottants. Si l\u2019impact positif de la coalition en termes de nombre de si\u00e8ges est assur\u00e9, le secr\u00e9taire politique de Podemos, \u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n, s\u2019inqui\u00e9tait de perdre l\u2019image de transversalit\u00e9 acquise par Podemos au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 image qui a permis de rallier des \u00e9lecteur ne s\u2019identifiant pas forc\u00e9ment avec la gauche radicale. Ce n\u2019est pas par hasard que les partis traditionnels insistent, dans toutes leurs interventions, sur la pr\u00e9sence du Parti communiste dans l\u2019alliance Unidos Podemos, brandissant le spectre du &#8220;p\u00e9ril rouge&#8221;.<\/p>\n<h2>Une patrie anti\u00e9litiste et populaire<\/h2>\n<p>Afin de neutraliser le possible impact n\u00e9gatif de cette strat\u00e9gie de la peur, Podemos a essay\u00e9 une nouvelle op\u00e9ration discursive, d\u00e9finissant sa candidature comme une &#8220;plate-forme patriotique&#8221;. La notion de patrie est traditionnellement probl\u00e9matique au sein de la gauche espagnole, dans la mesure o\u00f9 la droite nationaliste se l\u2019est historiquement appropri\u00e9e. Cependant, les porte-parole d\u2019Unidos Podemos d\u00e9fendent une patrie tr\u00e8s diff\u00e9rente. D\u2019abord, il s\u2019agit d\u2019une conception plurinationale de l\u2019\u00c9tat espagnol : Unidos Podemos est la seule candidature qui soutient le droit des peuples catalan et basque \u00e0 d\u00e9cider de leur maintien dans l\u2019\u00c9tat espagnol via des r\u00e9f\u00e9rendums d\u2019autod\u00e9termination. <\/p>\n<p>La patrie podemiste se veut aussi anti\u00e9litiste et populaire, comme l\u2019exprime le slogan <em>\u00ab La patria eres t\u00fa \u00bb<\/em> (La patrie, c\u2019est toi) ou encore <em>\u00ab La patria es la gente \u00bb<\/em> (La patrie, c\u2019est les gens). Par ailleurs, le patriotisme d&#8217;Unidos Podemos n\u2019est pas contradictoire avec une politique migratoire progressiste : le programme de la candidature inclut la cr\u00e9ation de voies l\u00e9gales d\u2019immigration, l\u2019assouplissement des conditions pour le regroupement familial et l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 espagnole, ainsi que le strict respect du droit international des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, Unidos Podemos entend neutraliser la strat\u00e9gie de la peur du &#8220;p\u00e9ril rouge&#8221; attis\u00e9 par la droite et le Parti socialiste avec une campagne optimiste et peu agressive. Cela explique le choix d\u2019un c\u0153ur comme symbole de l&#8217;alliance, ainsi que le slogan <em>\u00ab La sonrisa de un pa\u00eds \u00bb<\/em> (Le sourire d\u2019un pays). Les sondages montrent l\u2019efficacit\u00e9 de cet ensemble d\u2019op\u00e9rations de communication, ainsi que l\u2019enthousiasme provoqu\u00e9 par la constitution de la coalition Unidos  Podemos : d\u2019apr\u00e8s la plupart des sondages, la candidature de Pablo Iglesias d\u00e9passe le Parti socialiste et elle s\u2019approche toujours plus du Parti Populaire (PP, droite) du pr\u00e9sident Mariano Rajoy.<\/p>\n<h2>Alliances : le PSOE au pied du mur<\/h2>\n<p>N\u00e9anmoins, le Parti populaire reste en t\u00eate, malgr\u00e9 quatre ans de politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 rejet\u00e9es par la plupart de la population et de graves cas de corruption. La r\u00e9sistance du parti conservateur s\u2019explique par la fid\u00e9lit\u00e9 in\u00e9branlable de beaucoup d\u2019\u00e9lecteurs \u00e2g\u00e9s, surtout en milieu rural, et par l\u2019effet du syst\u00e8me \u00e9lectoral qui surrepr\u00e9sente ces territoires ruraux et peu peupl\u00e9s. Cependant, il para\u00eet clair qu\u2019aucun parti n\u2019aura une majorit\u00e9 absolue au Parlement, ce qui rend cruciale la question des possibles alliances post\u00e9lectorales pour former un gouvernement. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;absence d\u2019un accord, apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de d\u00e9cembre dernier, qui a provoqu\u00e9 l&#8217;organisation de nouvelles \u00e9lections le 26 juin prochain [[Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le leader socialiste Pedro S\u00e1nchez avait refus\u00e9 la formation d\u2019un gouvernement de coalition avec Podemos \u2013 sous la pression d\u2019une grande partie de la bureaucratie du PSOE et, probablement, des milieux d\u2019affaires. S\u00e1nchez aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un accord avec le parti de droite Ciudadanos (Citoyens), mais l&#8217;union de leurs d\u00e9put\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas suffisante pour obtenir la majorit\u00e9 parlementaire.]]. <\/p>\n<p><strong>[Lire aussi : <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/alberto-garzon-bras-gauche-d-unidos-podemos\">&#8220;Alberto Garzon, bras gauche d\u2019Unidos Podemos&#8221;<\/a>]<\/strong><\/p>\n<p>Dans le d\u00e9bat que les leaders des quatre principaux partis ont tenu lundi dernier, Pablo Iglesias a propos\u00e9 \u00e0 S\u00e1nchez, \u00e0 plusieurs reprises, de former une coalition apr\u00e8s les \u00e9lections, mais celui-ci a refus\u00e9 d\u2019exprimer clairement ses pr\u00e9f\u00e9rences si le PSOE occupe la troisi\u00e8me position, derri\u00e8re le PP et Unidos Podemos. En pareil cas, les socialistes auront deux options : soutenir un gouvernement progressiste avec Iglesias \u00e0 la t\u00eate ou permettre la formation d\u2019un nouveau gouvernement de droite, que ce soit avec Mariano Rajoy ou un autre comme pr\u00e9sident. <\/p>\n<p>Il est certain que les pressions des institutions europ\u00e9ennes et des milieux d\u2019affaires espagnols pour que le PSOE choisisse la &#8220;grande coalition&#8221; seront intenses, mais une victoire \u00e9lectorale d&#8217;Unidos Podemos pourrait changer la donne.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-sommes-nous\/article\/soutenez-regards\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-23118\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/don_insert-601.png\" alt=\"don_insert.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"210\" \/><\/a><br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9757 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"don_insert.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/podemos-patrie-983.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/podemos-patrie-983-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"podemos-patrie.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La coalition form\u00e9e par Podemos et Izquierda Unida soigne son discours : \u00e0 la reconqu\u00eate de la d\u00e9mocratie, elle ajoute d\u00e9sormais celle de la patrie. 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