{"id":9745,"date":"2016-06-17T01:04:53","date_gmt":"2016-06-16T23:04:53","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-brexit-xenophobe-lexit-introuvable\/"},"modified":"2023-07-03T14:41:17","modified_gmt":"2023-07-03T12:41:17","slug":"article-brexit-xenophobe-lexit-introuvable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9745","title":{"rendered":"Un Brexit x\u00e9nophobe, un Lexit introuvable"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Soutenu par les r\u00e9actionnaires, les ultralib\u00e9raux et les x\u00e9nophobes, l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 d&#8217;une sortie de l&#8217;UE pour la Grande-Bretagne se pr\u00e9cise, le 23 juin prochain. La gauche britannique, elle, sait que les probl\u00e8mes sont ailleurs. <\/p>\n<p>\u00c0 quelques jours du r\u00e9f\u00e9rendum sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), les intentions de vote en faveur du Brexit (sortie) devancent dans chaque sondage celles des partisans du statu quo (<em>Remain<\/em>). L\u2019hypoth\u00e8se de la sortie est donc \u00e0 prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>La campagne r\u00e9f\u00e9rendaire a mis \u00e0 nu les lignes de fracture de la soci\u00e9t\u00e9 britannique : seule une majorit\u00e9 d\u2019Anglais soutient le Brexit. En \u00c9cosse et aux Pays de Galles, le maintien pr\u00e9domine. Les jeunes sont davantage favorables \u00e0 l\u2019UE que les retrait\u00e9s. Un niveau de dipl\u00f4me \u00e9lev\u00e9 et un emploi dans le secteur des services pr\u00e9disposent plus \u00e0 voter contre la sortie qu\u2019un faible niveau de dipl\u00f4me et un emploi dans l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Les principaux partis (Labour \u2013 except\u00e9es quelques d\u00e9fections \u2013 Lib-Dem, Greens, SNP et Plaid Cymru) sont pour le maintien. Le Parti conservateur au pouvoir est divis\u00e9 : David Cameron, le premier ministre et la majorit\u00e9 de son cabinet pr\u00f4nent le statu quo. Ses principaux opposants sont sur sa droite : Boris Johnson, l\u2019ex-maire de Londres, Michael Gove, le ministre de la Justice et Nigel Farage, leader de UKIP.<\/p>\n<h2>R\u00e9actionnaires et ultralib\u00e9raux pour la sortie<\/h2>\n<p>Les deux camps (Stronger in Britain et Vote Leave) se sont, dans un premier temps, oppos\u00e9s \u00e0 coup de donn\u00e9es chiffr\u00e9es ; chacun promettant la d\u00e9bandade \u00e9conomique si le camp adverse venait \u00e0 l\u2019emporter. R\u00e9cemment, Vote Leave a affirm\u00e9 que le Brexit permettrait de rapatrier 350 millions de livres sterling par semaine (un chiffre fantaisiste pour les experts) ; manne financi\u00e8re qui pourrait \u00eatre investie dans la sant\u00e9 publique (NHS). George Osborne, le Chancelier de l\u2019\u00e9chiquier, vient de d\u00e9clarer qu\u2019une victoire du Brexit l\u2019obligerait \u00e0 un serrage de ceinture aust\u00e9ritaire in\u00e9gal\u00e9. Dans les deux cas, la bataille des chiffres a pour objectif de provoquer la peur et d\u2019intimider le public. \u00c0 ce jeu, le camp Remain, soutenu par les milieux financiers et le business, a l\u00e9g\u00e8rement domin\u00e9 les \u00e9changes.<\/p>\n<p>Depuis quelques semaines, le d\u00e9bat a bifurqu\u00e9 vers deux autres th\u00e8mes : la <em>\u00ab reprise de la souverainet\u00e9 \u00bb<\/em> (<em>Retake Control<\/em>), aux mains d\u2019une Eurocratie <em>\u00ab totalitaire \u00bb<\/em>, et l\u2019immigration. La th\u00e9matique souverainiste est d\u2019une double nature. Un premier courant, incarn\u00e9 par Nigel Farage et l\u2019aile droite du Parti conservateur, est r\u00e9actionnaire-nationaliste : il fantasme sur une Grande-Bretagne imp\u00e9riale, lib\u00e9r\u00e9e des \u00e9trangers et du multiculturalisme en vigueur sur l\u2019\u00eele. <\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me, n\u00e9o-thatch\u00e9rien, est moderne-ultralib\u00e9ral. Ses tenants voient dans l\u2019UE une forme avanc\u00e9e de <em>\u00ab bureaucratie sovi\u00e9tique \u00bb<\/em> qui d\u00e9courage l\u2019esprit d\u2019entreprise. Selon eux, le Royaume-Uni est une puissance \u00e9conomique autrement plus dynamique que ses voisins europ\u00e9ens. Elle doit donc sortir du <em>\u00ab carcan communautaire \u00bb<\/em> et mettre fin au <em>\u00ab cauchemar socialiste \u00bb<\/em> qui a commenc\u00e9 avec l\u2019adh\u00e9sion du pays \u00e0 la CEE en 1973.<\/p>\n<h2>Lib\u00e9ration de la parole x\u00e9nophobe<\/h2>\n<p>L\u2019immigration, th\u00e8me relay\u00e9 par les Conservateurs, UKIP et la presse de droite, est devenue le sujet majeur de la campagne. Le march\u00e9 unique aurait impos\u00e9 une population de travailleurs communautaires peu qualifi\u00e9e, qui serait responsable du dumping salarial et du ch\u00f4mage de la classe ouvri\u00e8re. Dans certaines localit\u00e9s, l\u2019arriv\u00e9e massive d\u2019immigr\u00e9s des pays de l\u2019Est, mal n\u00e9goci\u00e9e par les pouvoirs publics, a effectivement \u00e9t\u00e9 la source de tensions entre communaut\u00e9s. Mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ce sont les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, non les migrants, qui sont la cause de la pauvret\u00e9 et du ch\u00f4mage. <\/p>\n<p>Ce r\u00e9f\u00e9rendum est l\u2019occasion pour la classe ouvri\u00e8re des bassins industriels de relever la t\u00eate et de manifester son m\u00e9contentement apr\u00e8s trente ann\u00e9es de souffrance sociale impos\u00e9e par le n\u00e9olib\u00e9ralisme thatch\u00e9rien et blairiste. Elle d\u00e9tient la cl\u00e9 du vote le 23 juin : si une partie d\u2019entre elle ne suit pas les consignes de vote du Labour (vote pour le maintien) ou s\u2019abstient, le Brexit a toutes les chances de se r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Malheureusement, la col\u00e8re l\u00e9gitime de la classe ouvri\u00e8re, nourrie par la presse de droite et les partisans x\u00e9nophobes du Brexit, tel Nigel Farage, se trompe de cible : le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u2019immigr\u00e9 mais le patron qui ne remplit pas ses obligations l\u00e9gales \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses employ\u00e9s, ou les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 du gouvernement. L\u2019immigr\u00e9 est devenu le bouc-\u00e9missaire de tous les probl\u00e8mes ; la parole x\u00e9nophobe et raciste s\u2019est lib\u00e9r\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 traditionnellement tol\u00e9rante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la diversit\u00e9. Si le Brexit l\u2019emporte, ce sera, non pas la victoire des valeurs \u00e9galitaires et tol\u00e9rantes de la gauche, mais le triomphe de l\u2019Angleterre insulaire et x\u00e9nophobe de Nigel Farage.<\/p>\n<h2>\u00c0 gauche, la crainte d&#8217;un tournant conservateur<\/h2>\n<p>Contre l\u2019Europe de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, du Trait\u00e9 transatlantique, des sanctions inflig\u00e9es \u00e0 la Gr\u00e8ce ou du traitement inhumain des r\u00e9fugi\u00e9s, la gauche britannique avait en th\u00e9orie de bonnes raisons de pr\u00f4ner la sortie. \u00c0 de rares exceptions pr\u00e8s, il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9 : Jeremy Corbyn les Greens, Left Unity (gauche radicale), le mouvement social Momentum (proche de Corbyn), les syndicats du TUC, et des personnalit\u00e9s comme Ken Loach ou le journaliste Owen Jones font, sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, campagne pour le maintien dans l\u2019UE. Tous ont compris qu\u2019une victoire du Brexit sur une ligne n\u00e9o-thatch\u00e9rienne et x\u00e9nophobe am\u00e8nerait un tournant \u00e0 droite, et une attaque en r\u00e8gle contre les quelques droits sociaux prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019UE (cong\u00e9s pay\u00e9s, de maternit\u00e9 ou dur\u00e9e maximale du travail hebdomadaire).<\/p>\n<p>Le Lexit (sortie \u00e0 gauche) est, de fait, rest\u00e9e introuvable. La gauche a compris que le gouvernement et Westminster n\u2019ont pas besoin de la Commission europ\u00e9enne pour imposer une aust\u00e9rit\u00e9 virulente (le pays n\u2019est pas dans la zone euro et n\u2019est donc pas soumis aux contraintes du Pacte de stabilit\u00e9) ou mener des politiques tatillonnes en mati\u00e8re d\u2019immigration (la Grande-Bretagne n\u2019appartient pas \u00e0 la zone de Schengen). <\/p>\n<p>Cette gauche sait que l\u2019Europe est intergouvernementale et que les grandes d\u00e9cisions qui engagent les peuples sont d\u00e9cid\u00e9es, non par la Commission, mais par les gouvernements les plus influents (Allemagne, France et Grande-Bretagne). Promouvoir une sortie de l\u2019UE dans les circonstances actuelles, ce serait objectivement renforcer le camp antisocial, populiste et raciste, en Grande-Bretagne et en Europe.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9745 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/brexit-pm-02-1a9.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/brexit-pm-02-1a9-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"brexit-pm-02.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soutenu par les r\u00e9actionnaires, les ultralib\u00e9raux et les x\u00e9nophobes, l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 d&#8217;une sortie de l&#8217;UE pour la Grande-Bretagne se pr\u00e9cise, le 23 juin prochain. 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