{"id":9630,"date":"2016-05-02T00:02:08","date_gmt":"2016-05-01T22:02:08","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-ecologie-la-procrastination-qui-nous-perdra\/"},"modified":"2023-06-23T23:22:03","modified_gmt":"2023-06-23T21:22:03","slug":"article-ecologie-la-procrastination-qui-nous-perdra","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9630","title":{"rendered":"\u00c9cologie : la procrastination qui nous perdra"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 New York, la signature de l&#8217;Accord de Paris a marqu\u00e9 une \u00e9tape symbolique majeure apr\u00e8s la COP21. Mais l&#8217;ordre \u00e9conomique et social \u00e0 l&#8217;origine de la crise climatique n&#8217;est pas remis en cause, et les v\u00e9ritables solutions sont encore remises \u00e0 plus tard. <\/p>\n<p>S\u2019il y a un plan concernant l\u2019\u00e9cologie sur lequel le gouvernement excelle vraiment, c\u2019est celui de l\u2019auto-d\u00e9livrance de satisfecits abusifs. C\u2019est d\u2019ailleurs une fraude relativement banale d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9cologie : agiter pompes et f\u00e9tiches anodins pour faire croire que tout change alors qu\u2019on ne veut rien changer, structurellement parlant.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-sommes-nous\/article\/soutenez-regards\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-23118\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/don_insert-601.png\" alt=\"don_insert.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"210\" \/><\/a><\/p>\n<h2>Apr\u00e8s la COP21, quelles suites ?<\/h2>\n<p><em>\u00ab L\u2019humanit\u00e9 peut toujours produire le meilleur, m\u00eame si elle est capable du pire, alors aujourd&#8217;hui nous avons fait en sorte que le meilleur soit possible \u00bb<\/em>, s\u2019est par exemple satisfaisait Fran\u00e7ois Hollande la semaine derni\u00e8re \u00e0 New York, lors du grand c\u00e9r\u00e9monial de signature de l\u2019Accord de Paris. Et au moment de clore la COP21 en d\u00e9cembre dernier, il s\u2019extasiait d\u00e9j\u00e0 en ces termes : <em>\u00ab Alors, vous l\u2019avez fait ! Vous avez r\u00e9ussi l\u00e0 o\u00f9 il y avait eu l\u2019\u00e9chec il y a six ans. Vous avez r\u00e9ussi alors que le scepticisme \u00e9tait encore \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 ces derniers mois. Vous l\u2019avez fait et vous l\u2019avez fait \u00e0 Paris. Vous avez \u00e9t\u00e9 capables de d\u00e9passer vos int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes pour trouver un accord, et pas n\u2019importe quel accord, un accord ambitieux, un accord universel, un accord contraignant \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le vendredi 22 avril 2016, premi\u00e8re grande \u00e9tape symbolique apr\u00e8s la tenue de la COP21 \u00e0 Paris, 175 pays ont paraph\u00e9 le registre des signatures tenu par l\u2019ONU. Certes, il s\u2019agit d\u2019un record pour une journ\u00e9e internationale de ce type. Mais c\u2019est n\u00e9anmoins un moment sans r\u00e9elles cons\u00e9quences politiques puisque l\u2019accord doit ensuite \u00eatre ratifi\u00e9 par des voies domestiques, c\u2019est-\u00e0-dire en g\u00e9n\u00e9ral par le vote des parlements de chaque pays. En outre, il faut que les pays qui ratifient l\u2019accord repr\u00e9sentent au moins 55% des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre (GES) mondiales pour que l\u2019accord entre en vigueur (au plus tard en 2020). <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce sont les \u00c9tats-Unis, la Chine (soit les deux plus gros pollueurs mondiaux) et le Canada qui animent ce processus, souhaitant tous trois une entr\u00e9e en vigueur dans l\u2019ann\u00e9e. La syntaxe non-contraignante de l\u2019accord du point de vue juridique permet au pr\u00e9sident am\u00e9ricain de ratifier l\u2019accord sans passer sous les fourches caudines du s\u00e9nat r\u00e9publicain, par simple d\u00e9cret. Pas de probl\u00e8me non plus en Chine \u2013 puisque l\u2019assembl\u00e9e nationale populaire chinoise est tenue par le Parti communiste chinois. Le pays vient d\u2019ailleurs d\u2019adopter un plan quinquennal plus ambitieux qu\u2019attendu, avec une sortie progressive du charbon (un moratoire sur toute construction de nouvelle centrale \u00e0 charbon a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9). Quant au gouvernement tout neuf de Justin Trudeau, il commence \u00e0 donner de r\u00e9elles preuves d\u2019une ambition \u00e9cologique digne de ce nom (il a notamment stopp\u00e9 plusieurs projets climaticides et avanc\u00e9 pour la sauvegarde des for\u00eats humides du Canada).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des mauvais \u00e9l\u00e8ves : les \u00c9tats p\u00e9troliers du Proche-Orient, l\u2019Australie (gouvern\u00e9e par le personnel politique le plus climato-sceptique de la plan\u00e8te) et\u2026 l\u2019Union europ\u00e9enne. Cette derni\u00e8re doit en effet parvenir \u00e0 mettre d\u2019accord les vingt-huit \u00c9tats qui la composent (dont la France) et les signaux ne sont pas tr\u00e8s encourageants pour le moment \u2013 Pologne r\u00e9fractaire, Grande-Bretagne menac\u00e9e de &#8220;Brexit&#8221;, etc. En outre, la Commission europ\u00e9enne a calmement d\u00e9clar\u00e9 en mars dernier qu\u2019elle ne souhaitait pas r\u00e9viser les ambitions climatiques de l\u2019UE (le paquet \u00e9nergie climat europ\u00e9en) avant 2023, consid\u00e9rant qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 nettement moins \u00e9mettrice que les autres parties signataires de l\u2019Accord de Paris.<\/p>\n<h2>Accord conclu peu concluant<\/h2>\n<p>Mais de quel accord parle-t-on exactement ? De celui cens\u00e9 r\u00e9gler le probl\u00e8me climatique actuel, qui pourrait bien engloutir l\u2019esp\u00e8ce humaine dans quelques d\u00e9cennies s\u2019il n\u2019est pas correctement trait\u00e9. D\u2019accord. Mais que contient-il r\u00e9ellement ? Pas grand-chose, en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Certes, pour la premi\u00e8re fois, les 195 parties des Nations unies se sont entendues sur un accord climatique international, ce qui lui donne une port\u00e9e universelle. Cela signifie au moins que la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9chauffement climatique ainsi que les cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices qu\u2019il engendre d\u00e9j\u00e0 pour certaines populations vuln\u00e9rables n\u2019est plus \u00e0 discuter : c\u2019est d\u00e9sormais chose commun\u00e9ment admise (ce qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre le cas en 2009, \u00e0 Copenhague). D\u00e8s lors sont pos\u00e9es les bases sur lesquelles une diplomatie climatique internationale peut se former, s\u2019\u00e9toffer, s\u2019acculturer \u00e0 cet exercice politique relativement r\u00e9cent. De fait, il s\u2019agit d\u2019un progr\u00e8s culturel majeur, sur lequel pourra s\u2019appuyer la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 l\u2019avenir. L\u2019accord parle bien de contenir la hausse des temp\u00e9ratures dans une fourchette de +1,5\u00b0C d\u2019ici la fin du si\u00e8cle, conform\u00e9ment aux recommandations scientifiques.<\/p>\n<p>Pour autant, l\u2019accord p\u00eache par des incons\u00e9quences majeures qui r\u00e9duisent sa port\u00e9e quasiment \u00e0 n\u00e9ant. D\u2019abord, il ne nomme jamais les mat\u00e9rialit\u00e9s coupables du r\u00e9chauffement climatique : les \u00e9nergies fossiles, dont on sait pourtant qu\u2019il faut imp\u00e9rativement laisser 80% des ressources connues dans le sol. La question du CO2 est quant \u00e0 elle trait\u00e9e sous l\u2019angle de la \u201cneutralit\u00e9 carbone\u201d. Derri\u00e8re ce concept qui fleure bon la prose des lobbyistes de l\u2019industrie, se cache l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne s\u2019agit pas tant de diminuer les \u00e9missions de CO2 que de les compenser par des technologies de captation, artificielles ou naturelles. Le capital organis\u00e9, plut\u00f4t que de subir une remise en question frontale, pr\u00e9f\u00e8re \u00e9videmment voir s&#8217;ouvrir devant lui de nouveaux march\u00e9s. Sauf que pour l\u2019instant, personne ne sait vraiment faire. Et que la &#8220;g\u00e9oing\u00e9ni\u00e9rie&#8221; suppos\u00e9e par cette perspective a tout des d\u00e9lires d\u2019un docteur Folamour du 21e si\u00e8cle : en effet, on ne perturbe pas les \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 grande \u00e9chelle sans avoir \u00e0 subir \u00e0 coup s\u00fbr des cons\u00e9quences impr\u00e9vues, amples et potentiellement irr\u00e9versibles. Et le probl\u00e8me, c\u2019est que pour le moment personne n\u2019est parvenu \u00e0 reproduire le syst\u00e8me Terre en laboratoire pour y conduire des exp\u00e9riences en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Ensuite, pas un mot sur le syst\u00e8me social o\u00f9 se d\u00e9veloppe aujourd\u2019hui la crise \u00e9cologique : le capitalisme (un mot que je n\u2019ai pas entendu une seule fois dans les deux semaines pass\u00e9e dans l\u2019enceinte de la COP21). Jamais \u00e9voqu\u00e9e, enfin, la rationalit\u00e9 \u00e9conomique qui sous-tend notre mod\u00e8le climaticide : le productivisme et son corollaire, le libre-\u00e9change. Et pendant que Fran\u00e7ois Hollande exhortait ses partenaires \u00e0 aller <em>\u00ab plus loin que les promesses \u00bb<\/em> \u00e0 la tribune de l\u2019ONU, les discussions sur le trait\u00e9 de libre-\u00e9change transatlantique (TAFTA\/TTIP) se poursuivaient tranquillement sous la houlette de Barack Obama, qui ne semble pas y voir la moindre contradiction avec l\u2019objectif \u00e9nonc\u00e9 par l\u2019accord de Paris.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas une surprise si, finalement, l\u2019accord ne contient aucune politique publique concr\u00e8te, n\u2019\u00e9dicte aucune norme pr\u00e9cise (car il faudrait dans ce cas apporter des restrictions drastiques \u00e0 la douce libert\u00e9 de commercer), ne fixe aucun objectif clair en termes d\u2019\u00e9nergies renouvelables (une solution pourtant indispensable : il faudrait que la plan\u00e8te soit pass\u00e9e \u00e0 100% d\u2019\u00e9nergies renouvelables d\u2019ici 2050 pour rester dans les clous) et se d\u00e9ploie dans une format non-contraignant juridiquement. Les bases de l\u2019effort climatique resteront en effet les fameuses &#8220;INDC&#8221;, \u00e0 savoir les contributions domestiques de chaque pays et que chacun fixe librement. La chose amusante, c\u2019est que les INDC pos\u00e9s sur la table lors de la COP21 nous laissent sur une trajectoire de +3\u00b0C d\u2019ici la fin du si\u00e8cle, au mieux.<\/p>\n<h2>Concurrence \u00e9conomique contre r\u00e9ponse globale<\/h2>\n<p>Quant aux financements pr\u00e9vus pour aider les pays du Sud \u2013 qui risquent de dispara\u00eetre de la carte sous la mont\u00e9e des eaux et qui essuient d\u00e9j\u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques extr\u00eames ayant caus\u00e9 plusieurs milliers de victimes \u2013, ils ne sont pas au rendez-vous : si l\u2019objectif de collecter 100 milliards par an a \u00e9t\u00e9 maintenu (une ambition qui date de Copenhague), les choses demeurent tr\u00e8s vagues sur le m\u00e9canisme qui permettra de les mobiliser. Et la somme n\u2019est pas \u00e0 la hauteur. Selon Oxfam, les pays en d\u00e9veloppement vont en effet avoir besoin d\u2019environ 800 milliards par an d\u2019ici \u00e0 2050.<\/p>\n<p>Or si les coupables de la crise \u00e9cologique n\u2019aident pas les pays pauvres \u00e0 se d\u00e9velopper de mani\u00e8re \u00e9cologiquement responsables, ceux-ci n\u2019auront tout simplement pas les moyens de le faire. Il faut donc briser les structures concurrentielles du capitalisme international. Aujourd\u2019hui, les modalit\u00e9s de la solidarit\u00e9 climatique internationale esquiss\u00e9e par l\u2019Accord de Paris sont sujettes \u00e0 controverse. Pourquoi ? D\u2019abord, parce que les pays riches ont bien du mal \u00e0 reconna\u00eetre leur dette \u00e9cologique et que, concurrence internationale oblige, ils ne veulent pas grever leurs d\u00e9penses publiques sans un effort comparable de leurs voisins. Ensuite, parce que les pays riches voient &#8220;l\u2019adaptation&#8221; comme synonyme de nouveaux march\u00e9s pour leurs technologies et qu\u2019ils veulent donc contr\u00f4ler l\u2019allocation des fonds distribu\u00e9s (afin par exemple qu\u2019ils aillent dans la poche de leur compagnie qui va d\u00e9velopper tel parc solaire). Une ing\u00e9rence refus\u00e9e \u00e0 juste titre par les pays vuln\u00e9rables, qui souhaitent organiser leur politique \u00e9cologique comme ils l\u2019entendent et d\u00e9velopper leur propre tissu \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Rien n\u2019est donc vraiment r\u00e9gl\u00e9. Et l\u2019agenda climatique international ressemble pour l\u2019instant \u00e0 une grande c\u00e9r\u00e9monie de la procrastination \u00e9lev\u00e9e \u00e0 un niveau syst\u00e9mique. C\u2019est d\u2019ailleurs la seule &#8220;avanc\u00e9e&#8221; que stabilise vraiment l\u2019accord : l\u2019obligation pour les parties de se revoir en 2018 pour discuter de leurs INDC, et si possible les r\u00e9\u00e9valuer \u00e0 la hausse. Ils devront se voir tous les cinq ans. Mani\u00e8re de r\u00e9gulariser une espace de discussion commun et de maintenir le sujet \u00e0 l\u2019agenda international. <\/p>\n<p>Pourquoi une telle procrastination ? Peut-\u00eatre parce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019agenda climatique est avant toute chose un agenda \u00e9conomique et que les dirigeants du monde libre ne sont pas pr\u00eats, pour le moment, \u00e0 r\u00e9former l\u2019ordre social dont ils sont issus et qui les a port\u00e9 au pouvoir.<\/p>\n<h2>L\u2019exemplarit\u00e9 fran\u00e7aise aux abonn\u00e9s absents<\/h2>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, la COP 21 reste sous pr\u00e9sidence fran\u00e7aise \u2013 S\u00e9gol\u00e8ne Royal a remplac\u00e9 Laurent Fabius. Et Fran\u00e7ois Hollande de d\u00e9clarer \u00e0 New York, fort opportun\u00e9ment : <em>\u00ab Nous devons aller plus loin, au-del\u00e0 des promesses qui ont \u00e9t\u00e9 faites, des engagements qui ont \u00e9t\u00e9 pris, et faire que nos d\u00e9clarations deviennent des actes \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que la France a pr\u00e9cis\u00e9ment oubli\u00e9 de s\u2019engager dans une transition \u00e9cologique. Des actes, parlons-en. Une loi Transition \u00e9nerg\u00e9tique (loi TE) a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Mais \u00e0 ce jour, seul 35 d\u00e9crets d\u2019application, sur une centaine, ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Pire : la programmation pluriannuelle de l\u2019\u00e9nergie (PPE), qui doit traduire les 164 mesures de la loi en politiques publiques effectives, n\u2019a toujours pas vu le jour. On a m\u00eame appris qu\u2019elle ne comporterait pas de volet nucl\u00e9aire pour l\u2019instant \u2013 alors que la loi TE pr\u00e9voit de passer de 80% du mix \u00e9lectrique \u00e0 50% d\u2019ici 2025, ce qui implique selon la Cour des comptes de fermer une vingtaine de r\u00e9acteurs sur les 58 que compte le parc fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Sauf qu\u2019en plus de devenir de plus en plus co\u00fbteuse, l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire (dont les 80% du mix \u00e9lectrique fran\u00e7ais constiituent un record mondial) bloque compl\u00e8tement le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables dans le pays, faute de place sur march\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie. En outre, l\u2019ent\u00eatement dans l\u2019impasse nucl\u00e9aire, symbolis\u00e9 par exemple par des projets comme Hinkley Point (construction de deux r\u00e9acteurs EPR en Angleterre), pr\u00e9cipite EDF vers un <a href=\"http:\/\/energie-climat.greenpeace.fr\/edf-la-desherence\">&#8220;effet de falaise&#8221; qui pourrait entra\u00eener sa faillite<\/a>. Au lieu de d\u2019entamer s\u00e9rieusement sa r\u00e9orientation industrielle dans le d\u00e9mant\u00e8lement des centrales (qui deviennent dangereuses, surtout dans un contexte de menace terroriste accrue) et le d\u00e9veloppement technologique des \u00e9nergies renouvelables, l\u2019\u00e9nerg\u00e9ticien fran\u00e7ais va devoir d\u00e9bourser 260 milliards d\u2019euros environ pour la prolongation de son parc vieillissant. Cela alors m\u00eame qu\u2019EDF est d\u00e9j\u00e0 endett\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 66 milliards. R\u00e9sultat : le niveau des investissements dans les ENR stagne en France \u2013 il a m\u00eame chut\u00e9 sur la p\u00e9riode 2014-2015 \u2013 quand il augmente prodigieusement partout ailleurs dans le monde (300 milliards d\u2019euros \u00e0 travers le monde en 2015).<\/p>\n<h2>Changer de soci\u00e9t\u00e9 et de temporalit\u00e9 politique<\/h2>\n<p>Par ailleurs, aucune r\u00e9forme fiscale d\u2019ampleur n\u2019a vu le jour (la taxe \u00e9cologique a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e en rase campagne), aucun plan infrastructurel pour emmener le pays vers l\u2019efficacit\u00e9 et la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tiques n\u2019a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 (pour cela, il faudrait en finir avec l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 des trait\u00e9s europ\u00e9ens qui emp\u00eache tout investissement public massif) ni de r\u00e9forme des modes de transport. Pire, le gouvernement s\u2019ent\u00eate dans un projet embl\u00e9matique du vieux monde consum\u00e9riste, domin\u00e9 par des grands groupes capitalistes (ici : Vinci) et les grands projets inutiles, insensibles aux effets climatiques du carbone : l\u2019a\u00e9roport de Notre-Dame-des-Landes, avec un bricolage r\u00e9f\u00e9rendaire inacceptable, comme si le r\u00e9chauffement climatique n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019un enjeu local et non pas global.<\/p>\n<p>Ce sont les bases et les normes de notre soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il faudrait changer. Pour aller vers le partage \u00e9quitable des ressources et l\u2019appr\u00e9hension rationnelle du temps long qui, comme cela se produit dans de rares moments de l\u2019histoire, refait surface aujourd\u2019hui. C\u2019est ce qu\u2019un gouvernement de gauche aurait pu faire s\u2019il avait gagn\u00e9 les \u00e9lections.<\/p>\n<p>Au lieu de \u00e7a, la course au profit symbolis\u00e9e par les paresseuses politiques de l\u2019offre poursuit sa litanie et la classe politique le tempo court-termiste de sa r\u00e9\u00e9lection sempiternelle. Son agenda individualiste n\u2019est plus celui de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, lequel ne peut plus se penser en dehors des perspectives trac\u00e9es dans le temps long, ce temps que sonde le GIEC et non l\u2019Ifop ou Opinion Way. Car, sans verser dans l\u2019alarmisme : les ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9ologiques fonctionnant par seuils, ob\u00e9issant \u00e0 des mouvements compos\u00e9s d\u2019une grande inertie et de multiples r\u00e9actions en cha\u00eene, il est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 trop tard. Nul ne le sait. Mais une chose est s\u00fbre : l\u2019urgence est l\u00e0. Et le mois de mars 2016 a \u00e9t\u00e9 le plus chaud jamais enregistr\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est quand il aura compris cela que Manuel Valls pourra enfin pr\u00e9tendre faire partie du <em>\u00ab gouvernement le plus \u00e9cologique qui ait jamais exist\u00e9 \u00bb<\/em> sans avoir l\u2019air d\u2019un clown.<\/p>\n<p>Pour suivre Cl\u00e9ment S\u00e9n\u00e9chal sur Twitter : <a href=\"https:\/\/twitter.com\/clemsenechal?lang=fr\">@clemsenechal<\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9630 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"don_insert.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 New York, la signature de l&#8217;Accord de Paris a marqu\u00e9 une \u00e9tape symbolique majeure apr\u00e8s la COP21. 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