{"id":9608,"date":"2016-04-25T11:18:50","date_gmt":"2016-04-25T09:18:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-benjamin-lemoine-une-relation\/"},"modified":"2023-06-23T23:21:58","modified_gmt":"2023-06-23T21:21:58","slug":"article-benjamin-lemoine-une-relation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9608","title":{"rendered":"Benjamin Lemoine : \u00ab Une relation sadomasochiste s&#8217;est install\u00e9e entre les march\u00e9s financiers et l&#8217;\u00c9tat \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le FMI menace \u00e0 nouveau la Gr\u00e8ce de r\u00e9torsions en raison de sa dette souveraine. Mais justement, comment la dette est-elle devenue un enjeu politique et \u00e9conomique ? C&#8217;est l&#8217;histoire que retrace Benjamin Lemoine dans un grand livre de sociologie critique.<\/p>\n<p>Benjamin Lemoine est sociologue, chercheur au CNRS et \u00e0 l\u2019Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO \u2013 universit\u00e9 Paris-Dauphine). Il vient de publier <em>L&#8217;ordre de la dette. Enqu\u00eate sur les infortunes de l\u2019\u00c9tat et la prosp\u00e9rit\u00e9 des march\u00e9s<\/em> (La D\u00e9couverte).<br \/>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-sommes-nous\/article\/soutenez-regards\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-23118\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/don_insert-601.png\" alt=\"don_insert.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"210\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Regards. Pourquoi remonter \u00e0 l&#8217;histoire de l&#8217;apr\u00e8s-guerre pour repenser le probl\u00e8me de la dette ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Benjamin Lemoine.<\/strong> C\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que l\u2019on retrouve une configuration politique et \u00e9conomique renvers\u00e9e par rapport \u00e0 aujourd&#8217;hui. Le pouvoir d&#8217;\u00c9tat, au sortir du second conflit mondial, entend en effet r\u00e9tablir le plein emploi, red\u00e9velopper l&#8217;industrie, assurer ou m\u00eame inventer de nouvelles formes de protections sociales. D\u00e8s lors, pour financer ces investissements tr\u00e8s lourds, il ne saurait \u00eatre question de faire d\u00e9pendre la tr\u00e9sorerie de l&#8217;\u00c9tat de la volatilit\u00e9 des march\u00e9s. La technocratie de l\u2019\u00e9poque installe un syst\u00e8me centralis\u00e9 et public de collecte des liquidit\u00e9s et de contr\u00f4le politique de la monnaie. Le &#8220;circuit du Tr\u00e9sor&#8221; coordonne un p\u00f4le financier et bancaire public mais aussi des entreprises publiques, des \u00e9tablissements publics et des particuliers qui d\u00e9posent leurs ressources sur le compte du Tr\u00e9sor \u00e0 la Banque de France. La gestion de ces d\u00e9p\u00f4ts et le r\u00e8glement des d\u00e9penses de ces agents par le Tr\u00e9sor instituent, de fait, un \u00c9tat qui se retrouve en position de banquier de l\u2019\u00e9conomie nationale. De m\u00eame, \u00e0 travers des proc\u00e9d\u00e9s r\u00e9glementaires, les banques sont tenues de souscrire aux bons du Tr\u00e9sor \u00e0 court terme, ce qui procure des ressources de tr\u00e9sorerie r\u00e9guli\u00e8res et s\u00e9curis\u00e9es. C&#8217;est en ce sens que l&#8217;\u00c9tat n&#8217;est pas tenu de recourir au march\u00e9 (dont il tend par ailleurs, de ce fait, \u00e0 entraver le d\u00e9veloppement), pour financer ses d\u00e9couverts. <\/p>\n<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui a chang\u00e9, depuis ? <\/strong><\/p>\n<p>Le sens m\u00eame conf\u00e9r\u00e9 au terme de dette. Tant que ces dispositifs de financement administr\u00e9s sont en place, tout se passe comme si l&#8217;\u00c9tat s&#8217;endettait aupr\u00e8s de lui-m\u00eame. Avec les r\u00e9formes mon\u00e9taires, budg\u00e9taires et institutionnelles qui d\u00e9mant\u00e8lent ces proc\u00e9dures et le statut public de ces \u00e9tablissements \u2013 les banques revendiquent et acqui\u00e8rent progressivement une plus grande autonomie \u2013, une fronti\u00e8re plus nette entre \u00c9tat-d\u00e9biteur et cr\u00e9anciers priv\u00e9s se stabilise \u00e0 nouveau. Des dispositifs techniques vont reconstruire et ent\u00e9riner cette fronti\u00e8re entre argent public et argent priv\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1960. C\u2019est le cas de l&#8217;adjudication, les s\u00e9ances ponctuelles de vente aux ench\u00e8res de bons du Tr\u00e9sor, qui vient se substituer \u00e0 un syst\u00e8me qui fonctionnait \u00e0 &#8220;robinets ouverts&#8221; avec ce syst\u00e8me de souscription obligatoire par les banques. En 1946, l\u2019administration des Finances voulait \u2013 selon l&#8217;expression de son plus \u00e9minent repr\u00e9sentant, Fran\u00e7ois Bloch-Lain\u00e9 \u2013 <em>\u00ab transformer des liquidit\u00e9s en barrage \u00bb<\/em>. La m\u00eame administration, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, cherchera au contraire \u00e0 promouvoir ce qu&#8217;on appelle la &#8220;liquidit\u00e9&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire la maximisation des flux de profits issus de produits financiers mis sur le march\u00e9.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Il faut interroger la mani\u00e8re dont les agents de la financiarisation ont historiquement construit le probl\u00e8me de la dette et colonis\u00e9 la question du financement de l&#8217;\u00c9tat et de ses d\u00e9penses \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Dans quel contexte s&#8217;op\u00e8re ce changement ?<\/strong><\/p>\n<p>Celui d&#8217;un renversement du sens commun des acteurs. L\u00e0 encore, un grand serviteur de l&#8217;\u00c9tat comme Bloch-Lain\u00e9 s&#8217;inscrit en r\u00e9alit\u00e9 moins dans un clivage gauche \/ droite que dans une forme d\u2019\u00e9vidence partag\u00e9e : celui d&#8217;un \u00e9tat d&#8217;urgence \u00e9conomique. Dans l&#8217;atmosph\u00e8re quasi-insurrectionnelle de la Lib\u00e9ration, les hauts fonctionnaires de l&#8217;\u00c9tat ne manifestent pas seulement une m\u00e9fiance envers les patrons des banques et de grandes entreprises, suspectes d&#8217;avoir collabor\u00e9 avec l&#8217;Allemagne nazie. Pour eux, la d\u00e9flation, le dogme de l&#8217;orthodoxie financi\u00e8re et budg\u00e9taire, la relative non-intervention de l&#8217;\u00c9tat dans l&#8217;entre-deux guerre sont les v\u00e9ritables responsables de la faillite du pays. Leur hantise premi\u00e8re reste le &#8220;mur de l&#8217;argent&#8221; des ann\u00e9es 30, et ils cherchent donc \u00e0 donner l&#8217;avantage au Tr\u00e9sor, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 la puissance publique, dans la r\u00e9partition et le contr\u00f4le des richesses nationales. Il faut aussi rappeler \u2013 et c&#8217;est \u00e9videmment moins glorieux \u2013 que l&#8217;administration reconduit et d\u00e9tourne \u00e0 d\u2019autres finalit\u00e9s un dirigisme financier, auquel le r\u00e9gime de Vichy avait d\u00fb se plier pour collecter les indemnit\u00e9s de guerre exig\u00e9es par l&#8217;Allemagne. <\/p>\n<p><strong>Cette p\u00e9riode constitue un moment \u00e0 part\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Les imm\u00e9diates ann\u00e9es d&#8217;apr\u00e8s-guerre apparaissent comme une parenth\u00e8se h\u00e9t\u00e9rodoxe au regard de la tradition lib\u00e9rale. C&#8217;est la raison pour laquelle les voix d&#8217;\u00e9conomistes plus orthodoxes, comme Jacques Rueff, vont pouvoir se faire \u00e0 nouveau entendre, \u00e0 mesure que le sentiment d\u2019urgence de l\u2019apr\u00e8s-guerre ou de m\u00e9moire des d\u00e9boires de l\u2019entre-deux-guerres s&#8217;efface, et que la France renoue avec la prosp\u00e9rit\u00e9. Les \u00e9conomistes orthodoxes vont plaider pour un retour \u00e0 ce qui est pour eux l&#8217;ordre naturel des choses : une \u00e9conomie tir\u00e9e et un cr\u00e9dit r\u00e9gul\u00e9 non pas par l\u2019\u00c9tat, mais par des m\u00e9canismes de march\u00e9. <\/p>\n<p><strong>Faire l&#8217;histoire et la sociologie de ce nouveau consensus, c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 le contester ?<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;histoire fonctionne ici comme un laboratoire de critique du pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019aune des exp\u00e9rimentations pass\u00e9es. La vis\u00e9e ne peut \u00eatre de restaurer le pass\u00e9, mais de d\u00e9stabiliser l&#8217;\u00e9vidence de l&#8217;ordre \u00e9tabli, celle de la logique du march\u00e9 et de la raison financi\u00e8re. Le mot m\u00eame de finance \u2013 la &#8220;finance&#8221; \u2013 est aujourd&#8217;hui si \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 la financiarisation de l&#8217;\u00e9conomie, qu&#8217;il est devenu impossible d&#8217;imaginer d&#8217;autres modes de financement de l&#8217;\u00c9tat, ou m\u00eame d\u2019agencement des activit\u00e9s financi\u00e8res d\u2019une \u00e9conomie (la distribution du cr\u00e9dit et le gouvernement de la monnaie) que le passage par les march\u00e9s de capitaux priv\u00e9s. Or c&#8217;est ce qu&#8217;il faut envisager si l&#8217;on veut imaginer, au-del\u00e0 de la question de l&#8217;annulation de la dette, qui <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/pourquoi-la-grece-et-le-fmi-s-opposent-frontalement-561701.html\">se pose pour la Gr\u00e8ce notamment<\/a>, un syst\u00e8me alternatif et collectivement viable. Il faut donc interroger la mani\u00e8re dont les agents de cette financiarisation ont historiquement construit la repr\u00e9sentation du probl\u00e8me de la dette et colonis\u00e9 la question du financement de l&#8217;\u00c9tat et de ses d\u00e9penses.  <\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Les hauts fonctionnaires socialistes qui hantent les lieux de pouvoir opposent l\u2019option de &#8220;l\u2019isolement&#8221; international \u00e0 celle de la &#8220;modernit\u00e9&#8221; financi\u00e8re \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Il y a une transformation des pratiques, mais aussi  des id\u00e9ologies ? <\/strong><\/p>\n<p>Oui. Par exemple, lors de cette parenth\u00e8se h\u00e9t\u00e9rodoxe de l&#8217;apr\u00e8s-guerre, la direction du Tr\u00e9sor faisait du keyn\u00e9sianisme sans le savoir ou sans l\u2019expliciter. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on naturelle d\u2019agir. Ces repr\u00e9sentations, port\u00e9es y compris \u00e0 cette p\u00e9riode au sein de la direction du Tr\u00e9sor \u2013 qui a toujours \u00e9t\u00e9, selon l\u2019expression de Pierre Bourdieu, la &#8220;main droite&#8221;, lib\u00e9rale, de l\u2019\u00c9tat \u2013 tendaient \u00e0 s&#8217;imposer \u00e0 l\u2019ensemble de la noblesse d&#8217;\u00c9tat \u00e0 travers les enseignements que les grandes figures comme Bloch-Lain\u00e9 dispensaient \u00e0 Sciences-Po, afin de former les futurs \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;ENA et hauts fonctionnaires. Aujourd&#8217;hui, ces lieux de formation ont aussi fait leur mue en en int\u00e9grant les normes de la finance priv\u00e9e. D\u2019ailleurs, d\u00e9sormais, les profils d\u2019ing\u00e9nieur-\u00e9conomiste (pass\u00e9s par Polytechnique ou l&#8217;ENSAE et form\u00e9s aux math\u00e9matiques financi\u00e8res), qui ressemblent aux &#8220;quant\u2019&#8221; (pour analyste quantitatif)  des march\u00e9s financiers, sont fortement valoris\u00e9s au sein de l\u2019\u00c9tat comme sur la place financi\u00e8re. Ce glissement quant aux conceptions l\u00e9gitimes de l\u2019action sur l\u2019\u00e9conomie s&#8217;observe \u00e9galement au sein d&#8217;organismes publics comme l&#8217;INSEE, ou la direction de la pr\u00e9vision, dont les outils, \u00e0 l\u2019image de la comptabilit\u00e9 nationale, sont enr\u00f4l\u00e9s dans le contr\u00f4le et la surveillance budg\u00e9taire des \u00c9tats, en lien avec les normes europ\u00e9ennes, plut\u00f4t que dans les exercices de planification ou de pr\u00e9vision macro-\u00e9conomique \u00e0 long terme, qui mesurent les effets macro-\u00e9conomiques des investissements publics. <\/p>\n<p><strong>Mais c&#8217;est aussi vrai, et spectaculaire, du c\u00f4t\u00e9 des politiques\u2026 <\/strong><\/p>\n<p>Ce sera d&#8217;autant plus spectaculaire lorsqu\u2019un gouvernement socialiste se convertit \u00e0 l\u2019orthodoxie mon\u00e9taire et budg\u00e9taire, port\u00e9e par la technostructure. Le gouvernement socialiste, qui arrive au pouvoir avec un plan de relance et la volont\u00e9 de soutenir la d\u00e9pense sociale, se heurte \u00e0 des hauts fonctionnaires socialistes qui hantent les lieux de pouvoir (Bercy bien s\u00fbr, mais aussi Matignon et l&#8217;\u00c9lys\u00e9e). Ils opposent alors l\u2019option de &#8220;l\u2019isolement&#8221; international \u00e0 celle de la &#8220;modernit\u00e9&#8221; financi\u00e8re, en excluant toute entreprise de r\u00e9forme de cet ordre international. Quand des dirigeants socialistes se retournent vers des haut fonctionnaires, tel que Jean-Yves Haberer, dont le r\u00f4le est d\u00e9terminant, ceux-ci les dissuaderont de recourir \u00e0 des outils de financement administr\u00e9s qu&#8217;ils jugent &#8220;archa\u00efques&#8221; pour combler les d\u00e9ficits. Le retournement spectaculaire d&#8217;un ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances comme Pierre B\u00e9r\u00e9govoy, issu de la classe ouvri\u00e8re, se fait de bonne foi, sur le mode du converti. Ses dispositions nouvelles sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la position qu\u2019il occupe au sein de l&#8217;appareil d&#8217;\u00c9tat. Il se fait le porte-parole de son administration, au point de devenir m\u00e9connaissable, y compris m\u00eame pour un proche, Fran\u00e7ois Mitterrand. <\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab L&#8217;\u00c9tat, en entrant en concurrence avec les autres \u00c9tats pour proposer des produits financiers concurrentiels, se soumet \u00e0 la loi du march\u00e9 et \u00e0 ses crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Cette conversion s&#8217;inscrit aussi dans le cadre de la &#8220;mondialisation&#8221; et de l&#8217;Union europ\u00e9enne&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;apport du livre est de montrer, \u00e0 l\u2019aune du cas fran\u00e7ais, que la mondialisation financi\u00e8re est aussi, \u00e9tape apr\u00e8s \u00e9tape, le produit de d\u00e9cisions des pouvoirs publics qui parfois m\u00eame anticipent les grandes tendances de l&#8217;\u00e9conomie internationale et les naturalisent. C\u2019est le cas du d\u00e9mant\u00e8lement du circuit du Tr\u00e9sor au nom de l\u2019inflation, d\u00e9cision effectivement en majorit\u00e9 nationale dans les ann\u00e9es 1960, alors m\u00eame que l\u2019inflation est contenue autour de 6% dans cette d\u00e9cennie (contrairement au taux \u00e0 deux chiffres des ann\u00e9es 1970). Montrer le caract\u00e8re endog\u00e8ne, interne, de ces mutations montre que ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme &#8220;la contrainte internationale&#8221;, qui tomberait du ciel et \u00e9chapperait \u00e0 toute forme de conflit, est en fait le r\u00e9sultat de luttes au sein des champs bureaucratiques nationaux, et est donc r\u00e9versible.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00c9tat est-il devenu un acteur financier comme les autres ? <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s lors que l&#8217;\u00c9tat devient un acteur comme les autres, et renonce \u00e0 ses pr\u00e9rogatives exceptionnelles sur le plan juridique (la dette administr\u00e9e), il n&#8217;est pas simplement d\u00e9pendant des march\u00e9s. En entrant en concurrence avec les autres \u00c9tats pour proposer des produits financiers concurrentiels, il se soumet \u00e9galement \u00e0 la loi du march\u00e9 et \u00e0 ses crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation du bon et du mauvais en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique. C&#8217;est en ce sens qu&#8217;il se trouve asservi \u00e0 des \u00e9valuations comme celle des agences de notation, de la Commission europ\u00e9enne ou du FMI, qui lui imposent des crit\u00e8res comme l&#8217;indicateur de la soutenabilit\u00e9 de la dette. Ce m\u00e9canisme est donc structurellement d\u00e9favorable. Et il ne suffit pas d\u2019affirmer que, par principe, \u00ab l&#8217;\u00c9tat n&#8217;est pas un agent \u00e9conomique comme un autre \u00bb, si l&#8217;on ne r\u00e9installe pas les instruments qui permettent effectivement de faire advenir un \u00c9tat qui peut en partie \u00e9chapper aux exigences et forces de march\u00e9. <\/p>\n<p><strong>Comment sortir de cercle vicieux ?<\/strong><\/p>\n<p>Le sous-titre de mon livre (<em>Enqu\u00eate sur les infortunes de l&#8217;\u00c9tat<\/em>, une allusion aux &#8220;infortunes de la vertu&#8221; de Sade) est aussi une fa\u00e7on de faire comprendre au public qu\u2019il faut interroger la relation d\u00e9biteur-cr\u00e9ancier, telle qu\u2019elle existe aujourd\u2019hui. L\u2019\u00c9tat ne s\u2019oppose pas aux march\u00e9s financiers, il a d\u2019ailleurs reconstruit leur p\u00e9rim\u00e8tre et leur l\u00e9gitimit\u00e9. Mais une relation quasi &#8220;sadomasochiste&#8221; s\u2019est install\u00e9e \u2013 et il faudrait sociologiser ici des intuitions de la psychanalyse \u2013 o\u00f9 un des deux acteurs de la relation se voit d&#8217;autant plus expos\u00e9 \u00e0 subir des contraintes, des violences redoubl\u00e9es, voire des humiliations qu&#8217;il a volontairement &#8220;pass\u00e9 un contrat&#8221; et s&#8217;enferre dans une relation de soumission. Si cette relation para\u00eet s\u2019\u00e9quilibrer aux yeux des hauts fonctionnaires et des banquiers commerciaux, car il existe un dosage des s\u00e9vices et des services rendus de part et d\u2019autre, la perversit\u00e9 de cette relation entre l\u2019\u00c9tat et les march\u00e9s tient au fait que le citoyen est plac\u00e9 en position d&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9. C\u2019est bien cette structure relationnelle, o\u00f9 le champ du pouvoir \u00e9tatico-financier est devenu propri\u00e9taire du probl\u00e8me public de la dette, qu\u2019il faut mettre \u00e0 l\u2019agenda politique. Car cette question se posera quelle que soit l\u2019\u00e9chelle de gouvernement consid\u00e9r\u00e9e : nationale, europ\u00e9enne, internationale.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9608 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/lemoine-livre-e71.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/lemoine-livre-e71-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lemoine-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/lemoine-home-fc2.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/lemoine-home-fc2-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lemoine-home.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/don_insert-393-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"don_insert.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le FMI menace \u00e0 nouveau la Gr\u00e8ce de r\u00e9torsions en raison de sa dette souveraine. Mais justement, comment la dette est-elle devenue un enjeu politique et \u00e9conomique ? 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