{"id":959,"date":"1998-05-01T00:00:00","date_gmt":"1998-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/images-contemporaines959\/"},"modified":"1998-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-04-30T22:00:00","slug":"images-contemporaines959","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=959","title":{"rendered":"Images contemporaines"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9couverte et prospection sont les ma\u00eetres mots de la Biennale de l&#8217;image Paris 98 qui s&#8217;ouvre ce mois-ci \u00e0 l&#8217;Ecole nationale sup\u00e9rieure des Beaux-Arts. R\u00e9gis Durand (1), son initiateur et commissaire, en parcourt avec nous le sens et les objectifs \u00e0 moyen terme. <\/p>\n<p>Mon point de vue a toujours \u00e9t\u00e9 que la photographie devait se lire dans le champ g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;image. Et lorsqu&#8217;on m&#8217;a propos\u00e9 de faire une Biennale de photographie, j&#8217;ai tout de suite pens\u00e9 qu&#8217;il fallait faire une Biennale de l&#8217;image.&#8221; Dans les locaux transform\u00e9s en ruche du Centre national de la photographie, R\u00e9gis Durand, universitaire, critique d&#8217;art &#8211; on se souvient de ses chroniques dans Art Press -, auteur d&#8217;ouvrages, qui assura de 1992 \u00e0 1996 la direction artistique du Printemps de Cahors, assoit tranquillement un propos d\u00e9j\u00e0 longuement explor\u00e9 dans le Monde apr\u00e8s la photographie, essai et exposition pr\u00e9sent\u00e9s au Mus\u00e9e d&#8217;art moderne de Villeneuve d&#8217;Ascq il y a trois ans de cela: &#8221; Le Monde apr\u00e8s la photographie, c&#8217;\u00e9tait une fa\u00e7on d&#8217;analyser comment la photographie s&#8217;\u00e9tait inscrite dans une histoire de l&#8217;art contemporain. Le probl\u00e8me aujourd&#8217;hui n&#8217;est plus celui de cat\u00e9gories \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la photographie. Certains essaient parfois d&#8217;opposer artificiellement photographie documentaire et photographie plasticienne, mais cela ne me semble pas pr\u00e9senter un grand int\u00e9r\u00eat. Aujourd&#8217;hui, le probl\u00e8me est ailleurs. Il est dans une perception dans le champ des images. Et dans celui-ci il y a la vid\u00e9o, les installations, les images num\u00e9riques ou de synth\u00e8se, le cin\u00e9ma, bien s\u00fbr, qui est devenu essentiel, et&#8230;la photographie. La photographie qui est toujours tr\u00e8s importante, tr\u00e8s vivante, m\u00eame si technologiquement elle a atteint son point d&#8217;obsolescence, y occupe une place de choix. Mais une place contextualis\u00e9e. Une place parmi toutes les autres images qui nous entourent. C&#8217;est pour moi un point capital. Qu&#8217;elle soit produite par un appareil photo, une cam\u00e9ra ou un ordinateur, argentique ou num\u00e9rique, l&#8217;image est ici un champ de travail, \u00e0 la fois un mat\u00e9riau et un mode d&#8217;\u00e9criture, lieu de confrontation entre une archive, des r\u00e9f\u00e9rences au r\u00e9el, et une capacit\u00e9 d&#8217;invention formelle. Elle d\u00e9finit un espace de cr\u00e9ation qui ne prend pas comme r\u00e9f\u00e9rence &#8211; explicite ou implicite &#8211; la peinture ou la photographie, et \u00e0 travers elles un syst\u00e8me constitu\u00e9 des Beaux-Arts.&#8221;Voil\u00e0, r\u00e9sum\u00e9, pour l&#8217;argumentaire. La ligne g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;image, un champ de travail, \u00e0 la fois mat\u00e9riau et mode d&#8217;\u00e9criture  <\/strong><\/p>\n<p>Une fois ce positionnement acquis, c&#8217;est sur le caract\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment prospectif de la manifestation que R\u00e9gis Durand souhaite insister: &#8221; En fait, il existe d\u00e9j\u00e0 nombre de manifestations internationales prestigieuses pour pr\u00e9senter toujours les m\u00eames jeunes stars du moment. Alors j&#8217;ai pens\u00e9 qu&#8217;il fallait prendre un parti peut-\u00eatre plus limit\u00e9, mais aussi plus radical en un sens, et en faire une Biennale de d\u00e9couverte, enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers la jeune cr\u00e9ation. Donc on cherche \u00e0 pr\u00e9senter des travaux qui ne sont pas encore consacr\u00e9s, qui n&#8217;ont pas fait l&#8217;objet d&#8217;une grande diffusion en France, et ceci particuli\u00e8rement pour les artistes \u00e9trangers. Nous nous comportons un peu comme des explorateurs et cela me semble important dans le contexte actuel de l&#8217;art contemporain de faire le choix d&#8217;oeuvres en pleine expansion, preuve chez les jeunes artistes d&#8217;une vitalit\u00e9 extraordinaire, et cela dans un contexte structur\u00e9, qui montre que tout cela a du sens, que \u00e7a n&#8217;est pas n&#8217;importe quoi, que ce sont des choses r\u00e9fl\u00e9chies sur lesquelles on peut construire du solide. Politiquement, au sens large du terme, cela me semble essentiel.&#8221; Autour de lui, R\u00e9gis Durand a r\u00e9uni un petit groupe de connaisseurs, pour la plupart de jeunes conservateurs ind\u00e9pendants choisis notamment pour leur ouverture sur l&#8217;\u00e9tranger. Julie Sauerwein, Hou Hanru, Adriaan Himmelrich et C\u00e9cil Bourne, transfuges l&#8217;un de l&#8217;Institut n\u00e9erlandais, l&#8217;autre du Mus\u00e9e d&#8217;art moderne, Yann Beauvais (pour la programmation cin\u00e9ma), Lewis Baltz, &#8220;un artiste d\u00e9j\u00e0 assez connu&#8221;, sans oublier Alfred Pacquement lui-m\u00eame, directeur de l&#8217;ENSBA.<\/p>\n<p> <strong> La pens\u00e9e suit ses chemins, puis revient sur un axe central, la temporalit\u00e9  <\/strong><\/p>\n<p>Ensemble, ils d\u00e9cident d&#8217;inviter trente et un artistes de treize nationalit\u00e9s, majoritairement des femmes (&#8221; l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une cr\u00e9ation f\u00e9minine tr\u00e8s active est une des caract\u00e9ristiques de la situation actuelle, contrairement \u00e0 ce qui se passait il y a dix ou quinze ans&#8221;), et d&#8217;un \u00e2ge moyen de trente-deux ans (&#8220;La question de l&#8217;\u00e2ge, je n&#8217;en fais pas un f\u00e9tiche.simplement nous saisissons les artistes au moment o\u00f9 leur travail atteint \u00e0 une premi\u00e8re forme de maturit\u00e9&#8221;).&#8221;A un moment, j&#8217;avais d\u00e9cid\u00e9 qu&#8217;il fallait un th\u00e8me, et que ce th\u00e8me, d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, devait \u00eatre celui du temps. Comme point de d\u00e9part, je ne voulais pas d&#8217;un texte ou d&#8217;une figure de la philosophie qui soit trop programmatique et me maintienne dans une ligne stricte. Par exemple, j&#8217;aurais pu faire un propos bergsonien, mais je ne voulais pas de \u00e7a. Un jour en relisant l&#8217;Ulysse, de Joyce, j&#8217;ai retrouv\u00e9 ce passage o\u00f9 Stephen Dedalus m\u00e9dite sur l'&#8221;in\u00e9luctable modalit\u00e9&#8221; du visible (le titre de la manifestation, &#8221; De tr\u00e8s courts espaces de temps &#8220;, est emprunt\u00e9 \u00e0 ce passage), et j&#8217;ai trouv\u00e9 qu&#8217;il parlait de choses qui me semblaient concerner directement le rapport que beaucoup d&#8217;artistes ont au temps, la mani\u00e8re dont le temps passe dans leurs oeuvres, avec tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration, de ralentissement, de rupture, d&#8217;expansion. Je me suis dit qu&#8217;il y avait l\u00e0 un point de d\u00e9part magnifique. Comme un noyau qui irradie, sans lier \u00e0 une probl\u00e9matique particuli\u00e8re. Ce n&#8217;est pas un argument philosophique dans lequel je vais \u00eatre cens\u00e9 abonder \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;oeuvres. C&#8217;est comme une belle amorce \u00e0 un d\u00e9veloppement, tout en sachant que ces oeuvres ont un contenu essentiellement dispersif puisqu&#8217;elles ne sont pas cens\u00e9es illustrer des th\u00e8ses ou m\u00eame des th\u00e8mes auxquels elles ont tendance \u00e0 \u00e9chapper sans arr\u00eat. Comme Stephen lui-m\u00eame, qui pense \u00e0 certaines choses puis est interrompu par la vue d&#8217;un objet sur la plage, un bruit, la pens\u00e9e suit plusieurs chemins et puis revient sur un axe central qui est la temporalit\u00e9&#8221;. R\u00e9gis Durand explique ne pas avoir \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de partir de la notion d&#8217;espace, trop limitative, et puis parce que l&#8217;espace se retraduit toujours dans du temps: &#8220;Et pas exactement l&#8217;inverse. La notion de temps a l&#8217;avantage de permettre de parler de ce qui constitue nos h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s, nos exp\u00e9riences, notre int\u00e9riorit\u00e9.&#8221; Pour faciliter la circulation et la clart\u00e9 du propos, et surtout pas pour cr\u00e9er des cat\u00e9gories \u00e9tanches (&#8220;c&#8217;est ouvert. Une oeuvre va \u00eatre mise dans telle cat\u00e9gorie tout en sachant qu&#8217;elle touche aussi \u00e0 une autre, c&#8217;est \u00e9vident&#8221;), l&#8217;exposition est scind\u00e9e en quatre ensembles principaux o\u00f9 les travaux se croisent et se r\u00e9pondent: d&#8217;abord nos espaces-temps &#8220;habituels&#8221;, nos rep\u00e8res, nos milieux, puis autour d&#8217;une question qui serait &#8220;comment \u00eatre dans le temps ?&#8221;, sur les rythmes et leurs distorsions, un troisi\u00e8me concerne le m\u00e9dium en lui-m\u00eame, enfin le dernier cerne les nouvelles modalit\u00e9s de l&#8217;espace-temps autour de l&#8217;\u00e9volution des identit\u00e9s et des subjectivit\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Quatre ensembles o\u00f9 les travaux se croisent et se r\u00e9pondent <\/strong><\/p>\n<p>Le promeneur peut alors partir \u00e0 la d\u00e9couverte, dans le flux ma\u00eetris\u00e9 de ces images du temps pr\u00e9sent, des fragments d&#8217;int\u00e9rieurs et de corps de la plus jeune, Camille Vivier (21 ans), &#8220;chez elle, on a cette sensation d&#8217;une justesse parfaite entre son regard, l&#8217;appareil photo et ce qui est photographi\u00e9&#8221;, \u00e0 la merveilleuse tentative, \u00e0 travers films et c\u00e9d\u00e9roms, de l&#8217;Ecossaise Zo\u00eb Beloff &#8220;de p\u00e9n\u00e9trer sous la peau de la vie quotidienne tout en r\u00eavant son chemin dans le pass\u00e9&#8221;, et R\u00e9gis Durand, d\u00e9j\u00e0, songer \u00e0 la prochaine \u00e9dition de la Biennale, nous serons en l&#8217;an 2 000: &#8220;On gardera l&#8217;esprit de l&#8217;exploration des travaux \u00e9mergents, mais on fera un effort sur des pays ou des continents moins fr\u00e9quent\u00e9s, comme l&#8217;Am\u00e9rique latine ou l&#8217;Orient, qui n&#8217;ont pas encore v\u00e9ritablement int\u00e9gr\u00e9 les circuits de l&#8217;art contemporain, essentiellement europ\u00e9ens et nord-am\u00e9ricains. Oui, j&#8217;aurais assez envie de faire \u00e7a &#8220;. Et nous irons encore capter ces balles qui nous viennent du dessus ou du dessous de l&#8217;image.<\/p>\n<p>Biennale de l&#8217;image Paris 98, 12 mai &#8211; 12 juillet, ENSBA, 13 quai Malaquais et \u00e0 la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts et Consignations, 13, quai Voltaire.Catalogue fran\u00e7ais-anglais en co\u00e9dition avec Actes Sud avec le soutien d&#8217;Agn\u00e8s b., de la Fondation Cartier pour l&#8217;art contemporain et de NSM Vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9couverte et prospection sont les ma\u00eetres mots de la Biennale de l&#8217;image Paris 98 qui s&#8217;ouvre ce mois-ci \u00e0 l&#8217;Ecole nationale sup\u00e9rieure des Beaux-Arts. 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