{"id":9565,"date":"2016-04-11T15:36:10","date_gmt":"2016-04-11T13:36:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-pcf-au-bord-du-gouffre\/"},"modified":"2016-04-11T15:36:10","modified_gmt":"2016-04-11T13:36:10","slug":"article-pcf-au-bord-du-gouffre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9565","title":{"rendered":"PCF : au bord du gouffre ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">[1\/2] Le PCF va tenir son 37e congr\u00e8s du 2 au 5 juin prochain. \u00c0 quelques mois d\u2019une redoutable ann\u00e9e \u00e9lectorale, ce congr\u00e8s risque de voir s\u2019accentuer les clivages d\u2019une organisation qui ne sait plus comment enrayer son d\u00e9clin.<\/p>\n<p><strong>Seconde partie<\/strong> : <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli\/article\/pcf-questions-autour-d-un-congres\">PCF : questions autour d\u2019un Congr\u00e8s<\/a><\/p>\n<p>Un congr\u00e8s communiste est d\u00e9sormais une m\u00e9canique complexe, dans un parti qui r\u00e9cuse officiellement l\u2019existence des tendances depuis 1921. Quand se r\u00e9unit un congr\u00e8s, il ne peut discuter de plusieurs textes d\u2019orientation. Toutefois, depuis quelques ann\u00e9es, les adh\u00e9rents choisissent au pr\u00e9alable la &#8220;base commune&#8221; qu\u2019ils vont pouvoir amender. Le Conseil national (160 membres) propose donc son texte, mais des documents alternatifs peuvent \u00eatre soumis, s\u2019ils sont sign\u00e9s par trois cents cotisants venant d\u2019au moins trente f\u00e9d\u00e9rations. Une fois le choix accompli (ce sera fait du 2 au 5 mai prochain), il n\u2019y a plus qu\u2019un texte en d\u00e9bat. <\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, l\u2019orientation initiale de la direction a \u00e9t\u00e9 retenue \u00e0 chaque congr\u00e8s, en g\u00e9n\u00e9ral de fa\u00e7on confortable : en 2013, par exemple, elle avait recueilli 73% des 35.000 votants (sur 64.000 cotisants officiellement recens\u00e9s), les trois autres textes se partageant le quart des suffrages restants.<\/p>\n<h2>Un choix de direction contest\u00e9<\/h2>\n<p>Cette fois, les textes alternatifs sont au nombre de quatre. Trois d\u2019entre eux, comme c\u2019\u00e9tait le cas dans les pr\u00e9c\u00e9dents congr\u00e8s, sont pr\u00e9sent\u00e9s par des sensibilit\u00e9s dites &#8220;traditionnelles&#8221; ou orthodoxes&#8221;. Le premier est celui de la Riposte (Greg Oxley) et il est intitul\u00e9 &#8220;Pour une politique communiste&#8221; (48 d\u00e9partements, notamment le Gard, le Nord, les C\u00f4tes d\u2019Armor, l\u2019Eure-et-Loir). Le second est celui du groupe Faire vivre le PCF ; ses signataires se r\u00e9partissent dans 49 d\u00e9partements (surtout l\u2019H\u00e9rault, le Pas-de-Calais et le Rh\u00f4ne) et il est titr\u00e9 &#8220;Unir les communistes&#8221;. Parmi les signatures les plus notables, celles d\u2019Herv\u00e9 Poly du Pas-de-Calais, de Jean-Jacques Karman d\u2019Aubervilliers et de Mich\u00e8le Picard, la maire de V\u00e9nissieux. Le troisi\u00e8me, enfin, dont les signataires sont regroup\u00e9s surtout dans une dizaine de d\u00e9partements sur 36 en tout (dont le Tarn, Paris, l\u2019Aisne, la Haute-Garonne et l\u2019Is\u00e8re), est chapeaut\u00e9 par une partie des sortants minoritaires au Conseil national (dont le parisien Emmanuel Dang Tran).<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0 critiquent r\u00e9guli\u00e8rement la direction pour ne pas valoriser suffisamment l\u2019identit\u00e9 communiste et pour diluer l\u2019organisation dans des rassemblements qu\u2019ils jugent insuffisamment r\u00e9volutionnaires, que ce soit avec le PS ou sans lui. Le fait nouveau est que concourt cette fois un texte d\u2019une sensibilit\u00e9 toute diff\u00e9rente. Si la r\u00e9gion parisienne y a la part belle, ses signataires sont territorialement mieux r\u00e9partis que les autres listes : 59 d\u00e9partements en tout, les dix premiers regroupant moins de la moiti\u00e9 du total (deux tiers \u00e0 quatre cinqui\u00e8mes pour les autres listes). Pour ces militants communistes, de responsabilit\u00e9s et de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, la critique ne porte pas sur une carence d\u2019identit\u00e9, mais sur la mani\u00e8re de la faire vivre ; elle ne concerne pas la recherche d\u2019un rassemblement, mais ses contours. Les trois autres font grief \u00e0 la direction de privil\u00e9gier le rassemblement, y compris \u00e0 la gauche du PS ; la quatri\u00e8me pr\u00e9f\u00e8re mettre en garde contre un abandon de fait du Front de gauche, au profit d\u2019un autre rassemblement, qui serait \u00e0 nouveau centr\u00e9 sur les socialistes, fussent-ils plus \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Un nombre important de ses signataires (plus de sept cents \u00e0 ce jour) s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 compt\u00e9s au congr\u00e8s pr\u00e9c\u00e9dent en proposant une &#8220;m\u00e9tamorphose&#8221; du PC, comme c\u2019est le cas de Patrice Cohen-Seat qui vient de publier un int\u00e9ressant livre de r\u00e9flexion \u00e9clairant sa d\u00e9marche[[Patrice-Cohen Seat, <em>Peuple ! Les luttes de classes au XXIe si\u00e8cle<\/em>, \u00c9ditions D\u00e9mopolis, 2016, 20 euros.]]. On y trouve aussi de jeunes intellectuels et chercheurs (Yann Le Lann, Hugo Touzet, Fr\u00e9d\u00e9rick Genev\u00e9e) des \u00e9lus et anciens \u00e9lus (Patrice Leclerc, Fran\u00e7ois Meyroune, Roland Muzeau, Muguette Jacquaint, Nicole Borvo, Brigitte Gonthier-Maurin) et m\u00eame quelques figures &#8220;historiques&#8221; du parti (Roland Leroy, Michel Duffour, Jean Combasteil). Ceux-l\u00e0 ont en commun, avec les autres militants, de maintenir l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une forme partisane autonome \u2013 un parti communiste. Mais ils se distinguent des autres par le refus d\u2019une forme doctrinale et d\u2019une conception rigide de l\u2019organisation. Et ils se d\u00e9marquent surtout par le double refus d\u2019une fermeture du PC sur lui-m\u00eame (d\u2019o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un Front de gauche &#8220;d\u00e9cartellis\u00e9&#8221;) et d\u2019une mise \u00e0 la remorque d\u2019une logique social-d\u00e9mocrate, quand bien m\u00eame elle serait gauchie.<\/p>\n<p>Les quatre listes s\u2019accordent au moins sur un point : elles r\u00e9cusent le processus des primaires dans lequel s\u2019est engag\u00e9e la direction du parti. De quoi s\u2019agit-il ? Quand le PCF s\u2019est engag\u00e9 dans la d\u00e9marche de Front de gauche, en 2009, il esp\u00e9rait qu\u2019elle allait lui permettre de conserver sa base territoriale d\u2019implantation. Les communistes finirent donc par se r\u00e9soudre \u00e0 laisser Jean-Luc M\u00e9lenchon concourir \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, mais ils s\u2019attach\u00e8rent \u00e0 confirmer leur pr\u00e9s\u00e9ance dans toutes les autres \u00e9lections. Or leurs espoirs ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us. Les l\u00e9gislatives de 2012, malgr\u00e9 le bon score de M\u00e9lenchon, ne furent pas si mauvaises en pourcentages (6,9% contre 4,4% en 2017) mais le nombre de d\u00e9put\u00e9s communistes est pass\u00e9 de 12 \u00e0 7. Le Front de gauche a am\u00e9lior\u00e9 les r\u00e9sultats communistes par le bas, mais il n\u2019a pas interrompu l\u2019\u00e9rosion par le haut\u2026 Les \u00e9lections suivantes ont \u00e9t\u00e9 plus maussades encore. Aux municipales de 2014, le PCF a perdu plus d\u2019un quart des communes de plus de 3 500 habitants qu\u2019il g\u00e9rait jusqu\u2019alors. En 2015, il perd \u00e0 nouveau plus du quart de ses conseillers g\u00e9n\u00e9raux et, pire encore, il est priv\u00e9 des deux tiers de ses conseillers r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Quel que soit le type d\u2019\u00e9lections, le Front de gauche n\u2019a pas enray\u00e9 le d\u00e9clin \u00e9lectoral. Combien d\u2019\u00e9lus communistes et &#8220;r\u00e9publicains&#8221; ? Difficile \u00e0 dire. En 2008, l\u2019association des \u00e9lus, l\u2019ANECR, annon\u00e7ait pr\u00e8s de 9.500 \u00e9lus (en 1977, le chiffre \u00e9tait de 28.000), mais certaines donn\u00e9es internes laissaient supposer qu\u2019ils \u00e9taient en fait moins de 7.000. \u00c0 ce jour, il n\u2019existe pas de statistiques officielles, mais apr\u00e8s une s\u00e9quence \u00e9lectorale 2014-2015 d\u00e9sastreuse pour la gauche, on peut penser que le recul se situe entre un tiers et la moiti\u00e9 du niveau d\u2019avant 2009. Pendant quelques d\u00e9cennies, on pouvait observer un contraste net entre des scores pr\u00e9sidentiels et l\u00e9gislatifs modestes et des r\u00e9sultats locaux plus solides. Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui (lire aussi <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/municipales-pc-l-autre-berezina\">&#8220;Municipales : PC, l\u2019autre B\u00e9r\u00e9zina&#8221;<\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/pcf-en-seine-saint-denis-la-chute\">&#8220;PCF en Seine-Saint-Denis : la chute&#8221;<\/a>).<\/p>\n<h2>Le dilemme<\/h2>\n<p>L\u2019affaiblissement du tissu \u00e9lectif territorial met en cause la dynamique d\u2019ensemble de l\u2019organisation. Des ann\u00e9es 1920 aux ann\u00e9es 1970, le communisme fran\u00e7ais pouvait s\u2019appuyer sur quatre socles : un tissu partisan nationalis\u00e9 entre 1936 et 1978 ; une mouvance syndicale active, notamment autour de la CGT ; une galaxie associative active ; un tissu de repr\u00e9sentation locale, avec notamment un &#8220;communisme municipal&#8221; original et bien r\u00f4d\u00e9. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, la base militante s\u2019\u00e9rode, le syndicalisme d\u2019influence communiste s\u2019affaiblit et s\u2019affranchit de toute tutelle, le monde associatif propice \u00e0 l\u2019action communiste s\u2019affaiblit globalement et se trouve d\u00e9bord\u00e9 par les modalit\u00e9s nouvelles de sociabilit\u00e9. Restaient le communisme municipal et le matelas d\u2019\u00e9lus nationaux et locaux : les deux sont s\u00e9v\u00e8rement atteints par la d\u00e9b\u00e2cle de 2014-2015.<\/p>\n<p>M\u00eame r\u00e9tract\u00e9, le vivier militant du PCF reste le plus dense de la gauche de gauche ; mais sans le socle des \u00e9lus, le contact avec la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re s\u2019\u00e9tiole\u2026 et les ressources financi\u00e8res se tarissent. Manifestement, la direction actuelle a \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9e par le dernier scrutin, celui des r\u00e9gionales de d\u00e9cembre dernier. Comment faire, en 2017, pour \u00e9viter la disparition de la sc\u00e8ne institutionnelle nationale ?<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, dans le cadre de l\u2019union de la gauche naissante, le PCF avait fait du th\u00e9\u00e2tre municipal le lieu par excellence de r\u00e9alisation de l\u2019union. L\u2019union locale de la gauche, d\u00e8s le premier tour, est alors devenue la norme. Mais les autres scrutins maintenaient la vieille logique r\u00e9publicaine : au premier tour on choisit, au second on \u00e9limine. En 1998, Robert Hue fit d\u00e9cider une entorse \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale : la direction choisit pour la premi\u00e8re fois la r\u00e8gle des listes communes de gauche au premier tour. Le PCF y gagna certes un contingent d\u2019\u00e9lus r\u00e9gionaux jusqu\u2019alors in\u00e9gal\u00e9 ; mais il en paya aussi l\u2019addition nationale, et lourdement. En choisissant la formule des primaires de toute la gauche (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/pierre-laurent-a-quel-prix-la\">&#8220;Pierre Laurent : la primaire \u00e0 quel prix ?&#8221;<\/a>), Pierre Laurent risque ainsi de replacer les communistes dans la logique qui fut celle de la &#8220;gauche plurielle&#8221; (1997-2002), mais appliqu\u00e9e cette fois au scrutin l\u00e9gislatif. Et il le fait \u00e0 un moment d\u2019affaiblissement accru du communisme politique.<\/p>\n<p>Manifestement, ce choix bouscule la culture militante d\u2019une mani\u00e8re jusqu\u2019alors inconnue. Pierre Laurent a certes obtenu le quitus des cadres interm\u00e9diaires. Lors du Conseil national qui devait d\u00e9cider du projet de &#8220;base commune&#8221;, le texte \u00e9voquant les questions de la tactique \u00e9lectorale a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par les quatre cinqui\u00e8mes des pr\u00e9sents au moment du vote (mais les votants repr\u00e9sentaient moins de la moiti\u00e9 des effectifs du Comit\u00e9 central). Le num\u00e9ro un du PC peut th\u00e9oriquement s\u2019appuyer sur la majorit\u00e9 des responsables f\u00e9d\u00e9raux, sur les maigres effectifs de Gauche unitaire \u2013 les amis de Christian Picquet, qui ont rejoint le PC en 2015 -, sur les anciens &#8220;marchaisiens&#8221; regroup\u00e9s autour de la Section \u00e9conomique et sur la plus grande part des anciens &#8220;huistes&#8221;. Mais les choses sont moins simples dans les \u00e9chelons inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Il faut maintenant attendre les r\u00e9sultats du vote interne du d\u00e9but mai. Officieusement, la direction affiche un optimisme qui lui laisse esp\u00e9rer une nette majorit\u00e9 absolue en faveur de son projet. Pourtant en 2012, le total des trois listes alternatives avait l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9 les 25%. Le quatri\u00e8me texte aujourd\u2019hui d\u00e9pos\u00e9 a pour lui une implantation nationale un peu plus large et un grand nombre d\u2019intervenants de la tribune de discussion interne, et notamment des secr\u00e9taires f\u00e9d\u00e9raux, n\u2019ont pas sign\u00e9 le texte mais s\u2019expriment dans un sens voisin du sien. \u00c0 cela s\u2019ajoute le fait qu\u2019un millier de militants (notamment Francis Parny et Brigitte Dionnet, une proche de Marie-George Buffet) ont sign\u00e9 un texte demandant un soutien du PC \u00e0 la candidature de Jean-Luc M\u00e9lenchon. On peut l\u00e9gitimement penser qu\u2019une part de ces militants, m\u00eame sans l\u2019avoir sign\u00e9, votera un texte qui propose de faire du rassemblement du Front de gauche la seule base possible d\u2019une construction politique en 2017.<\/p>\n<h2>La direction au pied du mur<\/h2>\n<p>Le vieux r\u00e9flexe de l\u00e9gitimit\u00e9 jouera-t-il une fois de plus en faveur de la direction ? Son texte sera-t-il majoritaire ? Si majorit\u00e9 il y a, sera-t-elle absolue ou seulement relative ? Autant de points qui peuvent faire basculer le PCF dans une phase nouvelle. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, on peut dire que la d\u00e9marche engag\u00e9e au sommet se heurte \u00e0 une double difficult\u00e9. La premi\u00e8re tient \u00e0 ce que le dialogue avec les socialistes se m\u00e8ne \u00e0 un moment o\u00f9 la politique de l\u2019ex\u00e9cutif provoque un rejet massif, bien au-del\u00e0 du seul PC et m\u00eame de la gauche de gauche. Or la majorit\u00e9 socialiste soutient la politique de l\u2019\u00c9lys\u00e9e et de Matignon, et la timidit\u00e9 des frondeurs, tout comme leur trajectoire fluctuante depuis 2012, ne les rend pas tr\u00e8s attractifs dans l\u2019espace communiste militant.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le processus m\u00eame des primaires bat s\u00e9rieusement de l\u2019aile, faute de projet commun possible et de personnalit\u00e9s capables d\u2019agr\u00e9ger l\u2019espace global de la gauche. Dany Cohn-Bendit lui-m\u00eame a pris acte de l\u2019impasse et se r\u00e9fugie dans l\u2019hypoth\u00e8se a priori sympathique mais improbable d\u2019une candidature Hulot. No\u00ebl Mam\u00e8re, de son c\u00f4t\u00e9, n\u2019a pas exclu de se proposer comme une alternative possible. Que fera donc le PCF dans cette situation ? Soutenir une des figures marquantes de l\u2019ex\u00e9cutif ? Pierre Laurent l\u2019a exclu a priori. Soutenir un frondeur plut\u00f4t que M\u00e9lenchon ? Quels que soient les contentieux entre le PC et le PG, un tel choix para\u00eetrait tout aussi moralement difficile qu\u2019\u00e9lectoralement incertain : dans bien des cas, ce sont plut\u00f4t des personnalit\u00e9s de la &#8220;gauche&#8221; socialiste qui menacent localement les positions \u00e9lectorales des communistes. Pr\u00e9senter un candidat communiste, faute de mieux ? Ce serait aller vers un nouveau camouflet. Soutenir M\u00e9lenchon <em>in fine<\/em> ? Cela para\u00eetrait le plus raisonnable ; mais apr\u00e8s avoir dit tant de choses d\u00e9sagr\u00e9ables sur lui, la d\u00e9cision ne manquera pas d\u2019appara\u00eetre comme une reculade. En bref, pour reprendre une formule d\u00e9sormais \u00e0 la mode, le PCF semble s\u2019\u00eatre engag\u00e9 dans le processus des primaires sans le moindre plan B\u2026<\/p>\n<p>Une fois de plus, la direction communiste justifie sa d\u00e9marche des primaires par le souci du <em>\u00ab plus large rassemblement \u00bb<\/em>. Autour de 10% comme en 2012, c\u2019est trop peu\u2026 Dans un livre qui vient de sortir, Pierre Laurent met la barre plut\u00f4t haut : 99% [[Pierre Laurent, <em>99 %<\/em>, Cherche Midi, 9,80 euros.]]. \u00c0 vrai dire, cela me rappelle\u2026 les ann\u00e9es 1990. En ce temps-l\u00e0, avec mes amis &#8220;refondateurs&#8221;, je plaidais pour un &#8220;p\u00f4le de radicalit\u00e9&#8221; rassemblant les forces critiques, partisanes ou non, pour rompre avec les logiques gestionnaires suivies depuis 1983. On me r\u00e9pondit alors, dans la direction communiste, que j\u2019\u00e9tais &#8220;petit bras&#8221;, que je ne pensais qu\u2019\u00e0 la &#8220;petite gauche&#8221;, qu\u2019il fallait voir &#8220;grand angle&#8221; et viser de hauts scores \u00e9lectoraux. En vertu de quoi, le PCF s\u2019engagea dans la gauche plurielle et Robert Hue atteignit le score grand angle de 3,4%. J\u2019ai donc pris depuis longtemps l\u2019habitude des discours d\u2019ouverture qui, en pratique, annoncent de grands ralliements (au PS) ou de grands enfermements (sur le PC lui-m\u00eame).<\/p>\n<p>Qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019enjeu de 2017 \u00e0 gauche est assez simple \u00e0 exprimer. Apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es d\u2019errements socialistes, la gauche est affaiblie structurellement. En l\u2019\u00e9tat, elle ne peut battre la droite ; elle ne peut pas enrayer la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite. Car, faute de rupture assum\u00e9e par tous, elle ne peut gouverner ensemble, elle ne peut que d\u00e9sesp\u00e9rer, nourrir le ressentiment et pousser vers le FN. Redonner force \u00e0 une gauche bien \u00e0 gauche reste de ce fait un enjeu crucial. Depuis 20 ans, cette gauche-l\u00e0 obtient des scores qui oscillent au total entrer 9% (pr\u00e9sidentielle 2007) et 19% (pr\u00e9sidentielle 2002). En 2012, avec environ 15% des exprim\u00e9s, cette gauche de gauche ne fut pas dans ses plus hautes eaux. Mais, pour la premi\u00e8re fois, autour du vote M\u00e9lenchon, elle est parvenue \u00e0 une concentration significative, qui la repla\u00e7ait dans le jeu \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le moins que l\u2019on puisse dire est que cette gauche n\u2019est pas au mieux de sa forme. Elle h\u00e9site sur son profil g\u00e9n\u00e9ral, sur ses discours, sur son projet et sur ses m\u00e9thodes. Au c\u0153ur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui doute, dans un \u00e9tat prolong\u00e9 de crise politique, cela n\u2019a rien de si \u00e9tonnant. Mais quelles que soient les dissensions, quelles que soient les ranc\u0153urs, il serait impensable que l\u2019autre gauche revienne \u00e0 la situation d\u2019avant 2012. Il est inenvisageable qu\u2019elle ne soit pas pr\u00e9sente au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ; il est inconcevable qu\u2019elle s\u2019y montre d\u00e9sunie. Les bonnes raisons ne manquent jamais pour se tourner le dos. Mais si l\u2019espace le plus \u00e0 gauche se dispersait \u00e0 nouveau en 2017, il contredirait ce qui fut en 2012 une esp\u00e9rance. Il ne serait donc pas \u00e0 la hauteur des enjeux.<\/p>\n<p>M\u00eame affaibli, le PCF p\u00e8sera dans un sens ou dans l\u2019autre. Alignement sur un vote &#8220;utile&#8221;, dispersion \u00e0 la gauche de la gauche ou convergence alternative : les communistes tiennent en leur main une part de la r\u00e9ponse. Elle ne les concerne pas seuls ; elle met en jeu bien davantage que des int\u00e9r\u00eats partisans \u00e0 courte vue. On doit esp\u00e9rer qu\u2019ils ne l\u2019oublieront pas dans les semaines \u00e0 venir. Et que nul ne l\u2019oublie, en dehors d\u2019eux.<\/p>\n<p><strong>Seconde partie<\/strong> : <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli\/article\/pcf-questions-autour-d-un-congres\">PCF : questions autour d\u2019un Congr\u00e8s<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[1\/2] Le PCF va tenir son 37e congr\u00e8s du 2 au 5 juin prochain. \u00c0 quelques mois d\u2019une redoutable ann\u00e9e \u00e9lectorale, ce congr\u00e8s risque de voir s\u2019accentuer les clivages d\u2019une organisation qui ne sait plus comment enrayer son d\u00e9clin.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[210],"tags":[406],"class_list":["post-9565","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-qui-veut-la-peau-de-roger-martelli","tag-pcf"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9565"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9565\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}