{"id":956,"date":"1998-05-01T00:00:00","date_gmt":"1998-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/correspondance956\/"},"modified":"1998-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-04-30T22:00:00","slug":"correspondance956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=956","title":{"rendered":"Correspondance"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La publication dans la Pl\u00e9iade de l&#8217;avant-dernier tome de la correspondance d&#8217;un des \u00e9crivains les plus importants du si\u00e8cle pass\u00e9 \u00e9claire \u00e0 plus d&#8217;un titre.1869-1875, en passant par la Commune&#8230; <\/p>\n<p>C&#8217;est comme un roman policier que le lecteur abordera le quatri\u00e8me volume de la correspondance de Gustave Flaubert: il aura h\u00e2te d&#8217;arriver \u00e0 la fin. Non pas qu&#8217;il en attende quelconque d\u00e9nouement, mais elle lui donne l&#8217;illustration des difficiles conditions de vie et de travail d&#8217;un \u00e9crivain, f\u00fbt-il l&#8217;un des plus grands et ayant fr\u00e9quent\u00e9 les plus grands. Et les ann\u00e9es concern\u00e9es, de 1869 \u00e0 1875, sont si malheureuses pour l&#8217;auteur de Madame Bovary qu&#8217;il ne pense plus qu&#8217;\u00e0 une chose: mourir, ou plut\u00f4t, comme il \u00e9crit maintes fois, &#8221; crever &#8220;. C&#8217;est que, en peu de temps, il perd tous ses amis v\u00e9ritables, soit ceux avec lesquels il peut parler litt\u00e9rature. Car cela seul importe \u00e0 ses yeux: &#8221; Oui, cher ami, \u00e9crit-il \u00e0 Edmond de Goncourt, demain \u00e0 7 heures chez Adolphe, on s&#8217;empiffrera et on gueulera litt\u00e9rature.&#8221; Consid\u00e9rons que c&#8217;est l&#8217;une des raisons qui le fait passer &#8221; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 &#8221; de la Commune, dont il dit souvent pis que pendre. Ce faisant, que dit-il ? &#8221; Pauvre France, qui ne se d\u00e9gagera jamais du Moyen Age ! qui se tra\u00eene encore sur l&#8217;id\u00e9e gothique de la Commune, qui n&#8217;est autre que le municipe romain ! &#8221; (p.308-309) Il reproche aux Communards (il les nomme &#8221; Communaux &#8220;), quelques lignes plus loin, d&#8217;avoir d\u00e9plac\u00e9 la haine qui aurait d\u00fb se diriger, \u00e0 ses yeux, sur les Prussiens: &#8221; je ne trouve rien de pire que l&#8217;invasion prussienne &#8221; (p.310). Il a \u00e9t\u00e9 en effet traumatis\u00e9 par la guerre de 1870 au point qu&#8217;il a repris du service, dans la r\u00e9gion de son village normand de Croisset, proche de Rouen. La haine des Prussiens, doubl\u00e9e d&#8217;un m\u00e9pris pour la l\u00e2chet\u00e9 des Fran\u00e7ais, offre cette sentence: &#8220;A quoi faut-il donc croire ? A rien !&#8221; (p.314); &#8220;Au diable la politique ! &#8221; (p.738) Flaubert se veut &#8220;rural&#8221; et s&#8217;\u00e9tonne que, pour les Parisiens, la Prusse n&#8217;existe pas: &#8221; Ils excusent messieurs les Prussiens, admirent les Prussiens, veulent devenir Prussiens.(&#8230;) Jamais, mon cher vieux, je n&#8217;ai eu des hommes un si colossal d\u00e9go\u00fbt. Je voudrais noyer l&#8217;humanit\u00e9 sous mon vomissement &#8221; (p.341). Cet homme, pr\u00eat \u00e0 r\u00e9clamer, en politique, une &#8221; aristocratie l\u00e9gitime &#8221; est pourtant le grand ami de quelqu&#8217;un qui nourrit de tout autres id\u00e9es que lui et qui manifeste un autre rapport \u00e0 la vie: George Sand.<\/p>\n<p> <strong> A l&#8217;\u00e8re du &#8221; muflisme &#8220;, l&#8217;\u00e9criture comme rem\u00e8de  <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;un des attraits de cette correspondance que de donner une image plus juste de celle-l\u00e0 plut\u00f4t que la caricature qu&#8217;on en a, qui la coince entre l&#8217;amante de Chopin ou de Musset et l&#8217;auteur \u00e0 succ\u00e8s de la Mare au diable ou de la Petite Fadette. Il y a bient\u00f4t vingt ans, les Presses Universitaires de Grenoble et l&#8217;association des amis de George Sand, sise \u00e0 Echirolles, dans la banlieue grenobloise, avaient r\u00e9\u00e9dit\u00e9 des textes qui \u00e9taient plus en rapport avec la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;un auteur qui reste \u00e0 d\u00e9couvrir. La Ville noire, par exemple, \u00e9tait une belle et poignante description de la classe ouvri\u00e8re et les photographies de Honor\u00e9 Parise resituaient l&#8217;auteur dans son temps et, surtout, sa v\u00e9rit\u00e9. Flaubert le rend aussi possible, \u00e0 sa mani\u00e8re. En elle, il trouve du r\u00e9confort \u00e0 tous ses malheurs: les morts (&#8221; tout ce que j&#8217;aimais est perdu &#8221; \u00e9crit-il g\u00e9n\u00e9riquement, p.251); la ruine du mari de sa ni\u00e8ce, qui comporte des cons\u00e9quences financi\u00e8res pour sa propre bourse (George Sand intervient afin de lui faire obtenir une rente), etc. Toutefois, ce qui l&#8217;emporte par-dessus tout, au travers de ces 1 000 pages (sans compter d&#8217;utiles annexes et notes traditionnelles de la collection), c&#8217;est la formidable et \u00e9tonnante actualit\u00e9 des propos de l&#8217;auteur de l&#8217;Education sentimentale: &#8221; Ne pas r\u00e9ussir est un crime et la r\u00e9ussite est le crit\u00e9rium du Bien. Je trouve cela grotesque au supr\u00eame degr\u00e9 &#8221; (p.800); &#8221; Un vent de b\u00eatise et de folie souffle maintenant sur le monde. Ceux qui se tiennent debout fermes et droits sont rares &#8221; (p.63), etc. S&#8217;il est une prise de parti de Gustave Flaubert, c&#8217;est une prise de parti litt\u00e9raire, en ce qu&#8217;il croit la litt\u00e9rature au-dessus de ce qu&#8217;il ex\u00e8cre, soit la m\u00e9diocrit\u00e9 et la suffisance: &#8220;Et nous crevons par la blague, par l&#8217;ignorance, par l&#8217;outrecuidance, par le m\u00e9pris de la grandeur, par l&#8217;amour de la banalit\u00e9, et le bavardage imb\u00e9cile&#8221; (p.868). Pour lui, nous sommes entr\u00e9s dans l&#8217;\u00e8re du &#8220;muflisme&#8221;. Pour y r\u00e9sister personnellement, il a beaucoup et diversement lu, jusqu&#8217;\u00e0 Spinoza, Kant, Hegel&#8230; Et tout cela pour \u00e9crire des romans ! Flaubert contemporain, et toujours r\u00e9volt\u00e9.n P. F.<\/p>\n<p>Gustave Flaubert, Correspondance, tome IV (1869-1875).Edition \u00e9tablie par Jean Bruneau.Ed.Gallimard, &#8221; Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade &#8220;, 1 504 p., 470 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La publication dans la Pl\u00e9iade de l&#8217;avant-dernier tome de la correspondance d&#8217;un des \u00e9crivains les plus importants du si\u00e8cle pass\u00e9 \u00e9claire \u00e0 plus d&#8217;un titre.1869-1875, en passant par la Commune&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-956","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/956","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=956"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/956\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}