{"id":955,"date":"1998-05-01T00:00:00","date_gmt":"1998-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sexualites955\/"},"modified":"1998-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-04-30T22:00:00","slug":"sexualites955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=955","title":{"rendered":"Sexualit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Histoire d&#8217;une infamie<strong> Du sexe tout le monde parle. Pour en dire quoi ? Selon Jean-Claude Guillebaud, la r\u00e9volution sexuelle v\u00e9cue par l&#8217;Occident depuis trente-cinq ans semble en berne, se d\u00e9ploie en vulgate r\u00e9p\u00e9titive <\/strong><\/p>\n<p>Dans la Tyrannie du plaisir (1), vaste essai aux multiples ramifications, Jean-Claude Guillebaud tente l&#8217;inventaire d&#8217;une sexualit\u00e9 d\u00e9sormais sans rep\u00e8re. Faut-il voir, dans les th\u00e8ses qu&#8217;il soutient, une sorte de retour du b\u00e2ton ? Apr\u00e8s la f\u00eate, on payerait donc la note ? Notre soci\u00e9t\u00e9 serait-elle guett\u00e9e par le ressentiment ? Ou s&#8217;agit-il d&#8217;une ruse de l&#8217;histoire avant des lendemains meilleurs ? Le livre ne le dit pas. Pourtant, depuis sa parution, de telles questions se posent ici et l\u00e0.<\/p>\n<p> <strong> Empoisonn\u00e9 plaisir  <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;auteur n&#8217;a pas m\u00e9nag\u00e9 sa peine. Il s&#8217;attaque, en effet, \u00e0 un corpus ambitieux qui emprunte autant \u00e0 l&#8217;histoire qu&#8217;\u00e0 l&#8217;anthropologie, \u00e0 la th\u00e9ologie, \u00e0 la philosophie politique, \u00e0 la d\u00e9mographie, \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie, \u00e0 la psychanalyse ou \u00e0 la criminologie. Et de s&#8217;interroger. Qu&#8217;a-t-on r\u00e9ellement conquis ? Que faut-il rejeter ? Comment repartir sur des bases neuves ? A partir de tant de disciplines diverses, Guillebaud ouvre des pistes et refuse, avec une belle constance, tout recours \u00e0 l&#8217;alternative entre libert\u00e9 permissive \u00e9chevel\u00e9e et r\u00e9gression vers un moralisme nostalgique. Selon lui, nous sommes devenus schizophr\u00e8nes, en croyant avoir \u00e9vacu\u00e9 la question de l&#8217;interdit. Le plaisir \u00e0 plein, la transgression transcend\u00e9e n&#8217;iraient pas sans distiller un venin. Reportons-nous au titre de l&#8217;ouvrage, la Tyrannie du plaisir, donc. Cela fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce passage des Lois de Platon dans lequel une mise en garde contre Eros, ce tyran, suit de pr\u00e8s l&#8217;\u00e9loge du plaisir, lequel, s&#8217;il constitue une bonne \u00e9nergie, n&#8217;en comporte pas moins des risques, se joue de notre volont\u00e9, la d\u00e9voie. Le choix d&#8217;une telle citation, les faits rapport\u00e9s et la lecture singuli\u00e8re qu&#8217;il produit de notre \u00e9poque ont de quoi susciter, \u00e0 plus d&#8217;un titre, quelque pol\u00e9mique, le sujet &#8211; n&#8217;est-ce pas ? &#8211; demeurant \u00e0 tous sensible. Que nous dit Guillebaud ? En trois d\u00e9cennies, nous sommes pass\u00e9s de la permission \u00e0 l&#8217;injonction. L&#8217;imp\u00e9ratif &#8221; Jouissez ! &#8221; sonne comme un mot d&#8217;ordre. Notre sexualit\u00e9, impudique car clam\u00e9e au grand jour, auscult\u00e9e \u00e0 froid par les sexologues n&#8217;est plus que hant\u00e9e par l&#8217;angoisse d&#8217;un d\u00e9sir sur le point de s&#8217;\u00e9teindre. Le tout se double d&#8217;un paradoxe: ce &#8221; tapage sexuel &#8220;, finement analys\u00e9, est aussit\u00f4t repris et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par le march\u00e9, r\u00e9cup\u00e9ration qui prend figure de sympt\u00f4me, car toute soci\u00e9t\u00e9 qui perd ses cadres sociaux &#8211; il parle ici de l&#8217;\u00e9vacuation de la morale sexuelle, qu&#8217;il nomme aussi &#8221; l&#8217;interdit &#8221; &#8211; est d&#8217;embl\u00e9e reprise par l&#8217;argent comme par le droit p\u00e9nal. Nous avons donc \u00e9t\u00e9, nous sommes, incons\u00e9quents avec &#8221; la morale &#8220;. L&#8217;analyse de l&#8217;histoire du capitalisme, dans ses liens avec la sexualit\u00e9, est magistralement men\u00e9e. Tandis que, d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle, le capitalisme, voulant mettre le peuple au travail, se dotait d&#8217;une panoplie de r\u00e9pression sexuelle, de nos jours, \u00e0 l&#8217;inverse, il incite les hommes \u00e0 jouir, puisque le sexe pousse dans le sens de l&#8217;int\u00e9r\u00eat marchand. Tant et si bien qu&#8217;il se mue en performance d&#8217;embl\u00e9e quantifiable. On trouve, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de fort belles pages sur &#8221; la m\u00e9moire perdue &#8221; &#8211; passionnante \u00e9tude richement \u00e9toff\u00e9e par des documents \u00e0 foison &#8211; sur la sexualit\u00e9 vue par l&#8217;antiquit\u00e9 grecque et latine, les trois religions monoth\u00e9istes, la Chine ensuite, une mani\u00e8re h\u00e2tive et radicale d&#8217;envisager le navrant constat de ce qu&#8217;il baptise, certes sous forme interrogative, &#8221; la corv\u00e9e de plaisir &#8220;, o\u00f9 mille choses blessent la d\u00e9licatesse. Dans certaines de ses analyses, il ne semble disserter qu&#8217;\u00e0 partir de ce d\u00e9nominateur trop commun que seraient les lecteurs pi\u00e9g\u00e9s de Elle et de Marie-Claire.<\/p>\n<p> <strong> Retour \u00e0 la famille ? <\/strong><\/p>\n<p>Il y a enfin \u00e0 relever la question du style. Guillebaud use d&#8217;une langue brillante, vive, emport\u00e9e m\u00eame, c\u00e9dant parfois \u00e0 l&#8217;effet, au risque de simplifier son sujet quand cela ne frise pas le verbiage. Maintes citations; l&#8217;une, de Georges Bataille, se voit par exemple double de sa pure et simple paraphrase, ce qui aplatit du coup le texte initial. Toujours \u00e0 propos de Bataille, il \u00e9crit que ce dernier &#8221; cultive la provocation en se masturbant devant le cadavre de sa m\u00e8re &#8220;. Et la litt\u00e9rature, dans tout \u00e7a ? N\u00e9anmoins (par bonheur ?) il ne rejette pas en bloc tous les effets de la lib\u00e9ration sexuelle, parle m\u00eame en termes convaincants de ses acquis: d\u00e9culpabilisation du plaisir, lib\u00e9ration des femmes, l\u00e9gitimation des homosexuels, fin de la censure. Le livre se cl\u00f4t sur l&#8217;id\u00e9e clairement d\u00e9sign\u00e9e de &#8221; refaire famille &#8220;, car, d&#8217;apr\u00e8s lui, sans revenir en arri\u00e8re, d&#8217;autres formes familiales sont \u00e0 inventer. Il tente de d\u00e9montrer, textes anciens (grecs et romains) \u00e0 l&#8217;appui, qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 ne peut vivre sans cellule familiale. De cette th\u00e8se, que penser ? Nous voil\u00e0 loin, en tout cas, des pr\u00e9ceptes de Gide dans les Nourritures terrestres, qui disait en substance: &#8221; D\u00e8s qu&#8217;un lieu te ressemble quitte-le. Rien n&#8217;est plus dangereux pour toi que ta chambre (&#8230;), ta famille.&#8221; n M. S.<\/p>\n<p>1. Jean-Claude Guillebaud, la Tyrannie du plaisir, Seuil, 392 p., 140 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-955","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=955"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/955\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}