{"id":954,"date":"1998-05-01T00:00:00","date_gmt":"1998-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jacques-weber-le-theatre-au954\/"},"modified":"1998-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-04-30T22:00:00","slug":"jacques-weber-le-theatre-au954","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=954","title":{"rendered":"Jacques Weber, le th\u00e9\u00e2tre au tournant"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jacques Weber <\/p>\n<p>Voir aussi Art, soci\u00e9t\u00e9, service public<strong> Le directeur du th\u00e9\u00e2tre de Nice est pass\u00e9, le temps d&#8217;un film, Don Juan, derri\u00e8re la cam\u00e9ra. Il n&#8217;en oublie pas pour autant le th\u00e9\u00e2tre et les probl\u00e8mes auxquels sont confront\u00e9s les centres dramatiques nationaux. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  La d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale a-t-elle encore un sens aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jacques Weber : <\/strong> S&#8217;il n&#8217;y avait pas de lieux subventionn\u00e9s, r\u00e9partis en Sc\u00e8nes nationales, Centres dramatiques ou Th\u00e9\u00e2tres nationaux, il n&#8217;y aurait aucune possibilit\u00e9 de montrer d&#8217;autres spectacles que ceux propos\u00e9s par des &#8221; tourneurs &#8221; priv\u00e9s, par le biais des th\u00e9\u00e2tres municipaux. Quand on sait que ces tourneurs sont &#8221; condamn\u00e9s &#8221; \u00e0 faire des recettes importantes, \u00e9tant donn\u00e9 le prix d&#8217;achat des grands spectacles, on sait exactement \u00e0 quoi il faudrait s&#8217;attendre. Quels que soient les changements intervenus depuis les ann\u00e9es 70, la d\u00e9centralisation a un sens. Elle signifie qu&#8217;un Centre dramatique ou une Sc\u00e8ne nationale, quel que soit son budget, est en mesure de pr\u00e9senter des spectacles de grande qualit\u00e9, et sur un nombre de repr\u00e9sentations cons\u00e9quent. Il y a bien s\u00fbr des imperfections. On est pris dans ce grand \u00e9cart entre un budget en \u00e9quilibre et la cr\u00e9ation. C&#8217;est, tr\u00e8s souvent, antinomique. On peut essayer de r\u00e9duire ce grand \u00e9cart par une politique de grand service public. C&#8217;est ce que nous essayons de faire au th\u00e9\u00e2tre de Nice. Ou bien, il faut prendre des risques en vouant le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une recherche de publics et d&#8217;auteurs. Mais ce n&#8217;est possible que lorsqu&#8217;il y a plusieurs th\u00e9\u00e2tres dans la ville. C&#8217;est \u00e9videmment le cas \u00e0 Paris ou Marseille. Mais, dans de nombreux endroits, ce n&#8217;est pas le cas. On assiste alors \u00e0 une esp\u00e8ce de d\u00e9sertion d&#8217;un grand lieu qui poss\u00e8de des moyens importants mais un public restreint. Il faut trouver des id\u00e9es pour reconqu\u00e9rir un certain public et notamment par une politique de tarification diff\u00e9rente. Et retrouver un syst\u00e8me de conversation entre le public et le th\u00e9\u00e2tre pour que les gens puissent, d&#8217;eux-m\u00eames, redevenir curieux de th\u00e9\u00e2tre. Au fond, c&#8217;est le vrai probl\u00e8me. Il y a des projets utopiques formidables, comme ceux de StanislasNordey \u00e0 Saint-Denis. L&#8217;utopie est une bonne chose parce qu&#8217;elle r\u00e9veille mais elle est dangereuse parce qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9teint tr\u00e8s vite. La r\u00e9flexion n&#8217;appartient pas qu&#8217;aux structures en place. Elle appartient d&#8217;abord \u00e0 la mentalit\u00e9 et aux rapports sociologiques qu&#8217;entretiennent les premiers intervenants dans le monde du spectacle, c&#8217;est-\u00e0-dire les acteurs. En Angleterre, un acteur de renom gagne en un mois ce qu&#8217;un acteur de renom gagne en deux ou trois jours \u00e0 Paris. Lorsqu&#8217;on a besoin d&#8217;une vedette dans un th\u00e9\u00e2tre subventionn\u00e9, pour monter un spectacle, assurer un certain nombre de repr\u00e9sentations, avec des frais et une fr\u00e9quentation importante pour une tourn\u00e9e, ce com\u00e9dien va &#8221; co\u00fbter &#8221; extr\u00eamement cher. Et comme il y a une s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi, diff\u00e9rente de celle existant en Angleterre, le prix moyen des acteurs est extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9. De l\u00e0, le prix des autres intervenants. Il y a eu des ph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s pervers au moment du doublement des subventions en 1981. On a tr\u00e8s sensiblement augment\u00e9 le nombre des repr\u00e9sentations, on a augment\u00e9 le nombre des cr\u00e9ations. Mais on a surtout consid\u00e9rablement augment\u00e9 la masse des salaires. Donc, peu ou prou, on a un certain nombre d&#8217;acteurs qui tendent \u00e0 s&#8217;embourgeoiser. Je peux en parler, j&#8217;en fais partie. Ceux-l\u00e0 disposent d&#8217;un pouvoir important puisqu&#8217;ils sont les locomotives avec lesquelles on monte les trains. Et il y a une d\u00e9flagration sur les autres salaires. On se retrouve avec des co\u00fbts de plateau, de production hallucinants. Comme de nombreux metteurs en sc\u00e8ne continuent \u00e0 penser qu&#8217;il faut entretenir un rapport de force entre le pouvoir financier et le pouvoir artistique, on se retrouve aussi avec des co\u00fbts de d\u00e9cors qui ne sont rien d&#8217;autre que des provocations. Je crois qu&#8217;il faut aller dans le sens oppos\u00e9 et dire: &#8221; Je fais avec les moyens que je peux avoir.&#8221; Les choses iraient beaucoup mieux. Puisqu&#8217;on nous condamne \u00e0 raisonner en termes \u00e9conomiques, il faut en finir avec l&#8217;inflationnisme et surtout avec cet embourgeoisement de la profession.<\/p>\n<p> <strong> N&#8217;est-ce pas un peu provocateur au regard de cette masse de com\u00e9diens intermittents, qui ont du mal \u00e0 vivre de leur m\u00e9tier ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. W.: <\/strong> Ce n&#8217;est pas \u00e0 eux que je demande de faire des efforts. Mais tant qu&#8217;il y aura ce probl\u00e8me avec, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;intermittence et, de l&#8217;autre, ces vedettes, on n&#8217;y arrivera pas. Ce n&#8217;est pas en tenant un discours de gauche, poli, qu&#8217;on r\u00e9glera quoi que ce soit. On est totalement li\u00e9 \u00e0 une politique nationale qui, \u00e0 l&#8217;heure actuelle, ne fait que du repl\u00e2trage.<\/p>\n<p> <strong> Les d\u00e9clarations d&#8217;intention de Catherine Trautmann s&#8217;inscrivent-elles dans la d\u00e9marche que vous souhaitez ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. W.: <\/strong> Je n&#8217;ai pas connaissance, au mot et \u00e0 la lettre, de ce qu&#8217;a dit Catherine Trautmann. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment re\u00e7u au minist\u00e8re. On a reproch\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de Nice de se municipaliser, d&#8217;\u00eatre plus une vitrine des spectacles nationaux &#8211; tout en reconnaissant qu&#8217;on avait une politique de cr\u00e9ation int\u00e9ressante -, de ne pas travailler avec les troupes de la r\u00e9gion, avec le tissu th\u00e9\u00e2tral ni\u00e7ois, qu&#8217;il fallait qu&#8217;on retrouve une r\u00e9flexion sur la relation avec le public. Ce qui est vrai pour ce dernier point. Nous sommes, en quelque sorte, en roue libre. Il faut en effet relancer une dynamique entre le public et nous. On peut faire repartir des troupes locales. Mais on doit aussi pr\u00e9senter au public les tr\u00e8s beaux spectacles qui existent. Il est dommage, par exemple, qu&#8217;il n&#8217;y ait que 40 000 personnes qui aient vu la Maison de poup\u00e9e jou\u00e9e par Dominique Blanc \u00e0 l&#8217;Od\u00e9on. Je suis pr\u00eat \u00e0 me bagarrer pour qu&#8217;on puisse voir ce spectacle \u00e0 Nice. J&#8217;estime que \u00e7a fait partie de mon boulot, m\u00eame s&#8217;il est marchand.<\/p>\n<p> <strong> Il n&#8217;y a quasiment plus de troupes permanentes dans les Th\u00e9atres nationaux. Faut-il y revenir ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. W.: <\/strong> On peut inventer, faire exister un travail de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 partir d&#8217;une troupe permanente. Mais ce n&#8217;est pas la seule possibilit\u00e9 de dialogue avec un large public. Une troupe permanente va peut-\u00eatre, tr\u00e8s lentement, susciter un autre public. C&#8217;est formidable et essentiel dans la vie th\u00e9\u00e2trale. Mais il ne peut \u00eatre l&#8217;unique type de travail des Centres dramatiques nationaux. Si on a un grand th\u00e9\u00e2tre, 15 m\u00e8tres d&#8217;ouverture de la sc\u00e8ne, 25 personnes \u00e0 l&#8217;accueil, on ne peut pas pr\u00e9tendre \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre de recherche. Ce dernier n\u00e9cessite un autre type de lieu. Ou alors il y a suffisamment de moyens pour, en m\u00eame temps, entretenir ce grand th\u00e9\u00e2tre et une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec le public. A Nice, nous avons une salle de 1 000 places et une autre de 380, \u00e0 faire marcher au moins 150 jours par an.<\/p>\n<p> <strong> Apr\u00e8s avoir souvent trait\u00e9 Moli\u00e8re sur la sc\u00e8ne, que repr\u00e9sente le passage derri\u00e8re la cam\u00e9ra pour Don Juan ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. W.: <\/strong> J&#8217;ai eu l&#8217;envie, plus forte que tout, de raconter l&#8217;histoire qui me venait, \u00e0 partir du Don Juan de Moli\u00e8re, que j&#8217;avais jou\u00e9 200 fois. Le film n&#8217;a rien \u00e0 voir avec cette pi\u00e8ce. C&#8217;est une histoire qui m&#8217;est propre. Il est vrai, et je le revendique, que je m&#8217;empare sauvagement d&#8217;un texte de Moli\u00e8re: je le d\u00e9chire, le recolle dans un tout autre sens. C&#8217;est sans doute une g\u00eane pour certains. J&#8217;avais, avec le cin\u00e9ma, une envie de plein air. Ce n&#8217;est pas la m\u00eame relation \u00e0 la vie et au monde que le th\u00e9\u00e2tre. Je n&#8217;abandonnerai jamais le th\u00e9\u00e2tre, mais j&#8217;ai vraiment envie de refaire un film. Apr\u00e8s avoir souvent jou\u00e9 Moli\u00e8re, je souhaite maintenant m&#8217;engager dans un th\u00e9\u00e2tre plus actuel.<\/p>\n<p>* Com\u00e9dien, metteur en sc\u00e8ne, directeur du Centre dramatique national Nice-C\u00f4te d&#8217;Azur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jacques Weber <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-954","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/954","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=954"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/954\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=954"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=954"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=954"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}