{"id":951,"date":"1998-05-01T00:00:00","date_gmt":"1998-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/150-ans-du-manifeste951\/"},"modified":"1998-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-04-30T22:00:00","slug":"150-ans-du-manifeste951","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=951","title":{"rendered":"150 ans du Manifeste"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Regards a souhait\u00e9 accueillir pour ce num\u00e9ro sp\u00e9cial des intellectuels, des personnalit\u00e9s qui, dans leur diversit\u00e9, nous donnent leur version d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 et d&#8217;un monde nouveaux comme alternative au capitalisme. Quelques contributions. <\/p>\n<p> <strong> Ce qui reste du Manifeste, par Maurice Moissonnier (Historien) <\/strong><\/p>\n<p>En ce cent cinquantenaire du Manifeste de Marx et Engels, pour le pr\u00e9sent et l&#8217;avenir, que reste-t-il d&#8217;essentiel ? 1. L&#8217;\u00e9vidence de la Lutte des classes (malgr\u00e9 l&#8217;acharnement mis par certains &#8221; historiens de service &#8221; \u00e0 travestir ce concept majeur). Sa &#8221; remise \u00e0 jour &#8221; consiste \u00e0 en saisir l&#8217;\u00e9volution dans sa configuration historique li\u00e9e aux transformations structurelles du capitalisme. Dans ses formes li\u00e9es aux \u00e9volutions culturelles. Nous sommes arm\u00e9s pour le faire gr\u00e2ce aux travaux de nombreux chercheurs, y compris ceux que le marxisme a inspir\u00e9s sans qu&#8217;ils se proclament communistes &#8221; orthodoxes &#8220;: Marc Bloch, Braudel, Duby, Immanuel Wallerstein, etc. Il faut aller plus loin ! 2. L&#8217;\u00e9vidence de l&#8217;accumulation du capital et de ses effets n\u00e9gatifs pour le producteur: &#8221; comment le travailleur a-t-il pu, de ma\u00eetre du capital qu&#8217;il \u00e9tait en tant que son cr\u00e9ateur, devenir l&#8217;esclave du capital ? &#8221; (le Capital, chapitre XXV, 7e section, note 9, interrogation de Von Th\u00fcnen). De nos jours, ses r\u00e9sultats dans le cadre de la mondialisation prennent un aspect monstrueux cr\u00e9ateur d&#8217;une surpopulation relative de travailleurs (cf.par exemple les chroniques sur ce sujet parues r\u00e9guli\u00e8rement dans le Monde diplomatique). Si &#8221; l&#8217;accumulation du capital est le ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental sur lequel viennent se greffer toutes les lois \u00e9conomiques du monde capitaliste &#8221; (Dictionnaire critique du marxisme, PUF 1985, p.10) cela conduit \u00e0 mon troisi\u00e8me point.3. La dur\u00e9e, l&#8217;ampleur, la profondeur de la crise mondiale \u00e0 rebondissements du syst\u00e8me capitalisme r\u00e9v\u00e8le la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un changement de mode de production. Le capitalisme apr\u00e8s l&#8217;esclavage et le f\u00e9odalisme annonce son d\u00e9clin par l&#8217;inefficacit\u00e9 de ses r\u00e9ponses aux besoins fondamentaux des populations et par les p\u00e9rils qu&#8217;il fait peser sur l&#8217;avenir de la plan\u00e8te. Ce n&#8217;est plus seulement un probl\u00e8me de structures \u00e9conomiques dont tout d\u00e9coulerait.\u008dccedil;a ne l&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9. Engels, dans ses lettres sur l&#8217;histoire, entre 1890 et 1895, a mis en garde contre toute vision m\u00e9caniste minorisant l&#8217;instance culturelle: &#8221; Nous nous sommes attach\u00e9s \u00e0 d\u00e9duire les repr\u00e9sentations id\u00e9ologiques &#8211; politiques, juridiques et autres &#8211; ainsi que les actions conditionn\u00e9es par elles, des faits \u00e9conomiques qui sont \u00e0 leur base, et nous avons eu raison. Mais en consid\u00e9rant le contenu, nous avons n\u00e9glig\u00e9 la forme: la mani\u00e8re dont se constituent ces repr\u00e9sentations.ce qui a fourni \u00e0 nos adversaires l&#8217;occasion r\u00eav\u00e9e de se permettre des interpr\u00e9tations fausses et des alt\u00e9rations &#8221; (\u00e0 F. Mehring, 14 juillet 1893)&#8230;multipli\u00e9es par celles des faux amis &#8221; \u00e9clair\u00e9s &#8221; par le dogmatisme stalinien ! Les t\u00e2ches dans ce domaine sont capitales pour en finir avec les s\u00e9quelles de cet h\u00e9ritage.4. Sur le plan pratique des luttes, il me semble que, face \u00e0 la mondialisation du syst\u00e8me capitaliste, l&#8217;objectif recherch\u00e9 devrait \u00eatre une internationalisation des rapports entre les forces politiques et\/ou syndicales organis\u00e9es de fa\u00e7on souple rejetant l&#8217;\u00e9troitesse de &#8221; conditions &#8221; d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 l&#8217;avance et surtout non d\u00e9pendantes d&#8217;un &#8221; centre &#8221; (ou d&#8217;un syst\u00e8me d&#8217;\u00e9tats phares). Les techniques modernes de communication pourraient faciliter le fonctionnement de coop\u00e9rations internationales pariant sur la diversit\u00e9 et\/ou la g\u00e9om\u00e9trie variable. T\u00e2che difficile, moins que celle imagin\u00e9e par Marx et Engels il y a 150 ans lorsqu&#8217;ils agissaient d\u00e9j\u00e0 &#8221; fortiter in r\u00e9, suaviter in modo &#8220;. Vu le temps n\u00e9cessaire pour obtenir un r\u00e9sultat, il y a urgence.n M. M.<\/p>\n<p> <strong>  Vers les cimes, par Sara Alexander (Auteur compositeur) <\/strong><\/p>\n<p>Les bornes de la route\/ La courbe d&#8217;une rivi\u00e8re\/ Le vol d&#8217;un oiseau\/ L&#8217;absence de fronti\u00e8res\/ Ce feu comme un volcan\/ Sans rimes ni raison\/ Cette fi\u00e8vre de partir\/ Plus loin qu&#8217;\u00e0 l&#8217;horizon.\/<\/p>\n<p>Les larmes et le rire\/ De notre douce enfance\/ Les r\u00eaves plein de promesses\/ De notre belle jeunesse\/ Au seuil de la vie\/ C&#8217;est notre seul bagage\/ Que l&#8217;on porte \u00e0 jamais\/ Pour cet unique voyage\/<\/p>\n<p>Le courant d&#8217;un marin\/ Affrontant la temp\u00eate\/ Le plaisir du savoir\/ La joie de l&#8217;Alpha-Bet\/ Et l&#8217;or de la moisson\/ Le noir de la mine\/ Les muscles des ma\u00e7ons\/<\/p>\n<p>La soif de la justice\/ Et de la libert\u00e9\/ Le bonheur du partage\/ Et la porte sans cl\u00e9\/ Tout homme d&#8217;o\u00f9 qu&#8217;il vienne\/ Qu&#8217;il soit blanc ou noir\/ Arpente le m\u00eame chemin\/ Caresse le m\u00eame espoir\/<\/p>\n<p>Vers un monde amoureux\/ Poursuivre notre qu\u00eate\/ Et la terre promise\/ Sera toute la plan\u00e8te\/ Car la seule famille\/ C&#8217;est la famille des hommes\/ Ce chant qui monte en moi\/ Ce soir en vous r\u00e9sonne\/<\/p>\n<p>Refrain Pose ton regard ves les cimes\/ Guide tes pas vers les cimes\/ Contre le vent, vers les cimes\/ Le voyageur\/<\/p>\n<p> <strong> Les axes de l&#8217;alternatives au capitalisme, par Claude Pennetier (Historien, directeur du Maitron) <\/strong><\/p>\n<p>Un historien des militants et des militantes ne peut que r\u00e9agir \u00e0 la d\u00e9prime qui s&#8217;est install\u00e9e dans les milieux politiques et syndicaux et plus largement dans le monde populaire depuis la fin des ann\u00e9es 70. Pas de futur pour les paradigmes socialistes et communistes issus de la guerre froide, sans doute. Mais comment ne pas voir que les th\u00e8mes de mobilisation des ann\u00e9es 80-90 portent en eux plus d&#8217;un axe de l&#8217;alternative au capitalisme. En premier lieu, le refus du racisme et du sexisme port\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ses cons\u00e9quences les plus d\u00e9stabilisants pour l&#8217;ordre \u00e9tabli. En fait, aucune des soci\u00e9t\u00e9s industrielles n&#8217;a donn\u00e9 de r\u00e9ponse satisfaisante \u00e0 cette exigence, et aux progr\u00e8s (contraception, condamnations des incitations \u00e0 la haine raciale&#8230;) succ\u00e8dent les menaces, sinon les r\u00e9gressions. En second lieu, qu&#8217;il s&#8217;agisse du processus politique ou des perspectives, l&#8217;alternative implique, par r\u00e9action contre le stalinisme, un respect total de la libre expression, de la transparence des pouvoirs, de la contestation, de la d\u00e9rision et de la remise en cause. Elle implique donc une vie culturelle intense, un d\u00e9sir d&#8217;histoire, de philosophie, de cr\u00e9ativit\u00e9 intellectuelle. Enfin, en politique comme en \u00e9conomie, le mouvement vers la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire r\u00e9aliste s&#8217;appuierait sur la libre entreprise individuelle et collective, sur la capacit\u00e9 d&#8217;innover, d&#8217;inventer ou de r\u00e9nover venant des couches les plus diverses de la soci\u00e9t\u00e9, sur le go\u00fbt de r\u00e9ussir pour soi et pour les autres. Un service public sans cesse interpell\u00e9 par ses travailleurs et ses utilisateurs, ouvert au mouvement de la soci\u00e9t\u00e9, dialoguerait avec un secteur entrepreneurial individuel ou associatif, acceptant l&#8217;expression des tensions et aspirations diff\u00e9renci\u00e9es entre les divers acteurs. Libert\u00e9 totale, \u00e9galit\u00e9 vigilante, tension cr\u00e9atrice, la part des militants reste centrale.n C. P.<\/p>\n<p> <strong> Le premier manifeste \u00e9tait passionnant. Quand est-ce qu&#8217;on \u00e9crit le deuxi\u00e8me ?, par Daniel Mesguich (Com\u00e9dien, directeur du Th\u00e9\u00e2tre national de Lille) <\/strong><\/p>\n<p>Le communisme nous a d\u00e9niais\u00e9s. Il nous a appris \u00e0 lire le monde comme un palimpseste: on croyait, ici, qu&#8217;il s&#8217;agissait de justice, ou de morale ?&#8230;- Faux; frottez un peu, un autre texte appara\u00eet, lisez de nouveau: il ne s&#8217;agissait que d&#8217;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique, de profit. On croyait, l\u00e0, qu&#8217;il s&#8217;agissait de politique, de philosophie, d&#8217;art; faux encore; frottez de nouveau, un autre texte se donnait \u00e0 lire, qui renvoyait le premier texte, l&#8217;apparent, \u00e0 ce qu&#8217;il n&#8217;avait jamais cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre en r\u00e9alit\u00e9; un produit d\u00e9riv\u00e9, et maquill\u00e9, de l&#8217;id\u00e9ologie capitaliste, qui, elle-m\u00eame, n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une \u00e9manation d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Cette connaissance, ou reconnaissance, \u00e9tait un ferment de r\u00e9volte, et peut-\u00eatre de r\u00e9volution&#8230; Mais voil\u00e0; le capitalisme vainqueur (pour l&#8217;instant !) ne se l&#8217;est pas fait dire deux fois.&#8221; Ah, ainsi l&#8217;on peut donc ne plus prendre la peine de se cacher, de maquiller, on peut dire directement la v\u00e9rit\u00e9 &#8220;; et, aujourd&#8217;hui, pas un journal qui ne c\u00e9l\u00e8bre la d\u00e9esse Economie comme une vedette; les tractations financi\u00e8res, jadis discr\u00e8tes, voire secr\u00e8tes, font la une des journaux ou des \u00e9missions de radio ou de t\u00e9l\u00e9vision. Le profit se dit cr\u00fbment; il est devenu \u00e9vident&#8230; Ils appellent \u00e7a mondialisation&#8230; Triomphe du cynisme, de la pens\u00e9e du court terme, de l&#8217;id\u00e9ologie marchande. Le but de la vie ? Ben, euh, l&#8217;argent, bien s\u00fbr encore. Et tout le monde est encore d&#8217;accord. Marketing est roi, et Communi&#8230;cation est son proph\u00e8te. J&#8217;ai dit: &#8221; Ils appellent \u00e7a&#8230;&#8221; &#8211; Qui &#8221; ils &#8221; ? &#8211; Mais&#8230; Tout le monde. D\u00e9sespoir de ceux qui n&#8217;atteignent pas l&#8217;argent; vanit\u00e9, vacuit\u00e9, vulgarit\u00e9 de ceux qui l&#8217;atteignent. Et voici le fascisme \u00e0 nos portes. Il faudrait peut-\u00eatre un nouveau manifeste. Oui, sous ce spectre qui hantait l&#8217;Europe, il faudrait peut-\u00eatre un autre spectre, qui hanterait le monde. Qui entendrait, mieux que le premier, tous les effets de r\u00e9troaction des &#8221; superstructures &#8220;; qui int\u00e9grerait la psychanalyse, les sciences dites humaines, les arts &#8211; et sans les m\u00e9priser comme simples &#8221; repr\u00e9sentations &#8221; bourgeoises ou petites-bourgeoises d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 sup\u00e9rieure; qui oserait, bien que parlant au nom de l&#8217;humanit\u00e9, commencer par \u00eatre minoritaire; qui d\u00e9noncerait nettement sans crainte de perdre de l&#8217;\u00e9lectorat, les pr\u00e9mices, toujours maquill\u00e9es, du fascisme, du racisme, du &#8221; sexisme &#8220;, du poujadisme, etc., qui sont \u00e0 l&#8217;oeuvre dans, en vrac: les religions (ou bien c&#8217;est que ce n&#8217;est plus un opium ?), les concerts pop univoques et religieusement la\u00efques (&#8221; a\u00efe on va se priver des jeunes ! &#8220;) le sport (ha\u00efr l&#8217;\u00e9quipe adverse n&#8217;est-il pas haine de l&#8217;autre c&#8217;est-\u00e0-dire haine de soi ?), l&#8217;\u00e9conomisme syndicaliste (&#8221; a\u00efe on ne va tout de m\u00eame pas d\u00e9cevoir Billancourt ! &#8220;) &#8211; bref, tout ce que le capitalisme certes (dont c&#8217;est l&#8217;int\u00e9r\u00eat avou\u00e9, au m\u00e9pris de plus en plus, comble d&#8217;ironie, du bonheur des capitalistes eux-m\u00eames !) impose partout &#8211; mais pas que lui. Qui oserait relever sous le beau concept de culture populaire ce qui n&#8217;est que culture commerciale, foment\u00e9e par des cyniques, voire barbarie. Nous n&#8217;avions que nos cha\u00eenes \u00e0 perdre, c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;\u00e9tait l&#8217;erreur. Le premier manifeste \u00e9tait passionnant. Quand est-ce qu&#8217;on \u00e9crit le second ? n D. M.<\/p>\n<p> <strong> Plus qu&#8217;un espoir, une n\u00e9cessit\u00e9, par Alain Krivine (Dirige la Ligue communiste r\u00e9volutionnaire) <\/strong><\/p>\n<p>Parce que les r\u00e9gimes staliniens de l&#8217;Est se pr\u00e9tendaient &#8221; communistes &#8220;, certains, \u00e0 l&#8217;heure de leur chute, ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le communisme mort et enterr\u00e9. Ils se sont h\u00e2t\u00e9s d&#8217;ensevelir avec lui l&#8217;espoir de l&#8217;\u00e9mancipation humaine.&#8221; Finie l&#8217;Histoire ! &#8220;, proclamait l&#8217;un.&#8221; Oubli\u00e9es les illusions ! &#8221; entonnait l&#8217;autre. Mais, \u00e0 voir le grand spectacle morbide orchestr\u00e9 par Courtois et son Livre noir du communisme, il semble que, pour sceller la tombe, de nouvelles tonnes de boue doivent \u00eatre d\u00e9vers\u00e9es. Bref, 150 ans apr\u00e8s, le spectre est toujours actif ! Il ne hante plus seulement l&#8217;Europe, mais le monde entier. Et la vie de chacune et chacun, \u00e0 tout instant. Car le capitalisme, sous le nom de &#8221; mondialisation &#8220;, \u00e9tend la marchandisation \u00e0 la totalit\u00e9 de la plan\u00e8te, \u00e0 l&#8217;int\u00e9gralit\u00e9 de l&#8217;existence des individus. Aucune contr\u00e9e exotique, nulle parcelle priv\u00e9e ne lui \u00e9chappe. Tout s&#8217;ach\u00e8te et se vend, tout s&#8217;\u00e9change et se consomme: les capacit\u00e9s humaines et les villes, les \u00e9motions et les organes, la pens\u00e9e et les produits&#8230; Tout fait profit ! Marx et Engels, dans leur Manifeste, avaient eu la vision de ce formidable mouvement de r\u00e9volution permanente des forces productives. Mais alors, pour eux, l&#8217;admiration l&#8217;emportait sur l&#8217;angoisse. Aujourd&#8217;hui, il ne peut plus en \u00eatre de m\u00eame pour nous&#8230; L&#8217;extension tentaculaire des rapports marchands sur le vivant est menac\u00e9e de mort. Alors que le travail, pour ob\u00e9ir aux imp\u00e9ratifs de la productivit\u00e9 maximale, est toujours plus flexibilis\u00e9 et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son sens, on voit perdurer les formes les plus barbares d&#8217;exploitation et de domination, tel le travail des enfants, voire l&#8217;esclavage&#8230; Capital, qu&#8217;as-tu fait du progr\u00e8s promis ? Si les profits croissent monstrueusement, partout se creusent ch\u00f4mage, pauvret\u00e9, s&#8217;aggravent r\u00e9gressions sociales, terreurs dictatoriales, destructions de l&#8217;environnement&#8230; Peut-\u00eatre le mot &#8221; communisme &#8221; ne se rel\u00e8vera-t-il pas des injures que l&#8217;Histoire lui a inflig\u00e9es, mais l&#8217;exigence de l&#8217;\u00e9mancipation, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9volution sociale qui lib\u00e8re l&#8217;Humanit\u00e9 de l&#8217;\u00e9treinte mortelle du capitalisme, elles, sont plus actuelles que jamais. L&#8217;alternative au capitalisme ? Non pas un r\u00eave, plus qu&#8217;un espoir: une urgente et vitale n\u00e9cessit\u00e9.n A. K.<\/p>\n<p> <strong> Le communisme n&#8217;est pas une soci\u00e9t\u00e9, il est une \u00e9thique, par Mich\u00e8le Bertrand (Universitaire) <\/strong><\/p>\n<p>Quand j&#8217;avais vingt ans, le Manifeste communiste m&#8217;avait enthousiasm\u00e9e. Dans les paroles ardentes de ces jeunes gens qui avaient nom Marx et Engels, je retrouvais quelque chose de la r\u00e9volte, de l&#8217;intransigeance, du d\u00e9sir de justice et de fraternit\u00e9 qui sont l&#8217;apanage de la jeunesse. Du moins faut-il l&#8217;esp\u00e9rer. C&#8217;est bien triste de n&#8217;avoir pas d&#8217;id\u00e9al ou, comme aujourd&#8217;hui, de n&#8217;avoir pas d&#8217;esp\u00e9rance. Depuis, \u00e9videmment, il a fallu faire face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, moins belle que le r\u00eave. Aux d\u00e9ceptions, aux d\u00e9sillusions. Le r\u00e9gime sovi\u00e9tique n&#8217;a pas produit que des monstres, comme certains esprits simplistes (qui n&#8217;ont plus pourtant l&#8217;excuse de la jeunesse) tendent \u00e0 le proclamer. Mais quel \u00e9chec, et quelles zones d&#8217;ombre, quelles fautes aussi, inacceptables. Faut-il associer le communisme \u00e0 ce r\u00e9gime ? Je n&#8217;aurai pas la na\u00efvet\u00e9 de dire: ce n&#8217;\u00e9tait pas le &#8221; vrai &#8221; communisme, comme certains disent ce n&#8217;\u00e9tait pas le vrai christianisme. Force est de constater que, dans l&#8217;histoire, les id\u00e9aux les plus \u00e9lev\u00e9s servent de l\u00e9gitimation aux politiques les plus cyniques. Il faut faire avec cette r\u00e9alit\u00e9, si d\u00e9plaisante soit-elle. Je crois que l&#8217;erreur (des communistes occidentaux) est d&#8217;avoir cru \u00e0 la possibilit\u00e9 d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 communiste. Le communisme n&#8217;est pas une soci\u00e9t\u00e9, il est un esprit, une \u00e9thique.que cette exigence \u00e9thique se traduise par des politiques sociales et \u00e9conomiques, qu&#8217;il y ait des exp\u00e9riences \u00e9conomiques \u00e0 tenter, cela est concevable. Mais ces exp\u00e9riences peuvent \u00e9chouer, ou avoir des effets n\u00e9gatifs non pr\u00e9vus, comme chaque fois qu&#8217;une id\u00e9e est mise en pratique. Et la le\u00e7on de l&#8217;histoire est double: la premi\u00e8re, c&#8217;est qu&#8217;on ne doit pas s&#8217;ent\u00eater interminablement dans des exp\u00e9riences qui \u00e9chouent, il faut admettre de rectifier inlassablement. Ce n&#8217;est pas un crime de l\u00e8se-communisme que de rectifier ses erreurs. La seconde, c&#8217;est qu&#8217;on ne saurait les mener sans un consensus politique, sans une r\u00e9elle d\u00e9mocratie. Nous avons une d\u00e9mocratie, si imparfaite soit-elle. Mais la d\u00e9mocratie peut aussi produire la souffrance sociale, nous n&#8217;en voyons que trop la r\u00e9alit\u00e9 aujourd&#8217;hui. C&#8217;est pourquoi il me para\u00eet important qu&#8217;existe un mouvement communiste, un id\u00e9al communiste, et l&#8217;exigence d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 comportant le souci du d\u00e9veloppement de tous et l&#8217;acc\u00e8s du plus grand nombre aux biens qualitatifs qu&#8217;on ne re\u00e7oit pas passivement, mais qui permettent de d\u00e9velopper des activit\u00e9s: l&#8217;\u00e9ducation, la culture, le temps pour une vie sociale et familiale, le temps pour agir et prot\u00e9ger notre environnement.n M. B.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;h\u00e9ritage du &#8221; socialisme r\u00e9el &#8220;, par Lilly Marcou (Historienne) <\/strong><\/p>\n<p>Le communisme donn\u00e9 pour mort en 1989-91, criminalis\u00e9 par la suite par des chasseurs de sorci\u00e8res, ne cesse de nous interpeller par ces multiples rebondissements et m\u00e9tamorphoses. Sa force de renouveau, ses ouvertures et la prise en compte des erreurs et des trag\u00e9dies du pass\u00e9 ne font que confirmer la vitalit\u00e9 d&#8217;une pens\u00e9e politique, qui se ressource \u00e0 travers les probl\u00e8mes de l&#8217;heure, \u00e9tant plus vigilante que d&#8217;autres courants d&#8217;id\u00e9es face aux contradictions actuelles du capitalisme. La fin des exp\u00e9riences de type sovi\u00e9tique ne pouvait pas mettre en cause l&#8217;avenir du communisme en tant que messianisme, id\u00e9al ou avant-garde des luttes \u00e0 venir. Et la valse des retours-d\u00e9parts-retours des n\u00e9ocommunistes de l&#8217;Est et de la CEI ne fait qu&#8217;illustrer son enracinement profond dans ces soci\u00e9t\u00e9s en plein d\u00e9senchantement. La fin de la guerre froide, si elle a \u00e9cart\u00e9 la peur d&#8217;un conflit militaire &#8211; plus potentiel que r\u00e9el -, si elle a pu para\u00eetre pacificatrice d&#8217;un monde nagu\u00e8re bipolaire, elle n&#8217;a pas pour autant rendu le capitalisme plus humain et les soci\u00e9t\u00e9s de l&#8217;Est plus heureuses. Tout reste \u00e0 refaire et ces exp\u00e9riences dites du &#8221; socialisme r\u00e9el &#8220;, si elles ne furent gu\u00e8re porteuses d&#8217;un monde meilleur, nous laissent n\u00e9anmoins un h\u00e9ritage pr\u00e9cieux. Il y aura pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir des le\u00e7ons \u00e0 tirer de ce qu&#8217;il ne faut plus faire, mais aussi comment faire afin de venir en aide \u00e0 ceux qui n&#8217;ont pas la vocation de la libre entreprise. Enfin et surtout, comment parvenir \u00e0 atteindre le plein emploi malgr\u00e9 la r\u00e9volution informatique, la mondialisation et les imp\u00e9ratifs de l&#8217;Union europ\u00e9enne ? Si le communisme est per\u00e7u de nos jours par certains comme un des maux fondamentaux du XXe si\u00e8cle, il fut aussi porteur de la premi\u00e8re r\u00e9volution prol\u00e9tarienne de l&#8217;histoire dont les avatars restent \u00e0 \u00e9tudier plus que jamais dans leur complexit\u00e9. Certes, cela va \u00eatre l&#8217;oeuvre des g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, de ces g\u00e9n\u00e9rations qui connurent, depuis leur naissance, les mirages du capitalisme donn\u00e9 pour vainqueur dans cette fin de si\u00e8cle.n L. M.<\/p>\n<p> <strong> Nouvelle lune, par Andr\u00e9 Benedetto (Auteur, metteur en sc\u00e8ne, directeur de th\u00e9\u00e2tre) <\/strong><\/p>\n<p>les soleils se sont tous couch\u00e9s<\/p>\n<p>les t\u00e9n\u00e8bres nous envahissent<\/p>\n<p>il reste un peu de lueur rouge \u00e0 l&#8217;horizon<\/p>\n<p>mains \u00e0 t\u00e2tons nous allons sur la pointe<\/p>\n<p>chute des corps cadavres en travers palais des \u00e9pouvantes<\/p>\n<p>nos id\u00e9es d&#8217;hier en masques grima\u00e7ants surgissent et ricanent<\/p>\n<p>cris \u00e9touff\u00e9s partout<\/p>\n<p>des \u00e9lus passent avec des aur\u00e9oles arpentant les trottoirs<\/p>\n<p>\u00e0 plusieurs on aura plus d&#8217;id\u00e9es qu&#8217;\u00e0 un seul<\/p>\n<p>sorties de quelques \u00e9vidences<\/p>\n<p>tout \u00eatre est cr\u00e9ateur femme \u00e9gale de l&#8217;homme enfant individu<\/p>\n<p>et d&#8217;abord il faudrait all\u00e9ger les cartables<\/p>\n<p>nous sommes tous des centres<\/p>\n<p>sinon comment pourrions-nous nous parler<\/p>\n<p>j&#8217;ai quelque part une v\u00e9rit\u00e9 que je livre<\/p>\n<p>jamais eu de lutte des classes sur la terre<\/p>\n<p>seulement quelques-uns qui \u00e9crasent les autres<\/p>\n<p>r\u00e9sistances des autres un peu partout c&#8217;est vrai<\/p>\n<p>les uns assi\u00e8gent h\u00e9las la fi\u00e8vre obsidionale<\/p>\n<p>s&#8217;insinue dans nos yeux et nous met des barreaux<\/p>\n<p>comment la libert\u00e9 pourrait-elle jamais<\/p>\n<p>se d\u00e9velopper en prison on se demande<\/p>\n<p>ils ont mis des \u00eeles en prison<\/p>\n<p>une lune se mord la langue<\/p>\n<p>et ce plaisir intense \u00e0 regarder le monde<\/p>\n<p>r\u00e9sister et ne pas devenir le contraire<\/p>\n<p>m\u00eame avec des bonnes raisons<\/p>\n<p>mais apprendre \u00e0 s&#8217;\u00e9panouir<\/p>\n<p>il faut pratiquer l&#8217;utopie au jour le jour<\/p>\n<p>\u00e7a va de soi<\/p>\n<p>* Dominique Grador, membre du Bureau national du PCF, secr\u00e9taire de la f\u00e9d\u00e9ration de Corr\u00e8ze, anime le collectif &#8221; militantisme de notre temps &#8221; au sein du PCF.<\/p>\n<p>** Jacques Ion, sociologue, a publi\u00e9 notamment la Fin des militants ?, aux \u00e9ditions de l&#8217;Atelier en 1997.<\/p>\n<p>*** Fran\u00e7ois Kalfon est r\u00e9dacteur en chef de la revue P\u00e9tition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Regards a souhait\u00e9 accueillir pour ce num\u00e9ro sp\u00e9cial des intellectuels, des personnalit\u00e9s qui, dans leur diversit\u00e9, nous donnent leur version d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 et d&#8217;un monde nouveaux comme alternative au capitalisme. Quelques contributions. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-951","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=951"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/951\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=951"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}