{"id":9506,"date":"2016-03-21T01:18:47","date_gmt":"2016-03-21T00:18:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-christophe-ventura-la-chute-de-la\/"},"modified":"2016-03-21T01:18:47","modified_gmt":"2016-03-21T00:18:47","slug":"article-christophe-ventura-la-chute-de-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9506","title":{"rendered":"Christophe Ventura : \u00ab La chute de la gauche au Br\u00e9sil constituerait un choc syst\u00e9mique en Am\u00e9rique latine \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pris en tenaille entre la r\u00e9cession et des accusations de corruption, Dilma Rousseff et son gouvernement sont sous la pression de la rue. Sp\u00e9cialiste de l&#8217;Am\u00e9rique latine, Christophe Ventura explique les erreurs du pouvoir et les desseins de ses opposants. <\/p>\n<p>Le Br\u00e9sil est agit\u00e9 d&#8217;une grave crise politique et judiciaire : mis en cause dans <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/ameriques\/article\/2016\/03\/17\/bresil-un-juge-demande-la-suspension-de-l-entree-au-gouvernement-de-lula_4885125_3222.html\">le scandale de corruption Petrobras<\/a>, la pr\u00e9sidente Dilma Rousseff est menac\u00e9e d\u2019une proc\u00e9dure de destitution et son pr\u00e9d\u00e9cesseur Luiz Inacio Lula da Silva d&#8217;un placement en d\u00e9tention provisoire \u2013 \u00e0 laquelle <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/ameriques\/article\/2016\/03\/17\/bresil-un-juge-demande-la-suspension-de-l-entree-au-gouvernement-de-lula_4885125_3222.html\">il pourrait \u00e9chapper en entrant au gouvernement<\/a>. Vendredi, les soutiens de la gauche ont manifest\u00e9 contre ce qu&#8217;ils consid\u00e8rent comme un coup d&#8217;\u00c9tat, moins nombreux que les partisans de l&#8217;opposition quelques jours auparavant.<\/p>\n<p>Auteur de <em>L\u2019\u00e9veil d\u2019un continent \u2013 G\u00e9opolitique de l\u2019Am\u00e9rique latine et de la Cara\u00efbe<\/em> (Editions Armand Colin, 2014), Christophe Ventura revient sur la fragilisation d&#8217;un gouvernement qui n&#8217;a pas anticip\u00e9 les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique et de ses propres r\u00e9ussites, s&#8217;exposant au retour d&#8217;une droite tr\u00e8s radicalis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Regards. Au-del\u00e0 du scandale Petrobras, que signifie la crise politique qui frappe le pouvoir br\u00e9silien ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Christophe Ventura.<\/strong> Elle est le sympt\u00f4me d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&#8217;on a connu en France il y a quelques ann\u00e9es, notamment avec l&#8217;affaire Elf : celui de pays sans financement public de la vie politique et dont le syst\u00e8me politique est \u2013 \u00e0 90% dans le cas du Br\u00e9sil \u2013 financ\u00e9 par le secteur priv\u00e9. Cette affaire nous rappelle que la corruption est consubstantielle d&#8217;un tel syst\u00e8me, puisque ce sont les entreprises qui financent directement les partis et les campagnes \u00e9lectorales \u2013 qu&#8217;il s&#8217;agisse des partis de la coalition au pouvoir ou de ceux de l&#8217;opposition, lesquels sont d&#8217;ailleurs aussi impliqu\u00e9s que le Parti des travailleurs dans le scandale <em>Lava jato<\/em>[[&#8220;Lavage express&#8221;, avec la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019appels d\u2019offres truqu\u00e9s impliquant le groupe p\u00e9trolier Petrobras, des entreprises du BTP et des responsables politiques.]]<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Ce qui creuse la distance entre ce gouvernement et ceux qui l&#8217;ont port\u00e9 au pouvoir, c&#8217;est d&#8217;abord cette difficult\u00e9 \u00e0 poursuivre l&#8217;objectif de redistribution et de justice sociales \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>La crise r\u00e9sulte-t-elle seulement d&#8217;un probl\u00e8me institutionnel de ce type, ou bien a-t-elle une dimension particuli\u00e8re au moment o\u00f9 le PT appara\u00eet fragilis\u00e9 et la politique de Dilma Rousseff remise en cause ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des deux. L&#8217;arri\u00e8re-fond du scandale est l&#8217;entr\u00e9e du Br\u00e9sil, \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, notamment en 2012-2013, dans une crise \u00e9conomique qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9e, avec un retournement de cycle tr\u00e8s important pour les pays exportateurs de mati\u00e8res premi\u00e8res. Ils ont subi de plein fouet le contrecoup de la crise de 2008, laquelle s&#8217;est traduite par un effondrement, non seulement des exportations de mati\u00e8res premi\u00e8res, mais aussi du cours de celles-ci. L&#8217;\u00e9conomie br\u00e9silienne s&#8217;est enray\u00e9e (en r\u00e9cession de 3,8% en 2015), entra\u00eenant la spirale de l&#8217;endettement, de l&#8217;inflation et d&#8217;un ralentissement g\u00e9n\u00e9ral, avec une croissance du ch\u00f4mage \u00e0 pr\u00e8s de 10% de la population active, une chute de la consommation populaire et des difficult\u00e9s accrues dans le secteur de l&#8217;\u00e9conomie informelle, ainsi qu&#8217;une baisse du pouvoir d&#8217;achat. Le gouvernement n&#8217;a plus \u00e9t\u00e9 en mesure de maintenir l\u2019ambition des politiques sociales de lutte contre la pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s qui ont fait son succ\u00e8s au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. La crise a pris ensuite un tour politique avec la r\u00e9v\u00e9lation de scandales de corruption qui ne sont pas apparus par enchantement : la tol\u00e9rance envers celle-ci diminue lorsque l&#8217;\u00e9conomie va plus mal et que les conditions d&#8217;existence recommencent \u00e0 se d\u00e9grader au sein de la population. <\/p>\n<p><strong>Dans ce contexte, assiste-t-on au cr\u00e9puscule du projet politique port\u00e9 par le PT ? <\/strong><\/p>\n<p>Ce projet reste vivant dans la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne, consistant en des politiques \u00e9conomiques et publiques guid\u00e9es par l&#8217;objectif de redistribution des richesses cr\u00e9\u00e9es aupr\u00e8s des couches les plus modestes \u2013 un projet qui n&#8217;a d&#8217;ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionnaire et n&#8217;a pas consist\u00e9 \u00e0 renverser l&#8217;ordre \u00e9conomique ou la propri\u00e9t\u00e9. Il n&#8217;est pas \u00e9teint, mais il ne marche plus dans les conditions actuelles, qui rar\u00e9fient les ressources de l\u2019Etat quand les march\u00e9s mondiaux sont en crise, alors que le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique br\u00e9silien n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9 et transform\u00e9. Ce qui creuse la distance entre ce gouvernement et ceux qui l&#8217;ont port\u00e9 au pouvoir, c&#8217;est d&#8217;abord cette difficult\u00e9 \u00e0 poursuivre l&#8217;objectif de redistribution et de justice sociales, mais aussi le fait que le PT s&#8217;est coup\u00e9 des mouvements sociaux et de ses bases dans la gestion quotidienne de l&#8217;appareil d&#8217;\u00c9tat, avec une forme de bureaucratisation qui lui est reproch\u00e9e. <\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le Br\u00e9sil blanc, les classes sup\u00e9rieures urbaines qui sont dans la rue, l&#8217;\u00e9lectorat qui s&#8217;oppose traditionnellement au lulisme \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>La r\u00e9\u00e9lection de Dilma Rousseff en 2014 n&#8217;a pas enray\u00e9 cette \u00e9volution ?<\/strong><\/p>\n<p>Ses promesses de campagne ont \u00e9t\u00e9 contredites par la r\u00e9ponse de son gouvernement \u00e0 la crise. Le gouvernement Rousseff II a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 2014 sur le programme issu du consensus des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, mais ce n&#8217;est pas celui-ci qui a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre : l&#8217;ex\u00e9cutif s&#8217;est mis \u00e0 organiser l&#8217;ajustement du Br\u00e9sil aux exigences des march\u00e9s financiers, avec des coupes importantes dans les budgets sociaux, les investissements publics et les infrastructures, avec le blocage des salaires minimums, un projet de loi d\u00e9r\u00e9gulant le syst\u00e8me de retraites, etc. Le scandale Petrobras est venu, dans ce contexte, peser de tout son poids. Au-del\u00e0 de cette affaire, la question est ainsi de savoir si le retour de Lula au gouvernement \u2013 d\u00e9sormais rendu tr\u00e8s incertain avec la suspension de son entr\u00e9e dans l\u2019ex\u00e9cutif par un juge du Tribunal supr\u00eame f\u00e9d\u00e9ral \u2013 impliquerait un changement de cap dans sa politique, ce qui \u00e9tait manifestement l\u2019objectif.<\/p>\n<p><strong>Les manifestants qui descendent dans la rue sont-ils les m\u00eames que lors du mouvement de 2013 ? <\/strong><\/p>\n<p>En 2013, les populations qui s&#8217;\u00e9taient mobilis\u00e9es \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment celles qui avaient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des politiques du lulisme en sortant de la pauvret\u00e9, en acc\u00e9dant \u00e0 des emplois plus stabilis\u00e9s et \u00e0 la consommation. Cette petite classe moyenne, bien que le terme pr\u00eate \u00e0 discussion, exigeait un approfondissement de la politique men\u00e9e, surtout en mati\u00e8re d&#8217;infrastructures, d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et au cr\u00e9dit\u2026 Ces probl\u00e9matiques nouvelles, li\u00e9es \u00e0 la question de leur mobilit\u00e9 sociale, n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9es par le pouvoir, comme dans bien des pays gouvern\u00e9s par la gauche en Am\u00e9rique latine. Toutes les enqu\u00eates confirment qu&#8217;aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le Br\u00e9sil blanc, les classes sup\u00e9rieures urbaines qui sont dans la rue, l&#8217;\u00e9lectorat qui oppose traditionnellement au lulisme un vote d&#8217;opposition franc et massif. Politiquement, ce mouvement est d\u2019abord celui de la droite qui ne veut plus de la gauche au pouvoir, et sociologiquement celui des classes sup\u00e9rieures qui se consid\u00e8rent comme victimes des politiques men\u00e9es au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. On assiste \u00e0 une polarisation de classes.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab \u00c0 ce jour, la droite a gagn\u00e9 la bataille de la rue et oriente le m\u00e9contentement populaire vers ses positions id\u00e9ologiques \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Est-ce que le soutien majoritaire au pouvoir en place est susceptible d&#8217;\u00eatre remis en cause par le scandale et les mobilisations qu&#8217;il d\u00e9clenche ?<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est difficile \u00e0 pr\u00e9dire. Le gouvernement ne b\u00e9n\u00e9ficie plus d&#8217;un large soutien populaire : il est pris entre les attaques venues de sa droite, l\u2019enqu\u00eate <em>Lava Jato<\/em> et l&#8217;\u00e9loignement envers ses bases. Le rejet de Dilma Rousseff, que les sondages pr\u00e9sentent majoritaire \u00e0 hauteur de 70%, n&#8217;est pas homog\u00e8ne : il est pour une part de droite, pour une part de gauche. Mais \u00e0 ce jour, la droite a gagn\u00e9 la bataille de la rue et oriente le m\u00e9contentement populaire vers ses positions id\u00e9ologiques. \u00c0 cause de la d\u00e9ception suscit\u00e9e, il n&#8217;y a pas eu de mobilisation populaire massive pour d\u00e9fendre le pouvoir actuel. Les derni\u00e8res manifestations du 18 mars en faveur du gouvernement et de la stabilit\u00e9 institutionnelle ont toutefois \u00e9t\u00e9 bien plus importantes que toutes les pr\u00e9c\u00e9dentes. Ouvrent-elles une nouvelle s\u00e9quence ? L&#8217;enjeu est bien de remobiliser une population qui reste aujourd&#8217;hui assez circonspecte \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;\u00e9volution des dossiers. <\/p>\n<p><strong>Les accusations de corruption, si elles s&#8217;av\u00e8rent fond\u00e9es, peuvent-elles pr\u00e9cipiter susciter une d\u00e9sillusion profonde envers la gauche br\u00e9silienne ?<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui s&#8217;exprime de mani\u00e8re transversale c&#8217;est, avant tout et centralement, un rejet de la politique en g\u00e9n\u00e9ral, d&#8217;un syst\u00e8me politique et de ses partis gangr\u00e9n\u00e9s par la corruption. Si l&#8217;attention m\u00e9diatique se porte sur le gouvernement et Lula, certains dirigeants de l&#8217;opposition sont pour leur part directement accus\u00e9s par la justice, ce qui n&#8217;est pas le cas de Lula aujourd&#8217;hui. Un juge d\u2019instance, Sergio Moro, le soup\u00e7onne, mais aucune preuve n\u2019a \u00e9t\u00e9 formellement av\u00e9r\u00e9e \u00e0 ce jour. Quant \u00e0 lui par exemple, le pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, Eduardo Cunha, est bel et bien accus\u00e9 de corruption dans la m\u00eame affaire, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de cinq millions de dollars sur des comptes en Suisse. Et c\u2019est pourtant lui qui impulse la proc\u00e9dure de destitution contre Dilma Rousseff\u2026 De m\u00eame, la plupart des soixante-cinq d\u00e9put\u00e9s de la commission \u2013 contr\u00f4l\u00e9e par Cunha \u2013, qui doit d\u00e9marrer le travail pour savoir si la pr\u00e9sidente doit \u00eatre destitu\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue avec des fonds d\u2019entreprises li\u00e9es au scandale <em>Lava Jato<\/em> ! Une vingtaine fait m\u00eame l\u2019objet d\u2019enqu\u00eates sur le sujet diligent\u00e9es par la Cour supr\u00eame\u2026 On le voit, la notion de neutralit\u00e9 des institutions n\u2019existe plus dans cette bataille juridico-politique. <\/p>\n<p><strong>Ce rejet global de la classe politique et ces affaires cr\u00e9ent une forte incertitude sur ses cons\u00e9quences \u00e0 terme\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est toute la question. Apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration &#8220;Mains propres&#8221; en Italie, il faut se rappeler le triomphe durant vingt ans du Berluconisme, n\u00e9 lui aussi sur les ruines du syst\u00e8me politique ant\u00e9rieur des partis. Ces situations nous renvoient aux d\u00e9bats sur la &#8220;R\u00e9publique des juges&#8221;, etc. Cela \u00e9tant, l&#8217;enqu\u00eate au Br\u00e9sil a d\u00e9j\u00e0 fait du mal \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de Dilma Rousseff et de Lula, et si faits sont av\u00e9r\u00e9s, cela ajoutera au discr\u00e9dit du Parti des travailleurs et de ses dirigeants.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Nous sommes en pr\u00e9sence d&#8217;une droite particuli\u00e8rement inqui\u00e9tante qui se radicalise de jour en jour, tout comme la situation elle-m\u00eame \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>De la part du PT et du gouvernement, l&#8217;incapacit\u00e9 \u00e0 s&#8217;attaquer \u00e0 la corruption et au discr\u00e9dit de la politique constitue un \u00e9chec politique majeur\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est ind\u00e9niable : le PT paye le prix de cette situation. Il faut se souvenir qu&#8217;en 2013, Mme Rousseff avait propos\u00e9 de r\u00e9former le syst\u00e8me politique dans le bon sens, elle avait m\u00eame lanc\u00e9 l\u2019organisation d\u2019une Constituante pour remettre tout le syst\u00e8me politique national \u00e0 plat et entre les mains du peuple. Mais elle s&#8217;\u00e9tait heurt\u00e9e \u00e0 l&#8217;opposition de tout le Congr\u00e8s. Elle fut d\u00e9savou\u00e9e. Cela revenait \u00e0 demander au syst\u00e8me politique de se faire hara-kiri, alors que ses principaux protagonistes en profitent. Aujourd&#8217;hui, et il faut s&#8217;en r\u00e9jouir, ces questions de corruption se posent bien au-del\u00e0 du c\u00e9nacle des sp\u00e9cialistes et sont entr\u00e9es largement dans l&#8217;espace public. L&#8217;\u00e9l\u00e9ment nouveau est bien que la tol\u00e9rance des populations envers ces ph\u00e9nom\u00e8nes de corruption, end\u00e9miques depuis des si\u00e8cles au Br\u00e9sil et en Am\u00e9rique latine, s&#8217;est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant. Cela marque une \u00e9volution majeure de la population vis-\u00e0-vis de sa classe politique. La difficult\u00e9 pour un gouvernement de gauche, c&#8217;est qu&#8217;on attend de lui qu&#8217;il change les choses, et de ce point de vue, c&#8217;est un \u00e9chec, m\u00eame si les meilleures lois contre le blanchiment d\u2019argent par exemple ou l\u2019ind\u00e9pendance de la justice ont \u00e9t\u00e9 mises en place par la gauche au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><strong>Inversement, quel projet porte la droite br\u00e9silienne si les \u00e9v\u00e9nements la rapprochent d&#8217;un retour au pouvoir ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes en pr\u00e9sence d&#8217;une droite particuli\u00e8rement inqui\u00e9tante qui se radicalise de jour en jour, tout comme la situation elle-m\u00eame. Lula se d\u00e9clare victime d&#8217;une justice politique. Le juge Sergio Moro emploie ind\u00e9niablement des proc\u00e9d\u00e9s plus que discutables. Le fameux enregistrement t\u00e9l\u00e9phonique de l&#8217;appel entre Lula et Rousseff qui mobilise les m\u00e9dias \u2013 et dont le contenu est diff\u00e9remment interpr\u00e9t\u00e9 selon votre place sur l\u2019\u00e9chiquier politique \u2013 indique que des juges mettent sur \u00e9coute la pr\u00e9sidente de mani\u00e8re ill\u00e9gale, sans mandat de la cour supr\u00eame, et laissent divulguer cette \u00e9coute \u2013 de mani\u00e8re encore plus ill\u00e9gale \u2013 par une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, Globo, dont on sait qu&#8217;elle se place dans une opposition virulente \u00e0 la majorit\u00e9\u2026  D\u2019ailleurs, de nombreux juristes br\u00e9siliens d\u00e9noncent les m\u00e9thodes du juge Moro et consid\u00e8rent qu\u2019on ne fait pas justice en violant la Constitution. La justice est devenue une arme politique, au Br\u00e9sil comme dans d\u2019autres pays latino-am\u00e9ricains. La droite est \u00e0 l&#8217;offensive et compte profiter de la faiblesse de son adversaire pour imposer un projet encore plus radical que celui de son homologue argentine, par exemple. Faire tomber la gauche au Br\u00e9sil constituerait un choc syst\u00e9mique en Am\u00e9rique latine et au-del\u00e0. En dehors des cercles du pouvoir, toute la gauche et les mouvements sociaux, m\u00eame fortement critiques du gouvernement \u2013 intellectuels, mouvement des sans-terre, syndicats, etc. \u2013, consid\u00e8rent que la droite veut remettre en cause la l\u00e9gitimit\u00e9 institutionnelle du pouvoir et qu&#8217;elle m\u00e8ne, selon leur propre expression, un &#8220;coup d&#8217;\u00c9tat institutionnel&#8221; contre la d\u00e9mocratie. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pris en tenaille entre la r\u00e9cession et des accusations de corruption, Dilma Rousseff et son gouvernement sont sous la pression de la rue. 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