{"id":9473,"date":"2016-03-08T01:02:13","date_gmt":"2016-03-08T00:02:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-le-front-de-gauche-est-mort-ce\/"},"modified":"2023-06-23T23:21:33","modified_gmt":"2023-06-23T21:21:33","slug":"article-le-front-de-gauche-est-mort-ce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9473","title":{"rendered":"Le Front de gauche est mort ce week-end"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce que l\u2019on pouvait redouter est advenu. Ces derniers jours ont marqu\u00e9 la fin de la dynamique enclench\u00e9e en 2009. A priori, le Front de gauche s\u2019\u00e9crit d\u00e9sormais au pass\u00e9, mettant fin \u00e0 une esp\u00e9rance qu&#8217;il n&#8217;a pas su concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p>Jean-Luc M\u00e9lenchon a annonc\u00e9 que des proc\u00e9dures citoyennes, autour de sa candidature et de son site, g\u00e8reraient en m\u00eame temps la campagne de la pr\u00e9sidentielle et les l\u00e9gislatives de 2017. Le Conseil national du PCF, de son c\u00f4t\u00e9, en a appel\u00e9 \u00e0 de larges assembl\u00e9es pour d\u00e9finir un socle programmatique commun et pour d\u00e9signer des candidatures aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, porteuses d\u2019options communes \u00e0 la gauche tout enti\u00e8re. M\u00e9lenchon consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019a plus besoin de la m\u00e9diation d\u2019un Front de gauche moribond. Pierre Laurent d\u00e9clare formellement que le Front continue, mais n\u2019y fait plus r\u00e9f\u00e9rence quand il s\u2019agit de d\u00e9finir les cadres politiques de la pr\u00e9sidentielle ou des l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>On ne fera pas ici un \u00e9loge sans nuance d\u2019une exp\u00e9rience de quelques ann\u00e9es seulement. Le Front de gauche n\u2019a pas manqu\u00e9 de d\u00e9fauts, parfois consubstantiels. On pouvait \u2013 on peut ? \u2013 chercher \u00e0 surmonter les d\u00e9fauts ; manifestement, les deux initiateurs de 2008-2009 pr\u00e9f\u00e8rent tourner la page. Au risque d\u2019oublier que le FdG ne fut pas qu\u2019une structure et qu\u2019il fut le support d\u2019une esp\u00e9rance. \u00c0 \u00e9touffer l\u2019une, on risque fort d\u2019essouffler la seconde, d\u00e9j\u00e0 bien secou\u00e9e depuis 2012.<\/p>\n<h2>La rupture plut\u00f4t que l&#8217;inflexion<\/h2>\n<p>Il est toujours possible de se consoler en se disant que l\u2019acteur essentiel \u2013 le peuple \u2013 est en train de se mobiliser et qu\u2019il va peut-\u00eatre s\u2019imposer dans la rue. Or l\u2019exp\u00e9rience historique sugg\u00e8re plut\u00f4t que la rue peut accompagner de fa\u00e7on d\u00e9cisive une \u00e9volution politique (les gr\u00e8ves du printemps 1936). En g\u00e9n\u00e9ral, elle ne la cr\u00e9e pas de toutes pi\u00e8ces. Ni 1968 ni 1995 n\u2019ont d\u00e9bouch\u00e9 sur une structuration politique originale et durable. Et pourtant, ce n\u2019\u00e9taient ni le besoin ni l\u2019envie qui manquaient pour le faire\u2026<\/p>\n<p>Qu\u2019on le veuille ou non, tout d\u00e9pend de l\u2019analyse que l\u2019on fait de la situation actuelle. On peut ainsi avancer que le mal vient exclusivement des choix op\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s 2012 par le tandem majeur de l\u2019ex\u00e9cutif, Fran\u00e7ois Hollande et Manuel Valls. Auquel cas, pour remettre la gauche en ordre de marche, il suffit de revenir au moment qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u00e9lection de 2012, \u00e0 l\u2019esprit du premier discours de campagne du candidat Hollande, au Bourget. Au fond, il suffirait d\u2019une simple inflexion \u00e0 gauche : c\u2019est, en gros, le mod\u00e8le propos\u00e9 par Martine Aubry ou Beno\u00eet Hamon.<\/p>\n<p>Mais on peut aussi consid\u00e9rer que la source des maux actuels tient \u00e0 la conjonction d\u2019une mondialisation capitaliste et financi\u00e8re assum\u00e9e et d\u2019une r\u00e9orientation socialiste fondamentale entreprise autour de 1982-1984. Auquel cas, ce qu\u2019il convient d\u2019amorcer est une rupture plus globale avec une logique d\u2019adaptation aux suppos\u00e9es &#8220;contraintes&#8221; d\u2019un syst\u00e8me et avec un mod\u00e8le m\u00eame de d\u00e9veloppement social. C\u2019est cette rupture que vise, depuis plus de vingt ans, ce que l\u2019on a appel\u00e9 le mouvement &#8220;social&#8221;, &#8220;critique&#8221;, &#8220;antilib\u00e9ral&#8221; ou &#8220;alternatif&#8221;.<\/p>\n<h2>Faiblesse persistante de la gauche &#8220;radicale&#8221;<\/h2>\n<p>On peut tourner et retourner la question dans tous les sens, toujours finit par revenir le m\u00eame constat : ce mouvement de contestation n\u2019a pas acquis l\u2019\u00e9paisseur d\u2019autonomie n\u00e9cessaire pour peser dans l\u2019espace sociopolitique. La r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019attente de 1968 fut la logique keyn\u00e9sienne radicale du programme commun : elle d\u00e9boucha sur l\u2019h\u00e9g\u00e9monie socialiste et s\u2019enlisa dans les premiers recentrages des ann\u00e9es 1980. La r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de 1995 fut la victoire de la &#8220;gauche plurielle&#8221; en 1997 : elle se termina comme on le sait en 2002. La victoire du &#8220;non&#8221; au trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en de 2005 finit \u2013 difficilement \u2013 par trouver une r\u00e9ponse dans l\u2019essor du Front de gauche. Mais la faiblesse persistante et globale de la gauche &#8220;radicale&#8221; ne put que contribuer \u00e0 la victoire d\u2019un &#8220;social-lib\u00e9ral&#8221; qui ne s\u2019assumait pas alors comme tel.<\/p>\n<p>Le plus d\u00e9cisif aujourd\u2019hui reste donc l\u2019articulation d\u2019un mouvement social contestataire et d\u2019une gauche politique d\u2019alternative, autour d\u2019un projet en rupture avec plus de trente ans de concurrence et de gouvernance entrem\u00eal\u00e9es. Sans cette affirmation, la gauche perd son ancrage populaire, \u00e9mousse sa dynamique, peine \u00e0 gagner et, plus encore, est incapable de r\u00e9ussir si par chance elle passe \u00e0 son avantage le test des urnes.<\/p>\n<p>Que le socialisme s\u2019enferme dans un social-lib\u00e9ralisme de moins en moins social et de plus en plus lib\u00e9ral, ou qu\u2019il en revienne \u00e0 une social-d\u00e9mocratie plus temp\u00e9r\u00e9e n\u2019est pas sans importance. Mais cela ne r\u00e8gle pas la question des questions : comment donner force agissante, dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans les urnes, \u00e0 un mouvement critique conscient et \u00e0 une gauche solidement ancr\u00e9e \u00e0 gauche ?<\/p>\n<h2>Le PCF et ses errements, M\u00e9lenchon et sa m\u00e9thode<\/h2>\n<p>En 1936 et \u00e0 la Lib\u00e9ration, la dynamique \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 du PCF. Il avait ses travers (les effets du stalinisme). Mais il avait sa qualit\u00e9 populaire et sa capacit\u00e9 \u00e0 incarner de fa\u00e7on plus moderne la vieille tradition pl\u00e9b\u00e9ienne, d\u00e9mocratique et r\u00e9volutionnaire fran\u00e7aise. D\u00e8s lors, tout le syst\u00e8me politique fran\u00e7ais et toutes les forces devaient en tenir compte, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite. En 2017, le m\u00eame enjeu devrait \u00eatre au c\u0153ur du d\u00e9bat public. Le Front de gauche \u00e9tait un atout pour le faire. Or, le PCF pr\u00e9f\u00e8re une d\u00e9marche qui, qu\u2019il le veuille ou non, le ram\u00e8ne \u00e0 un dialogue entre communisme et socialisme, dans un moment d\u2019affaiblissement structurel continu du PCF. Quant \u00e0 Jean-Luc M\u00e9lenchon, il choisit une m\u00e9thode qui l\u2019\u00e9carte de toute tractation avec le PS, mais qui pousse \u00e0 un dialogue direct entre le &#8220;peuple&#8221; et &#8220;son&#8221; candidat. <\/p>\n<p>La premi\u00e8re m\u00e9thode conduit \u00e0 des errements dont le PCF a fini par payer le prix (les alliances PC-PS aux \u00e9lections r\u00e9gionales) et qui tournent le dos \u00e0 toute une histoire \u00e9lectorale de la gauche fran\u00e7aise (jamais ne s\u2019est impos\u00e9e une formule de rassemblement \u00e0 gauche au premier tour d\u2019une l\u00e9gislative). La seconde fait reposer sur l\u2019arbitrage d\u2019un seul la synth\u00e8se politique et le mouvement \u00e0 construire : ce n\u2019est pas dans la continuit\u00e9 de toute une tradition d\u00e9mocratique et populaire fran\u00e7aise ; cela peut limiter la capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer toute la complexit\u00e9 de l\u2019esprit critique contemporain.<\/p>\n<p>Faire vivre une gauche bien \u00e0 gauche, qui rende possible la rupture avec plus de trente ann\u00e9es de petits reculs et de grands abandons\u2026 D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, il faudra trouver la meilleure r\u00e9ponse possible \u00e0 cette exigence en 2017. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, soyons s\u00fbrs qu\u2019elle ne pourra se penser et s\u2019imposer que dans la clart\u00e9 la plus grande sur ce qui, depuis si longtemps, produit la d\u00e9saffection populaire, nourrit la spirale financi\u00e8re et d\u00e9sesp\u00e8re la gauche.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9473 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/front-de-gauche-mort-38a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/front-de-gauche-mort-38a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"front-de-gauche-mort.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que l\u2019on pouvait redouter est advenu. 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