{"id":9243,"date":"2015-12-07T21:52:36","date_gmt":"2015-12-07T20:52:36","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-regionales-le-tsunami\/"},"modified":"2015-12-07T21:52:36","modified_gmt":"2015-12-07T20:52:36","slug":"article-regionales-le-tsunami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9243","title":{"rendered":"R\u00e9gionales : analyse du tsunami"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Abstention \u00e9lev\u00e9e, triomphe du FN, recul du PS qui tire malgr\u00e9 tout son \u00e9pingle du jeu, droite classique en panne, Verts dans les choux et Front de gauche qui fait grise mine. Quel beau dimanche ! Six points pour analyser le premier tour r\u00e9gionales 2015.<\/p>\n<p>Abstention \u00e9lev\u00e9e, triomphe du FN, recul du PS qui tire malgr\u00e9 tout son \u00e9pingle du jeu, droite classique en panne, Verts dans les choux et Front de gauche qui fait grise mine. Quel beau dimanche ! Six points pour analyser le premier tour r\u00e9gionales 2015.<\/p>\n<p><strong>1. Nul besoin d\u2019insister sur le triomphe du Front national : il est amplement comment\u00e9, comme il avait \u00e9t\u00e9 copieusement annonc\u00e9.<\/strong> Le Front est en t\u00eate de six r\u00e9gions et sera partout pr\u00e9sent au second tour. Il est au-dessus de 35% dans trois r\u00e9gions et au-dessus de 40% dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie (NPDC) et en PACA.<\/p>\n<p>Dans le NPDC, en PACA, en Auvergne-Rh\u00f4ne-Alpes (ARA) et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (ACAL), il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un recul de l\u2019abstention relativement plus prononc\u00e9 que pour la moyenne nationale. Il a tripl\u00e9 ou presque ses scores de 2010 dans quatre r\u00e9gions (Pays de la Loire, Bretagne, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes [ALPC], Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es [LRMP]). Il fait plus que les doubler dans huit autres. Partout il progresse m\u00eame sur les europ\u00e9ennes de 2014, sauf en Corse et en Normandie.<\/p>\n<p>Il b\u00e9n\u00e9ficie bien s\u00fbr des drames de la derni\u00e8re p\u00e9riode. Mais il y parvient d\u2019autant mieux que la conjoncture s\u2019inscrit dans une longue \u00e9volution. L\u2019\u00e9tat d\u2019urgence et la notion d\u2019\u00e9tat de guerre r\u00e9sonnent en effet avec une vision du monde centr\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e que notre monde instable repose sur un conflit de civilisations. Dans ce conflit, l\u2019islam joue le r\u00f4le d\u2019ennemi par excellence, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019appuie sur la pression interne d\u2019une population immigr\u00e9e ou &#8220;issue de l\u2019immigration&#8221;. Tandis que la gauche socialiste se coule dans les cadres de la mondialisation capitaliste, le reflux du mouvement ouvrier nourrit l\u2019id\u00e9e que la lutte des classes est d\u00e9sormais remplac\u00e9e par la guerre des identit\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le FN a beau jeu d\u2019expliquer, triomphant, que tout le monde \u00e0 droite et \u00e0 gauche se rallie peu \u00e0 peu \u00e0 ses id\u00e9es. Pourquoi, d\u00e8s lors, se contenter des p\u00e2les copies quand, d\u00e9sormais, l\u2019original \u00e9nonce ses pr\u00e9tentions \u00e0 gouverner ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.donspep.caissedesdepots.fr\/?journal=REGA\"><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/banniere-don-regards-4.jpg\" alt=\"banniere-don-regards-4.jpg\" align=\"center\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>2. La droite classique est en berne. Elle pensait pousser l\u2019avantage qu\u2019elle avait pris aux \u00e9lections territoriales et europ\u00e9ennes de 2014-2015. En fait, c\u2019est tout juste si elle retrouve son niveau m\u00e9diocre de 2010.<\/strong> Par rapport aux europ\u00e9ennes de l\u2019an dernier, elle perd un cinqui\u00e8me de son capital \u00e9lectoral dans quatre r\u00e9gions (Bretagne, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es, Auvergne-Rh\u00f4ne-Alpes et Corse).<\/p>\n<p>En 2007, Nicolas Sarkozy avait profit\u00e9 de l\u2019usure de Jean-Marie Le Pen pour imposer un &#8220;lib\u00e9ral-populisme&#8221; qui lui avait permis de faire pour la premi\u00e8re fois refluer le FN. Une fois install\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il avait cherch\u00e9 \u00e0 accentuer son avantage, par exemple en lan\u00e7ant le d\u00e9bat sur &#8220;l\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise&#8221;. Mais son ultralib\u00e9ralisme n\u2019a pas contenu la crise sociale et l\u2019a m\u00eame aggrav\u00e9e. Quant \u00e0 la radicalisation de son discours s\u00e9curitaire et sa rh\u00e9torique du &#8220;karcher&#8221;, elles n\u2019ont fait qu\u2019ouvrir un boulevard \u00e0 une Marine Le Pen qui avait compris entre-temps que le bon vieux temps de papa n\u2019\u00e9tait plus de saison.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc d\u00e9sormais la droite prise dans un \u00e9tau. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle trouve un Front national qui ne se contente plus de la marginalit\u00e9 politique et qui veut \u00eatre le pivot d\u2019une droite radicalis\u00e9e. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, elle rencontre un PS &#8220;social-lib\u00e9ralis\u00e9&#8221; qui veut lui disputer, \u00e0 l\u2019exemple de Tony Blair, la double image de la comp\u00e9titivit\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9. Pour s\u2019en sortir, le scrutin de dimanche n\u2019a pas laiss\u00e9 de s\u00e9same : &#8220;sarkozystes&#8221;, &#8220;fillionnistes&#8221; ou &#8220;jupp\u00e9istes&#8221; ont eu leur soupe \u00e0 la grimace.<\/p>\n<p><strong>3. Sauf en \u00cele-de-France, le PS et ses alli\u00e9s enregistrent une d\u00e9b\u00e2cle par rapport aux mirifiques \u00e9lections de 2010, les meilleures pour la gauche depuis l\u2019institution du vote r\u00e9gional au suffrage universel (1986).<\/strong> Dans quatre r\u00e9gions (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Nord-Pas-de-Calais-Picardie, PACA et Bourgogne-France-Comt\u00e9, les socialistes perdent un tiers de leur \u00e9lectorat de 2010 et un quart dans trois autres r\u00e9gions (Normandie, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es, Pays de la Loire). Mais le PS a su tirer avantage de son ancrage r\u00e9gional et de sa capacit\u00e9 \u00e0 incarner une gestion regroupant autour de lui l\u2019essentiel de la gauche, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019extr\u00eame gauche. Et il a bien s\u00fbr b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la conjoncture post-13 novembre et du regain de popularit\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Gageons que ce r\u00e9sultat va dissuader un peu plus le pr\u00e9sident et son premier ministre de changer le cap gouvernemental. Ils auront beau jeu d\u2019arguer que c\u2019est au moment m\u00eame o\u00f9 le socialisme au pouvoir a infl\u00e9chi son discours et son action vers le centre que la gauche enregistre un l\u00e9ger sursaut. Face \u00e0 une droite perturb\u00e9e par le trublion lep\u00e9niste, la ligne sociale-lib\u00e9rale n\u2019est-elle pas la plus efficace pour contrer la vague de la droite extr\u00eame ? En bref, ne faut-il pas tirer les le\u00e7ons de ce que la France a d\u00e9finitivement chang\u00e9 d\u2019\u00e9poque ? La droite \u00e9tant pass\u00e9e de Charles de Gaulle \u00e0 Marine Le Pen, la gauche devrait de r\u00e9soudre \u00e0 passer de Maurice Thorez \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande ou, si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re d\u2019Ambroise Croizat \u00e0 Emmanuel Macron. Un duopole Philippot-Macron : voil\u00e0 qui fait r\u00eaver\u2026<\/p>\n<p><strong>4. Le pouvoir ne manquera pas aussi de s\u2019appuyer sur un fait \u00e9lectoral perturbant : ceux qui ont critiqu\u00e9 le cours actuel de la politique gouvernementale n\u2019ont pas bien pass\u00e9 le nouveau cap des urnes.<\/strong> Les Verts sont \u00e0 mille lieux de leur \u00e9clatant r\u00e9sultat de 2010 (12,2% nationalement). Ils comptaient quelques 260 \u00e9lus r\u00e9gionaux apr\u00e8s 2010 ; ils seront bien loin du compte dimanche prochain. Quand s\u2019est lanc\u00e9e la &#8220;coop\u00e9rative&#8221; d\u2019Europe-\u00c9cologie et des Verts, les \u00e9cologistes fran\u00e7ais donnaient pourtant l\u2019impression qu\u2019ils avaient enfin d\u00e9clench\u00e9 une dynamique les propulsant au c\u0153ur du dispositif politique fran\u00e7ais. <\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que cet \u00e9lan prometteur ne s\u2019est jamais greff\u00e9 sur une strat\u00e9gie politique globale lisible et g\u00e9rable sur le long terme. Entre la radicalit\u00e9 transformatrice, que porte la critique \u00e9cologiste du syst\u00e8me dominant d\u2019accumulation, et la tentation d\u2019\u00eatre une rel\u00e8ve pour une social-d\u00e9mocratie peu inventive, les militants et responsables \u00e9cologistes n\u2019ont pas voulu ou n\u2019ont pas su choisir.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les crises internes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition depuis quelque temps se sont prolong\u00e9es dans une orientation \u00e9lectorale confuse. Or quel que soit le choix retenu, en autonomie, en alliance avec le Front de gauche ou avec une partie seulement de ce Front de gauche, les r\u00e9sultats sont d\u00e9cevants. En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es et en PACA, les listes pilot\u00e9es par des Verts ont \u00e0 peine fait mieux que le Front de gauche seul dans les consultations pr\u00e9c\u00e9dentes, loin de la vague \u00e9cologiste de 2010.<\/p>\n<p>Au lendemain de cette s\u00e9quence \u00e9lectorale, qui referme la parenth\u00e8se plut\u00f4t faste amorc\u00e9e par Dany Cohn-Bendit quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, les Verts risquent bien d\u2019\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s un peu plus dans la tourmente<\/p>\n<p><strong>5. Le Front de gauche est globalement en panne.<\/strong> Bien s\u00fbr, les comparaisons ne sont pas faciles avec un scrutin pr\u00e9c\u00e9dent o\u00f9 subsistaient dans quelques r\u00e9gions des configurations d\u2019alliance avec le PS, telles qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9es par Robert Hue en 1998. La comparaison est d\u2019autant plus malais\u00e9e que, dans deux cas (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es et PACA), le PCF se trouvait dans une alliance de tout le Front de gauche et des Verts, avec deux t\u00eates de listes \u00e9cologistes. Si l\u2019on additionne les cas o\u00f9 le PC ne regroupe pas tout le Front de gauche (0,4%), o\u00f9 il est \u00e0 la t\u00eate de coalition de type Front de gauche (3,8%) et les deux rassemblements avec les Verts (1,5%), on parvient au total de 5,7%. En 2010, le Front de gauche en avait obtenu 5,9% alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent en tant que tel dans toutes les r\u00e9gions. Difficile de voir dans ce r\u00e9sultat global l\u2019indice d\u2019une progression. M\u00eame si les r\u00e9sultats sont int\u00e9ressants en Normandie ou en \u00cele-de-France\u2026<\/p>\n<p>La comparaison est plus \u00e9clairante encore, si l\u2019on met c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te le r\u00e9sultat de dimanche et celui des \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2014. \u00c0 l\u2019exception de la Normandie et de l\u2019\u00cele-de-France, le PCF et le Front de gauche sont partout en retrait. En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, la perte est d\u2019un tiers du niveau initial, dans six autres cas la perte se situe entre un tiers et un cinqui\u00e8me. Or les europ\u00e9ennes de 2014 \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 elles-m\u00eames en retrait sur le score pr\u00e9sidentiel pr\u00e9c\u00e9dent\u2026<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat global est donc incontestablement d\u00e9cevant. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, le FDG est au-dessous du seuil des 5% dans six r\u00e9gions fran\u00e7aises, o\u00f9 il comptait en tout 42 conseillers, sur les 127 qu\u2019il avait fait \u00e9lire nationalement, pour les trois quarts issus des rangs du PCF. Le Front de gauche pouvait esp\u00e9rer tirer avantage du glissement vers la droite du socialisme de gouvernement. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9 pour l\u2019instant. Depuis le mois d\u2019avril 2012, le Front de gauche ne cesse d\u2019enregistrer des r\u00e9sultats en recul sur ce que laissait augurer le scrutin pr\u00e9sidentiel, o\u00f9 Jean-Luc M\u00e9lenchon avait cristallis\u00e9 l\u2019aspiration \u00e0 une gauche bien \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Incontestablement, la conjoncture des derni\u00e8res semaines ne lui a pas \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique. Elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant moins que la lisibilit\u00e9 du Front de gauche s\u2019est av\u00e9r\u00e9e doublement incertaine. D\u2019une part, dans trois r\u00e9gions, les composantes du FDG se trouvaient en concurrence les unes contre les autres, ce qui a cr\u00e9\u00e9 un climat de malaise et de confusion. En outre, une confusion analogue s\u2019est exprim\u00e9e autour de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, avec un groupe \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui a vot\u00e9 le texte gouvernemental \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, un groupe au S\u00e9nat qui s\u2019est abstenu majoritairement et plusieurs composantes, dont le Parti de gauche et Ensemble, qui ont affirm\u00e9 leur hostilit\u00e9 pure et simple. Or, manifestement, la question de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence a structur\u00e9 \u00e0 court terme l\u2019espace politique, en valorisant les deux positions apparemment les plus coh\u00e9rentes : celle du Front national (qui relie immigration, conflit de civilisation et \u00e9tat de guerre) et celle du gouvernement qui fait de &#8220;l\u2019ordre&#8221; et de la &#8220;s\u00e9curit\u00e9&#8221; une composante majeure du &#8220;nouveau socialisme&#8221; recentr\u00e9. Face \u00e0 ces deux p\u00f4les identifiables, le Front de gauche est apparu incertain ; or il s\u2019agit d\u2019un th\u00e8me majeur en &#8220;Occident&#8221;, depuis au moins septembre 2001 et la pr\u00e9gnance obs\u00e9dante de la &#8220;guerre contre le terrorisme&#8221;.<\/p>\n<p><strong>6. Mais pourquoi se cacher que, au-del\u00e0 du Front de gauche, nous nous trouverons au lendemain de cette s\u00e9quence \u00e9lectorale devant un probl\u00e8me majeur ?<\/strong> Le regain de conflictualit\u00e9 sociale et de radicalit\u00e9 id\u00e9ologique qui s\u2019\u00e9tait amorc\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1990 (nous c\u00e9l\u00e9brons \u2013 tr\u00e8s discr\u00e8tement \u2013 le vingti\u00e8me anniversaire du mouvement de novembre-d\u00e9cembre 1995) n\u2019a pas restructur\u00e9 en profondeur le paysage politique fran\u00e7ais. En tout cas, pas sur son flanc le plus \u00e0 gauche\u2026  Le total de la gauche radicale et de l\u2019\u00e9cologie politique se trouve aujourd\u2019hui \u00e0 un niveau bien modeste (12,2%), bien loin des plus de 20% de 2010 et des 15% de la pr\u00e9sidentielle de 2012.<\/p>\n<p>La gauche de gauche a \u00e9t\u00e9 historiquement fragilis\u00e9e par le d\u00e9clin continu du PCF. Il se trouve que nulle force, avec lui ou sans lui, n\u2019a su prendre la place qu\u2019il avait laiss\u00e9e vacante. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les h\u00e9ritiers du trotskisme ont pu donner l\u2019impression qu\u2019ils prendraient la rel\u00e8ve \u00e9lectorale d\u2019un PCF nationalement essouffl\u00e9. Ce fut un d\u00e9jeuner de soleil, que l\u2019orientation \u00e9troite du NPA se chargea de renvoyer vers l\u2019inconfort de la marginalit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du &#8220;courant antilib\u00e9ral&#8221;, entre 2005 et 2007, le Front de gauche a pourtant esquiss\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019une reprise. Pour l\u2019instant, elle est au \u00e9lectoralement point mort. Sans doute les carences de rassemblement, les contradictions internes, les tentations du repli sur soi, les pesanteurs des jeux d\u2019organisations ont-elles pes\u00e9 et p\u00e8sent-elles lourdement encore. Mais, le probl\u00e8me, \u00e0 la gauche de la gauche comme dans toute la gauche, n\u2019est pas simplement un probl\u00e8me de rassemblement. Il est plus profond\u00e9ment dans la difficult\u00e9 \u00e0 incarner, \u00e0 gauche et dans toute la soci\u00e9t\u00e9, un projet d\u2019avenir qui soit tout \u00e0 la fois ancr\u00e9 dans la vieille histoire de l\u2019\u00e9mancipation populaire et ouvert sur les sensibilit\u00e9s, les aspirations, les cultures et les pratiques d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Entre le renoncement et la r\u00e9p\u00e9tition, nous n\u2019avons pas bien su trouver la voie alternative. De ce fait, ce sont les modernit\u00e9s frelat\u00e9es des technostructures ou les discours de la peur et de la x\u00e9nophobie qui semblent incarner ce nouveau-l\u00e0. Mais pendant ce temps, la crise continue, celle de la vie quotidienne pour les exclus de la croissance et celle de la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame, pour ceux qui ne peuvent plus peser, ni sur le cours du monde ni sur celui de leur propre vie.<\/p>\n<p>Or cette crise s\u2019approfondira. Le FN attise le ressentiment et l\u2019enfermement frileux et chauvin, mais au risque d\u2019\u00e9largir &#8220;l\u2019\u00e9tat de guerre&#8221; \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Quant au socialisme &#8220;macronis\u00e9&#8221;, il peut attirer un temps ceux qui sont \u00e0 la recherche d\u2019une voie cr\u00e9dible face au Front national. Mais il atomise un peu plus les cat\u00e9gories populaires et il d\u00e9structure un peu plus la gauche dans ce qui fait historiquement sa force : ses valeurs populaires d\u2019\u00e9galit\u00e9, de libert\u00e9 et de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Auquel cas, le seul rempart contre le Front national est l\u2019affirmation d\u2019une gauche reconstruite, port\u00e9e par une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle de femmes et d\u2019hommes. Une gauche appuy\u00e9e sur ses valeurs fondatrices mais capable de les vivifier. Une gauche \u00e9chappant \u00e0 la mal\u00e9diction des structures qui ne vivent que pour elles-m\u00eames, rompant avec les vieilles et st\u00e9riles s\u00e9parations du social, du politique et du symbolique. Une gauche, au fond, capable de faire suffisamment &#8220;mouvement&#8221; pour que les cat\u00e9gories populaires, d\u00e9stabilis\u00e9es, retrouvent enfin le go\u00fbt de la mise en commun et de la vie civique.<\/p>\n<p><strong>Dans les jours prochains, nous mettrons en ligne quelques tableaux rassemblant les principaux outils d\u2019analyse du scrutin.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abstention \u00e9lev\u00e9e, triomphe du FN, recul du PS qui tire malgr\u00e9 tout son \u00e9pingle du jeu, droite classique en panne, Verts dans les choux et Front de gauche qui fait grise mine. Quel beau dimanche ! Six points pour analyser le premier tour r\u00e9gionales 2015.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[210],"tags":[355,452,390,492],"class_list":["post-9243","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-qui-veut-la-peau-de-roger-martelli","tag-extreme-droite","tag-front-de-gauche","tag-parti-socialiste","tag-regionales-2015"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9243"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9243\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}