{"id":923,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre923\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"theatre923","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=923","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jean-Pierre Vincent <\/p>\n<p><strong> Directeur d&#8217;une grande maison, le Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers de Nanterre, Jean-Pierre Vincent, comme d&#8217;autres, a vu sa subvention s\u00e9v\u00e8rement amput\u00e9e par le minist\u00e8re de la Culture, lequel semble vouloir faire des exemples parmi les &#8221; riches &#8221; de la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale. Mais ce n&#8217;est qu&#8217;un palliatif \u00e0 la carence budg\u00e9taire de ce minist\u00e8re. Explications <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Avec le d\u00e9part, pour la direction du Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard-Philipe de Saint-Denis, de Stanislas Nordey, artiste associ\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers, une p\u00e9riode s&#8217;ach\u00e8ve aussi pour vous. Quel bilan tirez-vous de cette association avec un jeune metteur en sc\u00e8ne ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jean-Pierre Vincent : <\/strong> L&#8217;association de Stanislas au Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers avait des raisons profondes, personnelles et professionnelles. Quand, en 1991-1992, j&#8217;\u00e9tais son professeur au Conservatoire, nous avions une relation tr\u00e8s \u00e9troite. Nous discutions \u00e9norm\u00e9ment, dans une grande confiance. A cette \u00e9poque, Stanislas ne voulait pas entendre parler de la direction d&#8217;une institution; c&#8217;\u00e9tait le cas de toute une g\u00e9n\u00e9ration et je souhaitais vivement qu&#8217;il r\u00e9fl\u00e9chisse \u00e0 cette question. Stanislas est arriv\u00e9 dans la Maison avec 12 com\u00e9diens \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e 1994 et est rest\u00e9 jusqu&#8217;en 1997. Les 12 com\u00e9diens sont devenus la troupe des Amandiers, autant dire l&#8217;humus. Cette pr\u00e9sence a produit des choses formidables, a renouvel\u00e9 l&#8217;\u00e9nergie. Ils ont beaucoup bouscul\u00e9 et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une grande joie et aussi des difficult\u00e9s. Il y a eu des spectacles remarquables, comme Ciment d&#8217;Heiner M\u00fcller, qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 reconnu comme il l&#8217;aurait fallu. C&#8217;est \u00e0 partir de l\u00e0 que Stanislas s&#8217;est pos\u00e9 des questions sur le fonctionnement de notre th\u00e9\u00e2tre. Certaines des transformations qu&#8217;il a propos\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 faites. D&#8217;autres, non; par exemple, il souhaitait r\u00e9duire la jauge de la grande salle. J&#8217;\u00e9tais profond\u00e9ment en d\u00e9saccord. Je pense qu&#8217;il est bon qu&#8217;existent aussi des salles de 900 places. Je crois \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres, des b\u00e2timents comme des projets. Il n&#8217;y a pas un mod\u00e8le unique. Donc, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un grand fourmillement, il y a eu quelques d\u00e9saccords et quelques \u00e9checs. La derni\u00e8re saison (1997) s&#8217;est moins bien pass\u00e9e. L&#8217;appel \u00e0 des jeunes compagnies, voire de tr\u00e8s jeunes compagnies, a cr\u00e9\u00e9 une fracture ind\u00e9niable et un trou budg\u00e9taire. Cela ne correspondait plus \u00e0 ce que les gens demandaient \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre On ne peut faire fi de son architecture et de son histoire. Il faut que le Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers retrouve son rayonnement propre. Il l&#8217;a eu les premi\u00e8res ann\u00e9es, au d\u00e9but de mon mandat, sur la base du vedettariat avec Daniel Auteuil et Emmanuelle B\u00e9art. Je ne reviendrai pas \u00e0 ces solutions. Il nous faut retrouver un projet artistique novateur et stimulant.<\/p>\n<p> <strong> Pouvez-vous nous en donner la teneur ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-P. V.: <\/strong> Ce ne sont pas les id\u00e9es qui nous manquent mais, pour le moment, l&#8217;annonce de la diminution de notre subvention de deux millions de francs, le 15 d\u00e9cembre 1997, nous emp\u00eache de faire quoi que ce soit, et m\u00eame d&#8217;aller plus loin dans la r\u00e9flexion.<\/p>\n<p> <strong> Le minist\u00e8re de la Culture et la direction du Th\u00e9\u00e2tre ont pens\u00e9 que vous \u00e9tiez trop riche&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-P. V.: <\/strong> Cinq centres dramatiques nationaux ont \u00e9t\u00e9 pour ainsi dire \u00e9cr\u00eat\u00e9s, et certains peut-\u00eatre pour de bonnes raisons. Pour ici, cela nous para\u00eet tout \u00e0 fait arbitraire. En 1996-97, nous avions d\u00e9j\u00e0 fait ce qu&#8217;on appelle des &#8221; gains de productivit\u00e9 &#8220;; de gros sacrifices, notamment sur le budget &#8221; communication &#8220;. On ne peut plus rien &#8221; gagner &#8221; de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. La direction du Th\u00e9\u00e2tre, qui a envoy\u00e9 des inspecteurs-conseils, confirme ce que nous disons; ils voient bien que c&#8217;est impossible, mais ils ne reviennent pas sur leurs d\u00e9cisions. Ils pensent faire intervenir les collectivit\u00e9s locales qui ne peuvent pas faire plus. La situation para\u00eet bloqu\u00e9e ! Supprimer deux millions revient \u00e0 amputer le budget artistique de 20%. C&#8217;est, en plus, une d\u00e9cision tardive, annonc\u00e9e le 15 d\u00e9cembre 1997, alors que les engagements artistiques avaient forc\u00e9ment d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pris. Cela revient \u00e0 dire qu&#8217;il n&#8217;y aura plus rien pour le dernier trimestre 1998. Entre 1990 et 1997, il y a d\u00e9j\u00e0 eu une baisse de deux millions de la subvention, en pouvoir d&#8217;achat. Si telle doit \u00eatre la situation, je partirai. Je peux faire du th\u00e9\u00e2tre ailleurs, ce ne sera pas pour moi une catastrophe, mais personne ne prendra la direction d&#8217;une maison pareille avec un tel budget. La d\u00e9cision de l&#8217;Etat n&#8217;a rien d&#8217;une d\u00e9cision m\u00fbrie et r\u00e9fl\u00e9chie. Elle repose sur la rumeur assez d\u00e9magogique qu&#8217;il faut d\u00e9shabiller les &#8221; riches &#8221; pour habiller les &#8221; pauvres &#8220;. Mais \u00e0 Nanterre, il n&#8217;y a pas de gabegie, de d\u00e9penses somptuaires. Ce qui est en question, c&#8217;est cette id\u00e9e que ce qui est grand serait forc\u00e9ment excessif. On voudrait faire de ce th\u00e9\u00e2tre l&#8217;\u00e9quivalent du TGP \u00e0 Saint-Denis ou du Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Aubervilliers. Ce n&#8217;est ni conforme \u00e0 son architecture ni \u00e0 son histoire symbolique. D&#8217;ailleurs, c&#8217;est un mauvais calcul, car, en ne nous permettant plus de coproduire des spectacles, on l\u00e8se en fait les compagnies. Le minist\u00e8re pr\u00e9tend avoir une id\u00e9e politique. En fait, il g\u00e8re la p\u00e9nurie; sa seule id\u00e9e est le red\u00e9ploiement. Ce qui est au coeur du probl\u00e8me, c&#8217;est le budget de la Culture.<\/p>\n<p> <strong> Restons optimistes ! Peut-on revenir sur vos projets ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-P. V.: <\/strong> Nous vivons, avec Bernard Chartreux, une p\u00e9riode particuli\u00e8re. Du temps du Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Esp\u00e9rance dans les ann\u00e9es 70, ensuite au Th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg et \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, nous avons toujours fait du th\u00e9\u00e2tre avec une troupe, ou du moins une famille d&#8217;acteurs, et cela nous a sembl\u00e9 tr\u00e8s productif. A Nanterre, il n&#8217;y a plus eu de troupe et nous avons eu des rencontres avec des com\u00e9diens diff\u00e9rents et successifs. Ce fut aussi un grand plaisir, mais ce plaisir est \u00e9puis\u00e9. Nous \u00e9prouvons \u00e0 nouveau le d\u00e9sir, le besoin, d&#8217;un ensemble artistique permanent, d&#8217;une v\u00e9ritable \u00e9quipe. Je pense \u00e0 un noyau d&#8217;acteurs permanents qui auraient voix au chapitre, \u00e9largi par un autre groupe d&#8217;acteurs associ\u00e9s selon les projets. Cela nous para\u00eet un besoin sp\u00e9cifique de notre travail artistique ici, avec les n\u00e9cessit\u00e9s de l&#8217;architecture et de la demande faite au th\u00e9\u00e2tre. Par ailleurs, il est \u00e9vident qu&#8217;on ne peut g\u00e9rer une si grande maison \u00e0 partir d&#8217;une seule orientation. J&#8217;en vois trois qui doivent s&#8217;ajouter et se compl\u00e9ter. D&#8217;abord, il faut qu&#8217;il y ait des spectacles exemplaires, d&#8217;importance nationale ou internationale pour alimenter la grande salle qui est le nerf de la maison. On doit ensuite aider des artistes, leur mettre &#8221; le pied \u00e0 l&#8217;\u00e9trier &#8220;, pour des exp\u00e9riences plus marginales, comme on le fait d\u00e9j\u00e0 pour Rebotier ou Olivier Py. Enfin, nous souhaitons inventer d&#8217;autres formes de spectacle pour \u00e9largir le public. Bien s\u00fbr, faire ce que tous les th\u00e9\u00e2tres font, travailler avec les lyc\u00e9es, les classes A3, cr\u00e9er des ateliers d&#8217;amateurs. Mais nous souhaitons aussi inventer, pour des moments festivaliers, d&#8217;autres formes, l\u00e9g\u00e8res, aliment\u00e9es par des d\u00e9bats politico-artistiques o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre nourrit la parole et gr\u00e2ce auxquels de nouveaux publics pour qui le th\u00e9\u00e2tre est encore effrayant pourraient venir plus facilement.. Nous avons mis cela sur pied en d\u00e9cembre avec le festival Amandiers-Sc\u00e8nes ouvertes o\u00f9 il y a eu du th\u00e9\u00e2tre marocain invit\u00e9, du th\u00e9\u00e2tre universitaire, des forums, par exemple th\u00e9\u00e2tre et droit d&#8217;asile, ou th\u00e9\u00e2tre et universit\u00e9. Le germe de ces initiatives a \u00e9t\u00e9 notre spectacle sur Marx et surtout le d\u00e9bat fait ici avec le philosophe Jacques Derrida au moment des luttes des sans-papiers. L&#8217;urbanisation est, ici \u00e0 Nanterre, tr\u00e8s \u00e9tendue, pas du tout centr\u00e9e et cela cr\u00e9e des difficult\u00e9s pour tous les aspects de la vie citoyenne. Nous sommes en discussion avec la ville de Nanterre pour cr\u00e9er des emplois jeunes susceptibles de g\u00e9n\u00e9rer des rapports plus dynamiques entre le th\u00e9\u00e2tre et les habitants de cette ville. Nous souhaitons par ailleurs maintenir et d\u00e9velopper la pr\u00e9sence de l&#8217;ATEM que dirige ici, depuis plusieurs ann\u00e9es, Georges Aperghis. Il faudrait qu&#8217;il ait les moyens de devenir un v\u00e9ritable centre europ\u00e9en &#8211; il n&#8217;y en a pas &#8211; de musique contemporaine. Nous souhaiterions par exemple pouvoir faire venir le musicien allemand Heiner Goebbels.<\/p>\n<p> <strong> Vous r\u00e9p\u00e9tez en ce moment le Jeu de l&#8217;amour et du hasard. Pourquoi Marivaux ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-P. V.: <\/strong> Depuis trente ans, il y a vraiment eu une r\u00e9volution dans la mani\u00e8re de monter Marivaux, notamment avec Roger Planchon, Jacques Lassalle, Antoine Vitez. Mais le Jeu de l&#8217;amour et du hasard est rest\u00e9 une pi\u00e8ce de jeune compagnie. C&#8217;est pourtant un joyau et il n&#8217;y a encore jamais eu de mise en sc\u00e8ne m\u00e9morable. Ce n&#8217;est ni une pi\u00e8ce fantastique du d\u00e9but, ni une pi\u00e8ce r\u00e9aliste de la deuxi\u00e8me partie de l&#8217;oeuvre de Marivaux. C&#8217;est une pi\u00e8ce o\u00f9 les probl\u00e8mes d&#8217;argent et de classe semblent voil\u00e9s par une m\u00e9taphysique de l&#8217;amour et c&#8217;est pourtant dans cette pi\u00e8ce que le social est le plus abrupt. Il y a une tension formidable entre les deux ma\u00eetres qui risquent de chuter de mani\u00e8re vertigineuse et les deux valets pour qui l&#8217;ambition est possible et r\u00e9alisable. C&#8217;est une pi\u00e8ce qui parle du plus intime et du plus social.<\/p>\n<p>1. Au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville a eu lieu le 7 mars la premi\u00e8re manifestation en France consacr\u00e9e uniquement aux chants \u00e9piques et diphoniques kalmouks.Un CD sur les chants diphoniques d&#8217;Asie Centrale a \u00e9t\u00e9publi\u00e9 en 1996 par la Maison des Cultures du Monde (Auvidis).<\/p>\n<p>2. Le film est disponible en vid\u00e9o \u00e0 CNRS audiovisuel, 1, Place Aristide-Briand, 92795 Meudon, Voix du Monde (1997) est distribu\u00e9 par Harmonia Mundi.<\/p>\n<p>3. La librairie\/disquaire\/\u00e9dition Cinq plan\u00e8tes (10 rue Saint-S\u00e9bastien, 75011 Paris) a \u00e9dit\u00e9 un CD de didgeridoo de Philips Paris, avec la participation de Tran Quang Hai (voix et guimbarde).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jean-Pierre Vincent <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-923","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/923\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}