{"id":922,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/recherche-musicale922\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"recherche-musicale922","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=922","title":{"rendered":"Recherche musicale"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Tran Quang Hai <\/p>\n<p><strong> Tran Quan Hai est ethnomusicologue au CNRS, musicien traditionnel (vielle, guimbarde, cithare), compositeur ancien et moderne, chanteur diphonique (double voix), exp\u00e9rimentateur, th\u00e9rapeute vocal. Rencontre. <\/strong><\/p>\n<p>Tant\u00f4t en Am\u00e9rique pour un congr\u00e8s de p\u00e9diatrie sur la voix, ou en Sib\u00e9rie pour pr\u00e9sider le jury d&#8217;un concours de voix diphoniques, au Danemark pour imaginer avec l&#8217;Odin Theater un choeur diphonique, toujours aux fronti\u00e8res de l&#8217;Orient et de l&#8217;Occident, hors des formalismes, ardent, g\u00e9n\u00e9reux, Tran Quang Hai est l\u00e0 o\u00f9 la vie vibre, l\u00e0 o\u00f9 se lib\u00e8re l&#8217;\u00e9nergie vocale et le mouvement corporel, \u00e0 l&#8217;\u00e9coute de l&#8217;autre, de l&#8217;immense diversit\u00e9 des autres voix qui nous traversent et nous engendrent. Pour lui, la tradition vivante ne s&#8217;oppose pas aux exp\u00e9riences actuelles, \u00e9lectro-acoustiques, \u00e9lectroniques, cybern\u00e9tiques, car il est tout aussi attentif aux po\u00e9sies sonores de Chopin qu&#8217;aux sonorit\u00e9s de Mari\u00e9tan comme aux compositions de Jean-Claude Elloy, aux propositions de Cage ou de Panhuysen. L&#8217;entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 dans son bureau du Mus\u00e9e de l&#8217;Homme, d\u00e9but mars.<\/p>\n<p> <strong> Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90, il y a un vif int\u00e9r\u00eat pour les voix d&#8217;Asie centrale et en particulier pour le chant diphonique, le chant de gorge mongol et les harmoniques vocales tib\u00e9taines. Le colloque du 14 mars sur la &#8221; Voix transform\u00e9e &#8220;, qui s&#8217;est tenu \u00e0 la Maison des Cultures du monde, dans le cadre du deuxi\u00e8me festival de l&#8217;imaginaire, est sympt\u00f4matique de cet engouement (1). <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Tran Quang Hai : <\/strong> Ce colloque a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par Mme Chapuis, qui pr\u00e9side l&#8217;association fran\u00e7aise des amis de l&#8217;Orient, en collaboration avec le festival. En effet, la voix est le premier instrument de l&#8217;humanit\u00e9 (et le plus complexe) et sa diversit\u00e9 vocalique est stup\u00e9fiante; d&#8217;autre part, il y a une relation \u00e9troite entre la voix et certains instruments de musique comme la guimbarde, la vielle et la cithare chinoise. Pourquoi cet intitul\u00e9 &#8221; la voix transform\u00e9e &#8221; ? Pour montrer la face artificielle de la voix, depuis la voix de fausset de l&#8217;Op\u00e9ra de P\u00e9kin, la voix masqu\u00e9e d&#8217;Afrique (pour \u00e9voquer les esprits et initier les enfants), les voix de gorge des Inuits jusqu&#8217;aux voix des chamanes sib\u00e9riens et des moines tib\u00e9tains. Cette rencontre a montr\u00e9 un panoramique de ces diverses voix transform\u00e9es, transfigur\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es. La voix diphonique, c&#8217;est la premi\u00e8re voix synth\u00e9tique; elle ressemble vraiment \u00e0 la voix artificielle engendr\u00e9e par les machines mais avec quelque chose de plus, d&#8217;irr\u00e9ductible, qui tient \u00e0 son caract\u00e8re singulier, unique, vivant, humain. La machine ne pourra jamais produire la complexit\u00e9 d&#8217;une voix humaine qui n&#8217;est jamais deux fois identique. C&#8217;est l&#8217;impr\u00e9cision qui lui donne son charme et c&#8217;est pourquoi nous devons varier \u00e0 l&#8217;infini, bouleverser tout syst\u00e8me ou th\u00e9orie close. Lorsqu&#8217;on \u00e9coute attentivement les voix d&#8217;Asie centrale et du Tibet, on distingue une grande vari\u00e9t\u00e9, loin des lieux communs et des st\u00e9r\u00e9otypes occidentaux: il n&#8217;y a pas une voix tib\u00e9taine mais des voix. Dans la musique asiatique, il y a au moins 20 ou 30 \u00e9chelles pentatoniques diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p> <strong> Comment avez-vous d\u00e9couvert cette passion pour la diphonie ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. Q. H.: <\/strong> J&#8217;\u00e9tais encore un jeune chercheur en ethnomusicologie au CNRS depuis 1968, lorsqu&#8217;un jour de 1969, Roberte Hamayon, sp\u00e9cialiste d&#8217;\u00e9tudes mongoles, m&#8217;a fait conna\u00eetre un enregistrement vocal mongol. J&#8217;\u00e9tais stup\u00e9fait d&#8217;entendre cette double voix simultan\u00e9e, un son grave, fondamental et continu et un son aigu avec ses variations. Elle avait enregistr\u00e9 cette voix de gorge, cette voix pharyng\u00e9e. Ma surprise fut telle que j&#8217;ai fait des recherches, seul, et en 1971, j&#8217;ai trouv\u00e9 la technique vocale que je me suis mis \u00e0 pratiquer depuis. J&#8217;ai travaill\u00e9 ma voix et, en 1973, j&#8217;ai ouvert des ateliers de voix diphoniques pour mieux me conna\u00eetre en enseignant aux autres et en les aidant \u00e0 d\u00e9couvrir leur voix. Ces recherches ont connu quelques grandes \u00e9tapes: en 1974, un premier article sur les techniques de la voix chant\u00e9e o\u00f9 je montrais que l&#8217;enseignement est un apprentissage, une pratique v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation de soi-m\u00eame, de lib\u00e9ration de ses blocages; en 1979, un premier essai sur le chant diphonique dans le Musical voices of Asia au Japon. Ensuite, en 1988, Hugo Zemp, ethnomusicologue cin\u00e9aste et responsable de la collection d&#8217;enregistrement Chant du Monde au CNRS, r\u00e9alise un film sur mon exp\u00e9rience: le Chant des harmoniques (2). Puis, en 1991, est publi\u00e9, avec la collaboration r\u00e9dactionnelle de Zemp, un essai sur la classification des diff\u00e9rents types de chants harmoniques; en 1995, un nouvel essai est publi\u00e9 \u00e0 Rome et, simultan\u00e9ment, nous pr\u00e9parions avec l&#8217;\u00e9quipe UMA 9957 du CNRS la premi\u00e8re publication mondiale des Voix du Monde.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez aussi exp\u00e9riment\u00e9 les pouvoirs th\u00e9rapiques de la voix, sur vous-m\u00eame et dans vos ateliers. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. Q. H.: <\/strong> J&#8217;ai fond\u00e9 une m\u00e9thode o\u00f9 l&#8217;on utilise les vibrations harmoniques qui touchent certaines parties du corps et d\u00e9bloquent certains noeuds, des refoulements ou des blocages comme le b\u00e9gaiement, le manque de voix, l&#8217;incapacit\u00e9 de chanter juste. Moi-m\u00eame j&#8217;ai b\u00e9gay\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 17 ans. Dans les ann\u00e9es 80, je commence mes exp\u00e9riences sur la voix et je travaille avec des orthophonistes, des musicoth\u00e9rapeutes, des ma\u00eetres de yoga et d&#8217;arts martiaux. Apr\u00e8s, j&#8217;ai travaill\u00e9 la technique de l&#8217;apn\u00e9e, une autre technique de contr\u00f4le du souffle: on retient l&#8217;air dans les poumons pour augmenter la puissance respiratoire. On d\u00e9couvre alors les valeurs de l&#8217;\u00e9nergie corporelle et psychique. Les chamanes, qui sont des gu\u00e9risseurs, utilisent de grandes vibrations: ils soignent par la transmission des ondes, par des objets magiques et des mixtures. Ce sont des psychoth\u00e9rapeutes et de tr\u00e8s fins psychologues.<\/p>\n<p> <strong> Vous participez aussi \u00e0 de nombreux festivals o\u00f9 l&#8217;Orient et l&#8217;Occident se rencontrent. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. Q. H.: <\/strong> En effet, je suis membre consultant du festival &#8221; Giving voice &#8220;, au Pays de Galles, depuis 1994. C&#8217;est un festival consacr\u00e9 \u00e0 la voix qui gu\u00e9rit (healing voice). Il commen\u00e7a par la g\u00e9ographie de la voix (1994-95), puis l&#8217;arch\u00e9ologie de la voix (1996-97) et, en avril 1999, cela sera un festival centr\u00e9 sur la voix qui gu\u00e9rit. Le festival a d\u00e9j\u00e0 invit\u00e9 l&#8217;Odin Theater du Danemark et le Hart Roy Theater des C\u00e9vennes. Au mois de mai prochain, \u00e0 Auch, aura lieu le premier festival des voix d&#8217;Europe (du 1er au 8 mai). Je le pr\u00e9pare avec mon ami Beniat Achiary; nous allons confronter la technique vocale classique et les techniques des traditions populaires. Enfin, je vais participer au troisi\u00e8me festival mondial de guimbardes, \u00e0 Molln, en Autriche (du 22 au 28 juin). Dans une conf\u00e9rence inaugurale, j&#8217;expliquerai la pr\u00e9sence des harmoniques dans la voix et dans certains instruments comme la fl\u00fbte norv\u00e9gienne, le cor alpin, l&#8217;arc musical africain, la cithare chinoise \u00e0 7 cordes, le monocorde vietnamien, la guimbarde et le didgeridoo (3). Aujourd&#8217;hui, sur toute la plan\u00e8te, il y a des rencontres, des exp\u00e9riences et des recherches passionnantes qui montrent l&#8217;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des styles, des entrecroisements de cultures, l&#8217;apparition de nouveaux m\u00e9langes mais il y a aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de transmettre aux nouvelles g\u00e9n\u00e9rations l&#8217;h\u00e9ritage fabuleux de la plan\u00e8te pour nourrir les renouvellements et lutter contre les formalismes rigides et tous les ostracismes identitaires et protectionnistes, pour que tout se rencontre enfin, les musiques et les danses et les voix savantes et populaires des cinq continents.<\/p>\n<p>1. Au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville a eu lieu le 7 mars la premi\u00e8re manifestation en France consacr\u00e9e uniquement aux chants \u00e9piques et diphoniques kalmouks.Un CD sur les chants diphoniques d&#8217;Asie Centrale a \u00e9t\u00e9publi\u00e9 en 1996 par la Maison des Cultures du Monde (Auvidis).<\/p>\n<p>2. Le film est disponible en vid\u00e9o \u00e0 CNRS audiovisuel, 1, Place Aristide-Briand, 92795 Meudon, Voix du Monde (1997) est distribu\u00e9 par Harmonia Mundi.<\/p>\n<p>3. La librairie\/disquaire\/\u00e9dition Cinq plan\u00e8tes (10 rue Saint-S\u00e9bastien, 75011 Paris) a \u00e9dit\u00e9 un CD de didgeridoo de Philips Paris, avec la participation de Tran Quang Hai (voix et guimbarde).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Tran Quang Hai <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-922","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/922","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=922"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/922\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=922"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=922"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=922"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}